10 espèces avec des rites amoureux stupéfiants

Vers plats

Duel amoureux entre deux vers plats - Crédits photo © Leslie Newman

Pseudobiceros hancockanus

Cet animal au nom pittoresque est une espèce de ver plat que l’on trouve principalement dans les récifs coralliens. Comme tous les membres du genre « pseudobiceros », ce ver est hermaphrodite, et son mode de reproduction repose sur un art subtil et délicat : le combat de pénis. Chaque ver pouvant produire à la fois des œufs et du sperme, tout l’enjeu de l’accouplement est de savoir quel individu jouera le rôle du père. Pour ce faire, les deux partenaires se lancent dans une bataille épique à l’aide des deux pénis en forme de pointe qu’ils possèdent chacun sur le ventre. Après multiples esquives et assauts, le vainqueur est celui qui parvient à percer la peau de l’autre afin de l’inséminer. Le « perdant » devra endosser le difficile rôle de mère, qui lui réclamera beaucoup plus de temps et d’énergie.

Veuve noire à dos rouge

Veuve noire à dos rouge - Getty images

Latrodectus hasselti (Veuve noire à dos rouge)

Avec son venin neurotoxique, cette petite araignée australienne est considérée comme l’une des plus dangereuses au monde. Mais elle est également connue pour être une des seules espèces à pratiquer le cannibalisme sexuel avec le consentement actif du mâle. Lors de l’accouplement, le mâle (4 mm de long, soit trois fois moins que sa compagne) commence par exécuter une parade amoureuse au cours de laquelle il « danse » sur la toile de la femelle, avant de tapoter le ventre de celle-ci comme s’il s’agissait d’un tambour. Ces préliminaires peuvent durer jusqu’à 5 heures. Le mâle entreprend ensuite d’insérer un de ses deux pénis dans l’une des deux spermathèques de sa partenaire, puis il exécute un saut périlleux afin de placer son abdomen sur la bouche de la femelle. Celle-ci commence alors à dévorer son amant, vivant, puis fait le choix suivant : soit elle laisse le mâle inséminer sa seconde spermathèque avant d’en finir avec lui, ce qui permettra à ce dernier d’assurer la paternité de tous les œufs, soit elle le mange directement, et attend qu’un autre mâle se présente. Les chercheurs ont observé que pour maximiser ses chances de féconder complètement la femelle, le mâle devait prolonger sa parade amoureuse pendant au moins 100 minutes avant de copuler. Au-dessous de cette limite, la veuve noire semble estimer que son partenaire ne mérite pas d’être le père de tous ses enfants.

Porc-épic

Porc-épic d'Amérique du nord - Credits photo wdaily.webs.com

Porc-épic

A priori, on peut se douter que la sexualité d’un animal couvert de piquants n’est pas singulière. Mais dans le cas du porc-épic, le plus étrange se déroule dès la phase de « séduction ». Tout d’abord, le mâle porc-épic tente une approche en frottant son museau contre la femelle. Si celle-ci ne le rejette pas, il se dresse alors sur ses pattes de derrière, et libère un puissant jet d’urine sur sa promise. Pas simplement par pression de la vessie, mais littéralement par éjaculation d’un long geyser continu qui peut être propulsé jusqu’à deux mètres. En moins d’une minute, la femelle est inondée des pieds à la tête. Si cette « golden shower » n’est pas à son goût, elle grognera, secouera l’urine et ira chercher un autre partenaire. Si elle est satisfaite, en revanche, elle présentera sa croupe dénuée de piquants au mâle, qui la montera avec précautions. Dans certains cas, il essaiera même de la mettre sur le dos pour entreprendre une « position du missionnaire » moins périlleuse. La femelle porc-épic n’étant réceptive à cette étrange cour que 8 à 12 heures par an, il convient au mâle de ne pas se manquer s’il veut éviter une intense frustration. Cependant, une fois l’accouplement commencé, la femelle entendra bien rattraper le temps perdu, et forcera le mâle à copuler jusqu’à ce qu’il soit totalement épuisé.

Punaise des lits

Punaise des lits

Cimex lectularius (Punaise des lits)

La punaise des lits est un petit insecte parasite dont la morsure provoque souvent des allergies chez l’homme. Le nom scientifique donné à son mode de reproduction est en soi tout un programme : on parle « d’insémination traumatique ». Lors de l’accouplement, le mâle punaise ne passe pas par les organes génitaux naturels de la femelle, qui ne servent qu’à la ponte. Ce gentleman préfère directement perforer l’abdomen de sa partenaire à l’aide de son pénis en forme d’aiguillon. Pour s’adapter à cette charmante pratique, la femelle à développé un organe paragénital nommé spermalège qui lui permet de recueillir la semence dans une cavité abdominale. Au-delà de sa délicatesse, le mâle punaise a également beaucoup de mal à reconnaitre les femelles, et il lui arrive souvent d’essayer de perforer un autre mâle. Dans ces cas-là, il n’y a pas de transfert de sperme, mais il n’est pas rare que le malheureux camarade succombe à cet assaut impromptu.

Baudroie des abysses

Baudroie des abysses

Baudroie des abysses

Le concept d’amour fusionnel ne trouve pas meilleure incarnation que chez la baudroie abyssale, qui l’applique littéralement. Ce poisson à l’allure impressionnante vit entre 1000 et 3000 m de profondeur, dans la complète obscurité des abysses. Il est particulièrement connu pour l’appendice lumineux qu’il porte au-dessus de sa tête, et qui lui permet d’attirer ses proies. Lorsque les scientifiques commencèrent à remonter des baudroies abyssales, ils furent surpris de ne trouver que des femelles, qui semblaient presque toutes avoir des petits parasites attachés à elles. Il s’avéra que ces « parasites » étaient en fait ce qu’il restait des mâles. Lorsqu’ils naissent, les mâles baudroies, beaucoup plus petits que les femelles, n’ont d’autre raison de vivre que de trouver une compagne. Et lorsqu’ils ont la chance d’en croiser une dans l’obscurité, ils s’accrochent à elle en la mordant, pour ne plus jamais lâcher prise. Commence alors un étonnant processus de fusion, au cours duquel le poisson va perdre progressivement ses organes pour se fondre dans le corps de sa partenaire. Il finira réduit à la plus simple expression de sa masculinité, en devenant une paire de testicules que la femelle utilisera lorsqu’elle souhaitera féconder ses œufs. Généralement, les baudroies abyssales sont donc affublées de plusieurs mâles plus ou moins fusionnés attachés au corps, ce qui, en plus de rappeler « The Thing », est un exemple assez radical de polyandrie.

Pisaure admirable

Pisaure admirable - Crédits photo CC Mathias Krumbholz

Pisaura mirabilis (Pisaure admirable)

Lorsque le mâle pisaure souhaite séduire une femelle, il mise sur le matérialisme et lui offre un joli cadeau emballé dans de la soie, généralement une proie morte. Flattée par cette attention, la femelle laisse alors son prétendant assouvir ses pulsions pendant qu’elle savoure le contenu de son paquet. La pisaure n’est pas la seule araignée à pratiquer le cadeau nuptial, ni même la seule espèce, les humains excellant notamment dans le domaine. Mais les chercheurs ont observé une subtilité intéressante chez le mâle pisaure : il lui arrive parfois d’offrir un paquet vide pour tromper la femelle. Pendant que celle-ci est affairée à déballer son présent, le mâle se dépêche de féconder sa conquête à l’aide de ses deux appendices sexuels nommés pedipalpes. Lorsque la femelle s’aperçoit que sa surprise ne contenait qu’un morceau d’herbe ou de mousse, il est généralement trop tard. Parfois, elle essaie de s’enfuir avec le paquet, mais le mâle s’y agrippe fermement, soucieux de répéter sa tromperie auprès d’une autre ingénue. Les arachnologues constatent que les femelles pisaures pondent autant d’œufs après avoir été flouées qu’après avoir reçu un cadeau réel, ce qui explique pourquoi les deux méthodes ont perduré au fil de l’evolution.

Boule nuptiale de couleuvres jarretières

Boule nuptiale de couleuvres jarretières

Thamnophis sirtalis parietalis (Couleuvre jarretière à flancs rouges)

La saison des amours chez la couleuvre jarretière est si spectaculaire qu’elle est devenue une attraction touristique au Manitoba, au Canada. Lorsque la couleuvre femelle sort de sa période d’hibernation, elle émet des phéromones qui peuvent attirer plus de 100 mâles autour d’elle. S’ensuit alors une gigantesque orgie nommée « boule nuptiale » au cours de laquelle les mâles essaieront tous de féconder la femelle à l’aide d’un de leurs deux pénis latéraux. Le plus étrange dans cet improbable gang bang reptilien, c’est que certains mâles se mettent à relâcher des phéromones femelles dans le feu de l’action, attirant les autres mâles sur eux. Ce phénomène est longtemps resté un mystère, mais les scientifiques ont aujourd’hui une explication : quand les couleuvres émergent de leur hibernation, elles manquent d’énergie tant qu’elles n’ont pas été réchauffées par le soleil, et sont donc plus vulnérables aux prédateurs. Les mâles « transexuels » capables d’émettre des phéromones femelles chercheraient donc simplement à être protégés, et réchauffés par la masse de prétendants dupés qui s’agglutinent autour d’eux.

Abeille européenne

Abeille européenne - Crédits photo CC J-Luc

Apis mellifera (Abeille européenne)

La reproduction des abeilles est un des exemples de suicide sexuel les plus spectaculaires du monde animal. Quand il nait, le male de l’abeille, nommé faux-bourdon, n’a d’autre raison d’être que de féconder la Reine. Il n’a pas de dard, ne participe pas à la récolte du pollen, et ne secrète pas de miel. Aussi, lorsque vient le moment de jouer son rôle, il est prêt à sacrifier sa vie pour sa mission. L’accouplement se déroule en plein vol, lorsque la reine s’élance dans le ciel à la recherche de partenaires. Les males de la ruche la suivent en essaim, luttant pour avoir une chance de l’inséminer. Mais cette chance est très relative : lorsqu’un faux-bourdon parvient à saisir la Reine pour la pénétrer, l’éjaculation est si forte que son pénis explose, déchirant son abdomen. Le malheureux tombe alors au sol, mourant peu après. Lors d’un tel vol nuptial, la Reine s’accouple avec une douzaine de kamikazes sexuels, et elle récolte suffisamment de sperme pour pondre pendant le reste de sa vie, soit environ 4 ans. Le sort des faux-bourdons qui n’ont pas pu féconder la Reine n’est guère plus enviable que celui de leurs frères tombés au champ d’honneur : à la fin de l’été, les ouvrières cesseront de les nourrir, estimant que le miel est trop précieux pour de simples donneurs de sperme. Ils seront alors chassés sans pitié de la ruche, et mourront peu après de faim et de fatigue.

Limace léopard

Limace léopard

Limax maximus (Limace léopard)

Lorsque les limaces léopard s’accouplent, leur rituel relève quasiment du happening artistique. Les deux partenaires, qui sont hermaphrodites, commencent par se faire la cour pendant plusieurs heures, en s’encerclant et en se léchant l’un l’autre. Puis ils se mettent à escalader un arbre, ou une autre surface élevée, et c’est là que le spectacle commence vraiment : une fois que les limaces ont atteint une hauteur qui leur convient, elles s’enroulent l’une autour de l’autre, et se laissent tomber dans le vide suspendues à un long fil de mucus. Pour trouver une situation comparable chez l’homme, il faudrait qu’un couple fasse l’amour en sautant à l’élastique. Un élastique constitué de bave, donc. Une fois suspendues, les limaces font sortir leurs pénis translucides de leurs gonopores, des petites ouvertures situées sur le côté de la tête. Et c’est au tour des deux organes génitaux de s’entortiller l’un autour de l’autre, afin de permettre la fécondation. Suite à cette union acrobatique, les deux participants pondront chacun des centaines d’œufs.

Jardinier satiné décorant son berceau

Jardinier satiné décorant son berceau - Crédits photo © Tim Laman

Ptilonorhynchus violaceus (Jardinier satiné)

Le jardinier satiné est un petit oiseau australien faisant partie de la famille des oiseaux à berceau, qui compte une vingtaine d’espèces. Il est principalement connu pour avoir la stratégie de séduction la plus extraordinairement complexe du règne animal. Au lieu de simplement offrir un cadeau à la femelle pour obtenir ses grâces, ou bien d’exposer un plumage exubérant, le jardinier va carrément ériger une construction ornementée digne d’une œuvre d’art. Cette structure, qu’on nomme un « berceau », est constituée de brindilles savamment disposées. Selon les espèces de jardinier, le berceau pourra avoir un toit, ou être composé de deux murs de brindilles parallèles. Mais toute la subtilité de cette construction repose dans la décoration : à l’intérieur et autour du berceau, le mâle jardinier déposera des centaines de coquilles, fleurs, feuilles, pierres et même des objets plus insolites s’il en trouve, comme des morceaux de verre ou des pièces de monnaie. Cette ornementation est très réfléchie, et l’oiseau passera des heures à l’organiser. Elle devra refléter la spécificité de son espèce, avoir des couleurs assorties, et correspondre aux préférences de la femelle. Le jardinier satiné va jusqu’à peindre son berceau avec une teinture bleue qu’il fabrique avec du jus de baie et de la salive. Dans le cas du jardinier à nuque rose, dont le berceau a une forme de tunnel, les cailloux sont disposés par ordre de grandeur pour créer un effet de perspective forcée. Ce stratagème donnera à la femelle l’illusion que son prétendant est plus grand qu’il ne l’est en réalité lorsqu’il se tiendra devant son œuvre. Une fois leur berceau terminé, les jardiniers attendent fébrilement l’inspection des demoiselles en quête de reproducteurs. Celles-ci analyseront scrupuleusement la qualité de la décoration, et elles gouteront même la peinture sur les murs du berceau. Leur jugement sera sans pitié : une fois qu’elles auront sélectionné le meilleur artisan, elles auront tendance à revenir vers lui l’année suivante, laissant les ouvriers moins doués sans l’espoir d’une étreinte.

Plus d’infos :

    Axolot, le livre !

    L'homme qui sauva le monde et autres sources d'étonnement

    Comme vous l’avez remarqué, le site était en hibernation depuis quelques mois, mais en contrepartie, un livre était en préparation !

    Les meilleurs articles du blog sont à présent réunis dans cet ouvrage, avec des mises à jour, du contenu exclusif, et des illustrations originales par Capucine, Libon, Adrien Ménielle, Manu Larcenet, Marion Montaigne, Laurel et Boulet !

    En espérant que le livre vous plaira, et que les histoires d’Axolot sauront trouver une place non seulement sur votre écran, mais aussi dans votre bibliothèque.

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      8 messages codés qui restent à déchiffrer

      Kryptos

      Kryptos - Crédits photo © Jim Gillogly

      Kryptos

      Depuis 1990, une étrange sculpture se dresse dans l’enceinte du quartier général de la CIA, à Langley, Virginie. Baptisée Kryptos, cette œuvre de l’artiste américain Jim Sanborn contient des messages qui n’ont toujours pas été déchiffrés entièrement. La sculpture est composée d’un petit bassin à bulles entouré de bois petrifié, de blocs de granite, et d’une large plaque de cuivre en forme de S dans laquelle ont été découpées environ 1700 lettres de l’alphabet. L’inscription est divisée en 4 parties distinctes, chacune correspondant à un message. En 1999, un informaticien du nom de James Gillogly fut le premier à annoncer publiquement avoir déchiffré 3 des 4 sections, après quoi la CIA révéla qu’un de leurs analystes, David Stein, était arrivé au même résultat un an plus tôt. Mais malgré les efforts des meilleurs cryptographes, le quatrième message de Kryptos demeure indéchiffrable depuis plus de 20 ans. Seules 3 personnes au monde sont censées en connaitre la solution : Jim Sanborn lui-même, Ed Scheidt, cryptographe de la CIA qui aida le sculpteur à choisir les méthodes de codage, et William Webster, ancien directeur de la CIA à qui une enveloppe scellée contenant le texte original fut remise. Mais selon Sanborn, il ne s’agit pas seulement de connaitre le texte pour le comprendre. Les messages constituent eux-mêmes une énigme, faisant référence à quelque chose qui serait enterré sous le sol de la CIA…

      Le chiffre d'Agapeyeff

      Le chiffre d'Agapeyeff

      Le Chiffre d’Agapeyeff

      En 1939, le cartographe anglais Alexander d’Agapeyeff publia un ouvrage de cryptographie élémentaire intitulé « Codes and ciphers ». A la fin du livre, il intégra un message chiffré afin que les lecteurs puissent tester leurs compétences de décryptage. Mais aucun lecteur, ni aucun cryptographe ne parvint jamais à déchiffrer le mystérieux texte. Le message ne fut pas publié dans les éditions suivantes de l’ouvrage, et d’Agapeyeff lui-même admit qu’il avait oublié comment il avait encrypté son texte. Devant l’invulnérabilité du code, certains ont avancé que l’auteur s’était tout simplement trompé dans sa méthode. Si vous avez envie de tenter votre chance, voici le message :

      75628 28591 62916 48164 91748 58464 74748 28483 81638 18174
      74826 26475 83828 49175 74658 37575 75936 36565 81638 17585
      75756 46282 92857 46382 75748 38165 81848 56485 64858 56382
      72628 36281 81728 16463 75828 16483 63828 58163 63630 47481
      91918 46385 84656 48565 62946 26285 91859 17491 72756 46575
      71658 36264 74818 28462 82649 18193 65626 48484 91838 57491
      81657 27483 83858 28364 62726 26562 83759 27263 82827 27283
      82858 47582 81837 28462 82837 58164 75748 58162 92000

      Le Chiffre de Beale

      Le trésor de Thomas Beale : légende ou réalité?

      Le Chiffre de Beale

      En 1818, alors qu’il chasse le bison en compagnie d’une trentaine d’hommes, un certain Thomas Jefferson Beale découvre un gisement d’or et d’argent au nord de Santa Fe, au Nouveau Mexique. Soucieux de protéger leur trésor, Beale et ses hommes décident d’aller le cacher quelque part en Virginie, loin de l’ouest sauvage. Leur butin équivaut alors à 65 millions de dollars actuels. En 1822, avant de repartir vers le nouveau Mexique pour exploiter d’avantage de minerai, Beale remet une boite en fer à un homme de confiance, un aubergiste du nom de Robert Morriss. La boite contient des lettres d’explication ainsi que 3 lettres codées qui indiquent l’emplacement du trésor. Beale demande à Morris de conserver la boite scellée, et de l’ouvrir au bout de 10 ans si personne n’est venu la chercher avant. Une lettre contenant la clé de décryptage lui serait envoyée au terme de ce délai. Morris ne reverra en fait jamais Beale, et il ne recevra pas non plus de clé. Au bout de 23 ans, il se décide finalement à ouvrir la boite, mais il passera le reste de sa vie à essayer en vain de déchiffrer les lettres. En 1862, peu avant sa mort, Morris explique toute l’histoire à un de ses amis, et lui passe la boite. A force d’acharnement, l’ami en question finit par décrypter le texte de la deuxième lettre : celle-ci décrit le contenu du trésor, et indique qu’il est enterré quelque part dans une caverne du comté de Bedford, en précisant que l’emplacement exact est décrit dans la lettre n°1. En 1885, désespéré de parvenir à déchiffrer les textes restants, l’ami de Morris publiera anonymement le récit de Beale ainsi que ses lettres dans un livre intitulé « the Beale Papers ». L’authenticité de l’histoire a toujours fait l’objet de nombreuses controverses, et certains considèrent qu’il s’agit d’un canular savamment élaboré. Toujours est-il qu’après plus d’un siècle de tentatives acharnées, les lettres n°1 et n°3 restent indéchiffrables. Et aussi longtemps qu’elles le seront, le trésor de Thomas Beale conservera son mystère…

      Le chiffre de Dorabella

      Le chiffre de Dorabella

      Le Chiffre de Dorabella

      Edward Elgar était un compositeur anglais féru de cryptographie, et son œuvre la plus célèbre, les « Variations Enigma », est notamment connue pour le contenu caché qui serait encodé dans sa partition. En 1897, Elgar adressa une lettre à une amie de 20 ans sa cadette, Dora Penny, qu’il surnommait Dorabella. Le message qui y figurait était composé d’étranges caractères en demi-cercles répartis sur 3 lignes, ainsi que d‘un énigmatique petit point à côté d’une des lettres. Dans les mémoires qu’elle écrivit 40 ans plus tard, Dora Penny confia qu’elle ne fut jamais capable de déchiffrer le message, et que lorsqu’elle questionna Elgar à ce sujet, celui-ci lui répondit qu’elle était pourtant la « mieux placée pour deviner ». Aucune des tentatives de décodage menées depuis n’a donné de résultat satisfaisant, et plus de 70 après, le chiffre de Dorabella continue à dérouter les meilleurs cryptographes du monde. Une des solutions avancées suggère toutefois que le message ne serait pas un texte, mais une mélodie…

      L'inscription de Shugborough

      L'inscription de Shugborough - Credits photo © REX

      L’inscription de Shugborough

      Shugborough hall est une vaste demeure située dans la campagne du Staffordshire, en Angleterre. Elle est célèbre pour le mystérieux monument qu’elle abrite au fond de ses jardins, une arche de pierre baptisée le « Monument des Bergers ». Sculpté à l’initiative de la famille Anson au 18ème siècle, ce monument contient en son centre une reproduction des « Bergers d’Arcadie », un tableau de Nicolas Poussin taillé ici en bas-relief sur une plaque de marbre. L’œuvre représente une femme et trois bergers, dont deux pointent un tombeau du doigt. Etrangement, la scène est inversée par rapport au tableau original, comme si ce dernier se reflétait dans un miroir. Mais l’énigme réside dans l’inscription gravée sous le bas-relief : il s’agit d’une séquence de 10 lettres, O U O S V A V V, encadrée par les lettres D et M. En près de 3 siècles, personne n’a pu expliquer le sens de l’inscription, même si de nombreuses interprétations ont été avancées. Certains y ont vu l’acronyme d’un message amoureux, des références bibliques, ou encore la distance qui sépare Shugborough de Oak Island, une petite ile qui abriterait un trésor enfoui. Enfin, plus récemment, des livres tels que l’Enigme Sacrée ou le Da Vinci Code ont largement popularisé la légende selon laquelle l’inscription désignerait l’emplacement du Saint Graal…

      Le Disque de Phaistos

      Le Disque de Phaistos au musée d'Heraklion

      Le Disque de Phaistos

      En 1908, une équipe d’archéologues italiens découvre un curieux disque d’argile dans les ruines du palais de Phaistos, en Grèce. Le disque a un diamètre d’environ 16 centimètres, et il est couvert sur ses deux faces de symboles inconnus disposés en spirale. On dénombre au total 241 signes composés de 45 hiéroglyphes distincts, qui semblent représenter des hommes, des outils, des animaux ou encore des plantes. Ces signes sont divisés en groupes séparés par des lignes, et ils ne semblent pas avoir été gravés, mais littéralement imprimés avec des tampons. Le disque ayant été estimé comme datant du 2ème millénaire avant JC, cela en ferait le plus ancien exemple d’imprimerie jamais découvert. Malgré de nombreuses tentatives de déchiffrements par les chercheurs, le sens et l’usage du disque restent un mystère complet. Il pourrait s’agir d’un hymne religieux, d’un calendrier ou encore d’un jeu selon les interprétations. De multiples origines possibles ont été données au disque, allant de l’Egypte à l’Atlantide, pour citer la plus ésotérique. Sa particularité la plus extraordinaire est sans doute qu’aucun objet semblable n’a jamais été découvert, ce qui en fait, jusqu’à preuve du contraire, une pièce unique. Tous ces mystères ont poussé certains chercheurs à remettre en question l’authenticité du disque, mais il est généralement admis qu’il s’agit bien d’un vestige antique. Le disque de Phaistos est aujourd’hui conservé au musée archéologique d’Heraklion.

      Le code du Zodiaque

      Extrait d'un des cryptogrammes irrésolus du Zodiaque

      Le Code du « Zodiaque »

      Le Zodiaque était un tueur en série qui sévit dans le nord de la Californie à la fin des années 60, et qui ne fut jamais identifié. On lui attribue avec certitudes 5 meurtres, mais il fut soupçonné d’avoir tué plusieurs dizaines de personnes entre 1966 et 1978. Il était notamment connu pour se livrer à un jeu pervers de correspondance avec la presse locale. Le 1er aout 1969, 3 journaux californiens reçoivent des lettres du Zodiaque, qui menace de tuer 12 personnes si ses messages ne sont pas publiés en une. Les lettres contiennent chacune le tiers d’un message codé, qui est censé contenir l’identité du tueur. Le message est finalement déchiffré par Donald et Bettye Harden, deux professeurs d’université, mais à la place d’une quelconque révélation sur le nom du Zodiaque, ils découvrent une macabre confession : le tueur explique qu’il tue par plaisir, et parce qu’il pense que ses victimes seront ses esclaves dans l’au-delà. Au total, entre 1969 et 1974, le Zodiaque enverra 18 lettres à la presse, dont quatre cryptogrammes. Sur les quatre, seul le message d’aout 1969 fut décodé, les trois autres restant à ce jour indéchiffrables.

      Le code "Taman Shud"

      Le code "Taman Shud"

      Le Code « Taman shud »

      Le 1er décembre 1948, le cadavre d’un homme est retrouvé sur la plage de Somerton, en Australie. Agé d’une quarantaine d’années, l’homme porte un pull over et un imperméable malgré la chaleur élevée, et il n’a aucune pièce d’identité sur lui. Toutes les étiquettes de ses vêtements ont été découpées. Plus étrange encore, ses empreintes digitales et dentaires ne correspondent à aucun profil enregistré. L’autopsie ne révèle aucune trace de poison dans son organisme, et ne parvient finalement à aucune conclusion quant à la cause de sa mort. Face à l’opacité du mystère, Scotland Yard est appelé en renfort, et une photo de l’homme est largement diffusée à travers le monde, mais personne ne parvient à l’identifier. Le mystère s’épaissit d’avantage lorsqu’une valise appartenant vraisemblablement à la victime est retrouvée un mois plus tard, remplie de vêtements dont les étiquettes ont été enlevées. La police découvre également une poche cachée dans le pantalon de l’homme, qui contient un morceau de papier sur lequel sont imprimés les mots « Taman shud ». A l’aide de spécialistes de la bibliothèque nationale, il est établi que ce morceau de papier a été arraché d’un livre de poèmes intitulé les Roubaïates d’Omar Khayyam. Après qu’une photo du morceau de papier ainsi que des informations concernant le livre ont été diffusées publiquement, un homme finit par contacter la police pour leur dire qu’il a trouvé une très rare édition de l’ouvrage sur le siège arrière de sa voiture, la nuit du 30 novembre 1948. Soit la veille de la découverte du corps. L’affaire passe d’énigmatique à totalement déconcertante lorsque la police découvre un message codé à l’arrière du livre : 5 lignes de lettres apparemment aléatoires, dont une barrée. Le code ne fut jamais déchiffré, et l’affaire de l’homme de Sommerton reste le mystère criminel le plus étrange de toute l’histoire australienne.

      Plus d’infos :

        5 lacs avec une histoire hors du commun

        Crater Lake

        Crater Lake - Crédits photo © M.Giuli

        Crater Lake

        Situé au sud de l’Oregon, le Crater Lake est un lac remarquable à plus d’un titre. Avec ses 597 m de profondeur, c’est le lac le plus profond des Etats-Unis. Sa formation remonte à environ 7000 ans, lorsque le mont Mazama entra dans une terrible éruption et s’effondra sur lui-même, projetant des cendres à plus de 100 km de distance, et laissant place à un vaste cratère de 10 km sur 8. Les eaux de pluie remplirent l’immense dépression, donnant ainsi naissance au lac. Les indiens Klamath se transmirent pendant des millénaires une légende faisant de cet évènement le fruit de violents affrontements entre les dieux, et leurs descendants considèrent encore aujourd’hui le Crater Lake comme un lieu sacré. Si le lac est réputé pour sa grande beauté, il est tout particulièrement connu pour un de ses étranges occupants, baptisé « le vieil homme du lac » : en 1896, le géologue Joseph S. Diller fit la découverte d’un gros tronc d’arbre flottant inexplicablement à la verticale dans les eaux du Crater Lake. Mesurant environ 60 cm de large sur 9 m de long, dont une partie émergée de 1,20 m, le tronc était assez solide pour qu’un homme puisse se tenir dessus. Aujourd’hui, plus de 115 ans après, le « vieil homme du lac » est toujours là, son tronc blanchi dérivant à travers le lac, toujours parfaitement droit. Les bateaux touristiques le croisent souvent sur leur parcours, et les croyances locales lui prêtent le pouvoir de contrôler le temps qu’il fait au-dessus du site. Crater Lake est également connu pour ses deux îles : Wizard island (l’île du sorcier), un îlot volcanique de 127 hectares, et Phantom Ship Island, ainsi nommée parce que par temps brumeux, sa silhouette évoque celle d’un bateau fantôme.

        Lake Roopkund

        Cranes au bord du lac Roopkund

        Roopkund, le lac des squelettes

        En 1942, un garde forestier anglais découvrit des centaines de squelettes sur les rives du lac Roopkund, un petit lac gelé de l’Himalaya situé à plus de 5000 m d’altitude. Les autorités anglaises pensèrent d’abord qu’il s’agissait de soldats japonais morts en essayant de traverser la frontière indienne pour mener une attaque surprise, mais les ossements étaient bien trop anciens pour valider cette hypothèse. Personne ne semblait pouvoir dire qui étaient ces gens, ni encore moins ce qui les avait tué. Pendant des décennies, le mystère du lac Roopkund fascina historiens et scientifiques, qui proposaient diverses théories sur les causes de l’évènement. Certains pensaient qu’il pouvait s’agir d’un suicide collectif rituel, d’autres parlaient d’un glissement de terrain, ou encore d’une épidémie. Lorsque les premiers tests au carbone 14 furent menés dans les années 60, on estima que les victimes avaient vécu entre le 12ème et le 15ème siècle, ce qui amena l’hypothèse d’une armée antique qui aurait succombé aux conditions extrêmes de l’Himalaya. Mais ce n’est qu’en 2004, soit 62 ans après la redécouverte du site, qu’une nouvelle enquête permit de résoudre l’énigme : des chercheurs indiens et européens mirent à jour des bijoux et des armes, ainsi que des tissus organiques exceptionnellement préservés par le climat de la zone. Les restes de plus de 500 personnes furent dénombrés au final, et une nouvelle datation permit de déterminer qu’ils remontaient à l’an 850 après J-C environ. Les tests ADN montrèrent qu’il y avait deux groupes distincts parmi les corps, vraisemblablement des pèlerins aidés par des porteurs locaux. En ce qui concerne la cause de leur mort, une légende Himalayenne raconte que la Déesse Nanda Devi tua un jour des voyageurs qui avaient profané son sanctuaire montagneux en faisant s’abattre sur eux une pluie de grêle « dure comme du fer ». C’est à cette même conclusion qu’aboutirent les scientifiques après analyse des fractures observées sur les corps des victimes : piégées par la tempête, et sans abri où se réfugier, toutes furent décimés par des grêlons gros comme des « balles de cricket » (environ 8 cm de diamètre). On peut encore voir de nombreux cranes et ossements autour du lac Roopkund, bien que les visiteurs occasionnels en aient emporté une grande partie en macabre souvenir de leur expédition. Quiconque a suffisamment regardé de films d’horreur pourra toutefois se demander s’il est judicieux de piller des cadavres foudroyés par une vengeance divine…

        Lac Peigneur

        Le vortex du lac Peigneur aspirant les arbres en 1980

        Lac Peigneur

        Le 20 novembre 1980, un petit lac de Louisiane, le lac Peigneur, fut le théâtre de l’une des catastrophes industrielles les plus spectaculaires de l’histoire. A l’époque, la Diamond Crystal Salt Company exploitait une mine de sel qui se trouvait sous le lac, pendant que la compagnie pétrolière Texaco forait depuis la surface à la recherche de pétrole. Suite à une erreur de calcul, la foreuse perça le troisième niveau de la mine, créant une brèche au fond du lac. L’eau s’engouffra rapidement dans les cavités souterraines, ce qui provoqua un gigantesque tourbillon. Ce maelstrom aspira en son centre la plateforme pétrolière, ainsi que 11 barges, un remorqueur, et plus de 25 hectares de terrain environnant. Les eaux du lac furent drainées à travers la crevasse qui s’agrandissait de plus en plus, et le phénomène fut si puissant que le cours d’un canal relié au lac, le canal Delcambre, fut inversé et aspiré à son tour. Ceci eut pour effet de créer une cascade haute de 50 m à l’endroit où le canal se déversait dans le trou, la plus haute jamais vue en Louisiane. La catastrophe ne fit pas de victimes humaines, mais elle transforma un lac d’eau douce profond d’à peine 3 m en un lac salé atteignant 60 m de profondeur, ce qui affecta irréversiblement son écosystème. Texaco versa 32 millions de dollars de préjudices à la Diamond Crystal Salt Company, et la mine de sel fut finalement fermée en 1986.

        Lac Nyos

        Nyos, le "lac tueur"

        Lac Nyos

        Situé au nord-ouest du Cameroun, le Lac Nyos fut à l’origine de l’un des désastres naturels les plus étranges du 20ème siècle. Ce lac volcanique est l’un des 3 seuls au monde susceptibles de produire une éruption limnique, un phénomène rarissime au cours duquel le gaz accumulé pendant des années dans les profondeurs d’un lac est relâché dans l’atmosphère. Cette particularité vaut à ces lacs d’être répertoriés sous le nom de « lacs tueurs ». Dans le cas du lac Nyos, le phénomène se produisit le 21 aout 1986, lorsqu’un glissement de terrain, suppose-t-on, brassa les eaux du lac. Cet évènement libéra les centaines de milliers de tonnes de gaz carbonique qui s’étaient accumulées dans les couches profondes, et qui émanaient du cratère volcanique où se trouve le lac. Une gigantesque explosion s’ensuivit, générant une colonne d’eau de plus de 80 m, et libérant environ 1,6 millions de tonnes de CO2. Un nuage mortel se répandit à toute vitesse dans la vallée, éliminant tout ce qui respirait jusqu’à une distance de 25 km. On retrouva 1746 personnes tuées dans les villages alentour, ainsi que plusieurs milliers d’animaux, le tout dans un paysage presque intact. Les chercheurs ne comprirent pas tout de suite ce qui s’était passé, les victimes ne présentant aucune trace de blessure, ni d’agonie apparente, mais c’est le lac lui-même qui leur donna le principal indice : les eaux habituellement bleues de celui-ci étaient devenues d’un rouge profond, cruellement approprié, dû aux eaux riches en fer du fond qui étaient remontées à la surface. Depuis 2001, une opération de dégazage nommée les « Orgues de Nyos » est menée par une équipe française, pour empêcher que la catastrophe ne se reproduise. Elle consiste à pomper le CO2 du fond vers la surface par le biais d’un tuyau vertical qui projette de l’eau à 50m au-dessus du lac. Le lac Monoun, dont l’éruption tua 37 personnes en 1984, est également en cours de dégazage depuis 2003. Quant au troisième lac « tueur » recensé, le lac Kivu du Congo, il n’est encore jamais entré en éruption, mais il est étroitement surveillé : plusieurs millions de personnes vivent sur ses rives, et il contient 300 fois plus de gaz que le lac Nyos.

        Lac Vostok

        Image RADARSAT du lac Vostok - Crédits photo NASA

        Lac Vostok

        Avec ses 16000 km² de superficie et ses 1000m de profondeur, le lac Vostok est de loin le plus imposant des lacs mentionnés dans cet article, mais c’est aussi le plus mystérieux : en effet, personne ne l’a jamais vu. Car le lac Vostok ne se trouve pas à la surface de la terre, mais très, très en dessous, à 4 km sous les glaces de l’antarctique. Et depuis sa découverte dans les années 70 grâce à des radars, ce lac subglaciaire n’en finit pas d’exciter la curiosité des scientifiques, qui espèrent y trouver des formes de vie totalement nouvelles. Pendant 14 millions d’années, l’écosystème du lac s’est effectivement développé indépendamment du reste de la planète, protégé de toute vie par 4 km de glace. C’est pourquoi ses occupants devraient être très différents de ce que nous connaissons déjà, même si, selon les chercheurs, il y a peu de chances pour qu’ils soient plus complexes que des micro-organismes. En 1998, une opération de forage fut menée par une équipe russe, mais elle s’arrêta à 200 m de l’eau. Le kérosène utilisé risquait en effet de contaminer le lac, resté parfaitement pur depuis quasiment la disparition des dinosaures. Le forage a repris le 4 janvier 2011 avec une nouvelle technique à base de silicone, et il devrait se terminer à la fin de cette même année, permettant d’extraire une carotte de glace qui devrait révéler les mystères du lac. De par ses conditions très particulières, le lac Vostok est également devenu un modèle pour la future exploration d’Europe, un satellite de Jupiter dont les eaux subglaciaires pourraient contenir des formes de vie extraterrestres.

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          Le secret du Dr Tanzler

          Carl Tanzler

          Attention : cette histoire est particulièrement dérangeante, et peut heurter la sensibilité des plus fragiles.

          Carl Tanzler von Cosel était un radiologue doublé d’un piètre inventeur qui naquit le 8 février 1877 à Dresde, en Allemagne. Ce personnage extrêmement singulier se faisait passer pour un ancien capitaine de sous-marin surdiplômé, et il prétendait avoir eu à plusieurs reprises des visions de son ancêtre défunte, la Comtesse Anna Constantia von Cosel. En 1926, à l’âge de 49 ans, il émigra vers les Etats Unis et s’installa en Floride, abandonnant au passage sa femme et ses deux enfants. Il trouva peu de temps après un poste de radiologue dans un Hôpital de Key West. En avril 1930, la vie du Dr Tanzler bascula lorsqu’il fit la connaissance d’une patiente cubaine nommée Maria Elena Milagro de Hoyos : selon Tanzler, lors d’une apparition, le fantôme de la Comtesse von Cosel lui avait prophétisé qu’une beauté exotique aux cheveux noirs serait l’amour de sa vie, et lorsqu’il rencontra Maria Elena, il eut la certitude qu’elle était celle-ci. La jeune femme de 21 ans était atteinte de tuberculose, une maladie qui avait déjà décimé une grande partie de sa famille. Pendant des mois, Tanzler fit tout ce qu’il put pour essayer de la sauver, n’hésitant pas à tester sur elles des méthodes thérapeutiques de son invention. Il lui déclara également sa flamme, et la couvrit de cadeaux, mais rien n’indique que ses sentiments aient jamais été réciproques.

          Mausolée Maria Elena de Hoyos

          Le mausolée érigé en mémoire de Maria Elena de Hoyos au cimetière de Key West

          Finalement, malgré tous les efforts de Tanzler, Maria Elena succomba à sa maladie le 25 octobre 1931. Le docteur paya ses funérailles, et il lui fit construire un mausolée au cimetière de Key West sur lequel il vint ensuite se recueillir chaque nuit. Tanzler racontera plus tard que lorsqu’il lui chantait sa chanson favorite, Maria Elena venait le voir en esprit, et lui demandait souvent de la sortir de sa tombe. C’est ce qu’il finit par faire un soir d’avril 1933, emportant avec lui le cadavre de sa bien-aimée inhumé depuis presque deux ans. Après avoir ramené le corps sévèrement décomposé chez lui, le Dr Tanzler se lança dans une impensable entreprise de restauration : Il attacha les os ensemble avec des cordes de piano, il remplaça la peau putréfiée avec du tissu imbibé de cire et de plâtre, et il remplit l’abdomen en le bourrant de chiffons. Il fabriqua également une perruque à partir de cheveux que la Mère de Maria Elena lui avait remis après l’enterrement, et il combla les orbites creuses avec des yeux de verre. Enfin, il recouvrit l’ensemble de parfum et de produits chimiques pour masquer l’odeur et ralentir les effets de la décomposition.

          elena de hoyos

          Réplique du corps reconstitué de Maria Elena de Hoyos au musée "Ripley's Believe It Or Not" de Key West - Crédits photo Thank You Gravity

          Pendant 7 ans, Carl Tanzler allait vivre avec le cadavre grossièrement rafistolé de Maria Elena de Hoyos couché dans son lit, passant de longues nuits à lui déclamer son amour. Selon les déclarations de deux médecins qui analysèrent le corps ultérieurement, Tanzler avait placé un tube en papier au niveau du vagin, ce qui suggère que la relation ne fut pas seulement platonique. Un jour de 1940, la sœur de Maria Elena se rendit chez Tanzler pour vérifier les rumeurs atroces qui circulaient à son propos. Lorsqu’elle vit l’horrible mannequin de cire habillé avec les vêtements de sa sœur, elle alerta aussitôt les autorités, et Tanzler fut arrêté. L’affaire connut un retentissement national, et bizarrement, l’opinion publique fit preuve d’une certaine compassion envers le docteur, qui était perçu comme une sorte de romantique excentrique. Après une audience préliminaire devant le tribunal de Key West, Tanzler fut finalement relâché, car les charges de profanation retenues à son encontre tombaient sous le coup de la prescription. Le corps de Maria Elena fut enterré dans un endroit secret, après avoir été exposé publiquement dans un salon funéraire. Lors de cette veillée très particulière, plus de 6000 personnes se bousculèrent pour voir l’abomination dont la presse avait tant parlé. En 1947, Carl Tanzler écrivit une autobiographie dans laquelle il relatait l’incroyable histoire, mais il ne supporta pas longtemps d’être séparé de sa dulcinée : à l’aide d’un masque mortuaire, il confectionna une « poupée » grandeur nature à l’effigie de Maria Elena, et il vécut auprès d’elle jusqu’à sa mort, le 3 juillet 1952.

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