Axolot, le livre !

L'homme qui sauva le monde et autres sources d'étonnement

Comme vous l’avez remarqué, le site était en hibernation depuis quelques mois, mais en contrepartie, un livre était en préparation !

Les meilleurs articles du blog sont à présent réunis dans cet ouvrage, avec des mises à jour, du contenu exclusif, et des illustrations originales par Capucine, Libon, Adrien Ménielle, Manu Larcenet, Marion Montaigne, Laurel et Boulet !

En espérant que le livre vous plaira, et que les histoires d’Axolot sauront trouver une place non seulement sur votre écran, mais aussi dans votre bibliothèque.

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8 messages codés qui restent à déchiffrer

Kryptos

Kryptos - Crédits photo © Jim Gillogly

Kryptos

Depuis 1990, une étrange sculpture se dresse dans l’enceinte du quartier général de la CIA, à Langley, Virginie. Baptisée Kryptos, cette œuvre de l’artiste américain Jim Sanborn contient des messages qui n’ont toujours pas été déchiffrés entièrement. La sculpture est composée d’un petit bassin à bulles entouré de bois petrifié, de blocs de granite, et d’une large plaque de cuivre en forme de S dans laquelle ont été découpées environ 1700 lettres de l’alphabet. L’inscription est divisée en 4 parties distinctes, chacune correspondant à un message. En 1999, un informaticien du nom de James Gillogly fut le premier à annoncer publiquement avoir déchiffré 3 des 4 sections, après quoi la CIA révéla qu’un de leurs analystes, David Stein, était arrivé au même résultat un an plus tôt. Mais malgré les efforts des meilleurs cryptographes, le quatrième message de Kryptos demeure indéchiffrable depuis plus de 20 ans. Seules 3 personnes au monde sont censées en connaitre la solution : Jim Sanborn lui-même, Ed Scheidt, cryptographe de la CIA qui aida le sculpteur à choisir les méthodes de codage, et William Webster, ancien directeur de la CIA à qui une enveloppe scellée contenant le texte original fut remise. Mais selon Sanborn, il ne s’agit pas seulement de connaitre le texte pour le comprendre. Les messages constituent eux-mêmes une énigme, faisant référence à quelque chose qui serait enterré sous le sol de la CIA…

Le chiffre d'Agapeyeff

Le chiffre d'Agapeyeff

Le Chiffre d’Agapeyeff

En 1939, le cartographe anglais Alexander d’Agapeyeff publia un ouvrage de cryptographie élémentaire intitulé « Codes and ciphers ». A la fin du livre, il intégra un message chiffré afin que les lecteurs puissent tester leurs compétences de décryptage. Mais aucun lecteur, ni aucun cryptographe ne parvint jamais à déchiffrer le mystérieux texte. Le message ne fut pas publié dans les éditions suivantes de l’ouvrage, et d’Agapeyeff lui-même admit qu’il avait oublié comment il avait encrypté son texte. Devant l’invulnérabilité du code, certains ont avancé que l’auteur s’était tout simplement trompé dans sa méthode. Si vous avez envie de tenter votre chance, voici le message :

75628 28591 62916 48164 91748 58464 74748 28483 81638 18174
74826 26475 83828 49175 74658 37575 75936 36565 81638 17585
75756 46282 92857 46382 75748 38165 81848 56485 64858 56382
72628 36281 81728 16463 75828 16483 63828 58163 63630 47481
91918 46385 84656 48565 62946 26285 91859 17491 72756 46575
71658 36264 74818 28462 82649 18193 65626 48484 91838 57491
81657 27483 83858 28364 62726 26562 83759 27263 82827 27283
82858 47582 81837 28462 82837 58164 75748 58162 92000

Le Chiffre de Beale

Le trésor de Thomas Beale : légende ou réalité?

Le Chiffre de Beale

En 1818, alors qu’il chasse le bison en compagnie d’une trentaine d’hommes, un certain Thomas Jefferson Beale découvre un gisement d’or et d’argent au nord de Santa Fe, au Nouveau Mexique. Soucieux de protéger leur trésor, Beale et ses hommes décident d’aller le cacher quelque part en Virginie, loin de l’ouest sauvage. Leur butin équivaut alors à 65 millions de dollars actuels. En 1822, avant de repartir vers le nouveau Mexique pour exploiter d’avantage de minerai, Beale remet une boite en fer à un homme de confiance, un aubergiste du nom de Robert Morriss. La boite contient des lettres d’explication ainsi que 3 lettres codées qui indiquent l’emplacement du trésor. Beale demande à Morris de conserver la boite scellée, et de l’ouvrir au bout de 10 ans si personne n’est venu la chercher avant. Une lettre contenant la clé de décryptage lui serait envoyée au terme de ce délai. Morris ne reverra en fait jamais Beale, et il ne recevra pas non plus de clé. Au bout de 23 ans, il se décide finalement à ouvrir la boite, mais il passera le reste de sa vie à essayer en vain de déchiffrer les lettres. En 1862, peu avant sa mort, Morris explique toute l’histoire à un de ses amis, et lui passe la boite. A force d’acharnement, l’ami en question finit par décrypter le texte de la deuxième lettre : celle-ci décrit le contenu du trésor, et indique qu’il est enterré quelque part dans une caverne du comté de Bedford, en précisant que l’emplacement exact est décrit dans la lettre n°1. En 1885, désespéré de parvenir à déchiffrer les textes restants, l’ami de Morris publiera anonymement le récit de Beale ainsi que ses lettres dans un livre intitulé « the Beale Papers ». L’authenticité de l’histoire a toujours fait l’objet de nombreuses controverses, et certains considèrent qu’il s’agit d’un canular savamment élaboré. Toujours est-il qu’après plus d’un siècle de tentatives acharnées, les lettres n°1 et n°3 restent indéchiffrables. Et aussi longtemps qu’elles le seront, le trésor de Thomas Beale conservera son mystère…

Le chiffre de Dorabella

Le chiffre de Dorabella

Le Chiffre de Dorabella

Edward Elgar était un compositeur anglais féru de cryptographie, et son œuvre la plus célèbre, les « Variations Enigma », est notamment connue pour le contenu caché qui serait encodé dans sa partition. En 1897, Elgar adressa une lettre à une amie de 20 ans sa cadette, Dora Penny, qu’il surnommait Dorabella. Le message qui y figurait était composé d’étranges caractères en demi-cercles répartis sur 3 lignes, ainsi que d‘un énigmatique petit point à côté d’une des lettres. Dans les mémoires qu’elle écrivit 40 ans plus tard, Dora Penny confia qu’elle ne fut jamais capable de déchiffrer le message, et que lorsqu’elle questionna Elgar à ce sujet, celui-ci lui répondit qu’elle était pourtant la « mieux placée pour deviner ». Aucune des tentatives de décodage menées depuis n’a donné de résultat satisfaisant, et plus de 70 après, le chiffre de Dorabella continue à dérouter les meilleurs cryptographes du monde. Une des solutions avancées suggère toutefois que le message ne serait pas un texte, mais une mélodie…

L'inscription de Shugborough

L'inscription de Shugborough - Credits photo © REX

L’inscription de Shugborough

Shugborough hall est une vaste demeure située dans la campagne du Staffordshire, en Angleterre. Elle est célèbre pour le mystérieux monument qu’elle abrite au fond de ses jardins, une arche de pierre baptisée le « Monument des Bergers ». Sculpté à l’initiative de la famille Anson au 18ème siècle, ce monument contient en son centre une reproduction des « Bergers d’Arcadie », un tableau de Nicolas Poussin taillé ici en bas-relief sur une plaque de marbre. L’œuvre représente une femme et trois bergers, dont deux pointent un tombeau du doigt. Etrangement, la scène est inversée par rapport au tableau original, comme si ce dernier se reflétait dans un miroir. Mais l’énigme réside dans l’inscription gravée sous le bas-relief : il s’agit d’une séquence de 10 lettres, O U O S V A V V, encadrée par les lettres D et M. En près de 3 siècles, personne n’a pu expliquer le sens de l’inscription, même si de nombreuses interprétations ont été avancées. Certains y ont vu l’acronyme d’un message amoureux, des références bibliques, ou encore la distance qui sépare Shugborough de Oak Island, une petite ile qui abriterait un trésor enfoui. Enfin, plus récemment, des livres tels que l’Enigme Sacrée ou le Da Vinci Code ont largement popularisé la légende selon laquelle l’inscription désignerait l’emplacement du Saint Graal…

Le Disque de Phaistos

Le Disque de Phaistos au musée d'Heraklion

Le Disque de Phaistos

En 1908, une équipe d’archéologues italiens découvre un curieux disque d’argile dans les ruines du palais de Phaistos, en Grèce. Le disque a un diamètre d’environ 16 centimètres, et il est couvert sur ses deux faces de symboles inconnus disposés en spirale. On dénombre au total 241 signes composés de 45 hiéroglyphes distincts, qui semblent représenter des hommes, des outils, des animaux ou encore des plantes. Ces signes sont divisés en groupes séparés par des lignes, et ils ne semblent pas avoir été gravés, mais littéralement imprimés avec des tampons. Le disque ayant été estimé comme datant du 2ème millénaire avant JC, cela en ferait le plus ancien exemple d’imprimerie jamais découvert. Malgré de nombreuses tentatives de déchiffrements par les chercheurs, le sens et l’usage du disque restent un mystère complet. Il pourrait s’agir d’un hymne religieux, d’un calendrier ou encore d’un jeu selon les interprétations. De multiples origines possibles ont été données au disque, allant de l’Egypte à l’Atlantide, pour citer la plus ésotérique. Sa particularité la plus extraordinaire est sans doute qu’aucun objet semblable n’a jamais été découvert, ce qui en fait, jusqu’à preuve du contraire, une pièce unique. Tous ces mystères ont poussé certains chercheurs à remettre en question l’authenticité du disque, mais il est généralement admis qu’il s’agit bien d’un vestige antique. Le disque de Phaistos est aujourd’hui conservé au musée archéologique d’Heraklion.

Le code du Zodiaque

Extrait d'un des cryptogrammes irrésolus du Zodiaque

Le Code du « Zodiaque »

Le Zodiaque était un tueur en série qui sévit dans le nord de la Californie à la fin des années 60, et qui ne fut jamais identifié. On lui attribue avec certitudes 5 meurtres, mais il fut soupçonné d’avoir tué plusieurs dizaines de personnes entre 1966 et 1978. Il était notamment connu pour se livrer à un jeu pervers de correspondance avec la presse locale. Le 1er aout 1969, 3 journaux californiens reçoivent des lettres du Zodiaque, qui menace de tuer 12 personnes si ses messages ne sont pas publiés en une. Les lettres contiennent chacune le tiers d’un message codé, qui est censé contenir l’identité du tueur. Le message est finalement déchiffré par Donald et Bettye Harden, deux professeurs d’université, mais à la place d’une quelconque révélation sur le nom du Zodiaque, ils découvrent une macabre confession : le tueur explique qu’il tue par plaisir, et parce qu’il pense que ses victimes seront ses esclaves dans l’au-delà. Au total, entre 1969 et 1974, le Zodiaque enverra 18 lettres à la presse, dont quatre cryptogrammes. Sur les quatre, seul le message d’aout 1969 fut décodé, les trois autres restant à ce jour indéchiffrables.

Le code "Taman Shud"

Le code "Taman Shud"

Le Code « Taman shud »

Le 1er décembre 1948, le cadavre d’un homme est retrouvé sur la plage de Somerton, en Australie. Agé d’une quarantaine d’années, l’homme porte un pull over et un imperméable malgré la chaleur élevée, et il n’a aucune pièce d’identité sur lui. Toutes les étiquettes de ses vêtements ont été découpées. Plus étrange encore, ses empreintes digitales et dentaires ne correspondent à aucun profil enregistré. L’autopsie ne révèle aucune trace de poison dans son organisme, et ne parvient finalement à aucune conclusion quant à la cause de sa mort. Face à l’opacité du mystère, Scotland Yard est appelé en renfort, et une photo de l’homme est largement diffusée à travers le monde, mais personne ne parvient à l’identifier. Le mystère s’épaissit d’avantage lorsqu’une valise appartenant vraisemblablement à la victime est retrouvée un mois plus tard, remplie de vêtements dont les étiquettes ont été enlevées. La police découvre également une poche cachée dans le pantalon de l’homme, qui contient un morceau de papier sur lequel sont imprimés les mots « Taman shud ». A l’aide de spécialistes de la bibliothèque nationale, il est établi que ce morceau de papier a été arraché d’un livre de poèmes intitulé les Roubaïates d’Omar Khayyam. Après qu’une photo du morceau de papier ainsi que des informations concernant le livre ont été diffusées publiquement, un homme finit par contacter la police pour leur dire qu’il a trouvé une très rare édition de l’ouvrage sur le siège arrière de sa voiture, la nuit du 30 novembre 1948. Soit la veille de la découverte du corps. L’affaire passe d’énigmatique à totalement déconcertante lorsque la police découvre un message codé à l’arrière du livre : 5 lignes de lettres apparemment aléatoires, dont une barrée. Le code ne fut jamais déchiffré, et l’affaire de l’homme de Sommerton reste le mystère criminel le plus étrange de toute l’histoire australienne.

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5 lacs avec une histoire hors du commun

Crater Lake

Crater Lake - Crédits photo © M.Giuli

Crater Lake

Situé au sud de l’Oregon, le Crater Lake est un lac remarquable à plus d’un titre. Avec ses 597 m de profondeur, c’est le lac le plus profond des Etats-Unis. Sa formation remonte à environ 7000 ans, lorsque le mont Mazama entra dans une terrible éruption et s’effondra sur lui-même, projetant des cendres à plus de 100 km de distance, et laissant place à un vaste cratère de 10 km sur 8. Les eaux de pluie remplirent l’immense dépression, donnant ainsi naissance au lac. Les indiens Klamath se transmirent pendant des millénaires une légende faisant de cet évènement le fruit de violents affrontements entre les dieux, et leurs descendants considèrent encore aujourd’hui le Crater Lake comme un lieu sacré. Si le lac est réputé pour sa grande beauté, il est tout particulièrement connu pour un de ses étranges occupants, baptisé « le vieil homme du lac » : en 1896, le géologue Joseph S. Diller fit la découverte d’un gros tronc d’arbre flottant inexplicablement à la verticale dans les eaux du Crater Lake. Mesurant environ 60 cm de large sur 9 m de long, dont une partie émergée de 1,20 m, le tronc était assez solide pour qu’un homme puisse se tenir dessus. Aujourd’hui, plus de 115 ans après, le « vieil homme du lac » est toujours là, son tronc blanchi dérivant à travers le lac, toujours parfaitement droit. Les bateaux touristiques le croisent souvent sur leur parcours, et les croyances locales lui prêtent le pouvoir de contrôler le temps qu’il fait au-dessus du site. Crater Lake est également connu pour ses deux îles : Wizard island (l’île du sorcier), un îlot volcanique de 127 hectares, et Phantom Ship Island, ainsi nommée parce que par temps brumeux, sa silhouette évoque celle d’un bateau fantôme.

Lake Roopkund

Cranes au bord du lac Roopkund

Roopkund, le lac des squelettes

En 1942, un garde forestier anglais découvrit des centaines de squelettes sur les rives du lac Roopkund, un petit lac gelé de l’Himalaya situé à plus de 5000 m d’altitude. Les autorités anglaises pensèrent d’abord qu’il s’agissait de soldats japonais morts en essayant de traverser la frontière indienne pour mener une attaque surprise, mais les ossements étaient bien trop anciens pour valider cette hypothèse. Personne ne semblait pouvoir dire qui étaient ces gens, ni encore moins ce qui les avait tué. Pendant des décennies, le mystère du lac Roopkund fascina historiens et scientifiques, qui proposaient diverses théories sur les causes de l’évènement. Certains pensaient qu’il pouvait s’agir d’un suicide collectif rituel, d’autres parlaient d’un glissement de terrain, ou encore d’une épidémie. Lorsque les premiers tests au carbone 14 furent menés dans les années 60, on estima que les victimes avaient vécu entre le 12ème et le 15ème siècle, ce qui amena l’hypothèse d’une armée antique qui aurait succombé aux conditions extrêmes de l’Himalaya. Mais ce n’est qu’en 2004, soit 62 ans après la redécouverte du site, qu’une nouvelle enquête permit de résoudre l’énigme : des chercheurs indiens et européens mirent à jour des bijoux et des armes, ainsi que des tissus organiques exceptionnellement préservés par le climat de la zone. Les restes de plus de 500 personnes furent dénombrés au final, et une nouvelle datation permit de déterminer qu’ils remontaient à l’an 850 après J-C environ. Les tests ADN montrèrent qu’il y avait deux groupes distincts parmi les corps, vraisemblablement des pèlerins aidés par des porteurs locaux. En ce qui concerne la cause de leur mort, une légende Himalayenne raconte que la Déesse Nanda Devi tua un jour des voyageurs qui avaient profané son sanctuaire montagneux en faisant s’abattre sur eux une pluie de grêle « dure comme du fer ». C’est à cette même conclusion qu’aboutirent les scientifiques après analyse des fractures observées sur les corps des victimes : piégées par la tempête, et sans abri où se réfugier, toutes furent décimés par des grêlons gros comme des « balles de cricket » (environ 8 cm de diamètre). On peut encore voir de nombreux cranes et ossements autour du lac Roopkund, bien que les visiteurs occasionnels en aient emporté une grande partie en macabre souvenir de leur expédition. Quiconque a suffisamment regardé de films d’horreur pourra toutefois se demander s’il est judicieux de piller des cadavres foudroyés par une vengeance divine…

Lac Peigneur

Le vortex du lac Peigneur aspirant les arbres en 1980

Lac Peigneur

Le 20 novembre 1980, un petit lac de Louisiane, le lac Peigneur, fut le théâtre de l’une des catastrophes industrielles les plus spectaculaires de l’histoire. A l’époque, la Diamond Crystal Salt Company exploitait une mine de sel qui se trouvait sous le lac, pendant que la compagnie pétrolière Texaco forait depuis la surface à la recherche de pétrole. Suite à une erreur de calcul, la foreuse perça le troisième niveau de la mine, créant une brèche au fond du lac. L’eau s’engouffra rapidement dans les cavités souterraines, ce qui provoqua un gigantesque tourbillon. Ce maelstrom aspira en son centre la plateforme pétrolière, ainsi que 11 barges, un remorqueur, et plus de 25 hectares de terrain environnant. Les eaux du lac furent drainées à travers la crevasse qui s’agrandissait de plus en plus, et le phénomène fut si puissant que le cours d’un canal relié au lac, le canal Delcambre, fut inversé et aspiré à son tour. Ceci eut pour effet de créer une cascade haute de 50 m à l’endroit où le canal se déversait dans le trou, la plus haute jamais vue en Louisiane. La catastrophe ne fit pas de victimes humaines, mais elle transforma un lac d’eau douce profond d’à peine 3 m en un lac salé atteignant 60 m de profondeur, ce qui affecta irréversiblement son écosystème. Texaco versa 32 millions de dollars de préjudices à la Diamond Crystal Salt Company, et la mine de sel fut finalement fermée en 1986.

Lac Nyos

Nyos, le "lac tueur"

Lac Nyos

Situé au nord-ouest du Cameroun, le Lac Nyos fut à l’origine de l’un des désastres naturels les plus étranges du 20ème siècle. Ce lac volcanique est l’un des 3 seuls au monde susceptibles de produire une éruption limnique, un phénomène rarissime au cours duquel le gaz accumulé pendant des années dans les profondeurs d’un lac est relâché dans l’atmosphère. Cette particularité vaut à ces lacs d’être répertoriés sous le nom de « lacs tueurs ». Dans le cas du lac Nyos, le phénomène se produisit le 21 aout 1986, lorsqu’un glissement de terrain, suppose-t-on, brassa les eaux du lac. Cet évènement libéra les centaines de milliers de tonnes de gaz carbonique qui s’étaient accumulées dans les couches profondes, et qui émanaient du cratère volcanique où se trouve le lac. Une gigantesque explosion s’ensuivit, générant une colonne d’eau de plus de 80 m, et libérant environ 1,6 millions de tonnes de CO2. Un nuage mortel se répandit à toute vitesse dans la vallée, éliminant tout ce qui respirait jusqu’à une distance de 25 km. On retrouva 1746 personnes tuées dans les villages alentour, ainsi que plusieurs milliers d’animaux, le tout dans un paysage presque intact. Les chercheurs ne comprirent pas tout de suite ce qui s’était passé, les victimes ne présentant aucune trace de blessure, ni d’agonie apparente, mais c’est le lac lui-même qui leur donna le principal indice : les eaux habituellement bleues de celui-ci étaient devenues d’un rouge profond, cruellement approprié, dû aux eaux riches en fer du fond qui étaient remontées à la surface. Depuis 2001, une opération de dégazage nommée les « Orgues de Nyos » est menée par une équipe française, pour empêcher que la catastrophe ne se reproduise. Elle consiste à pomper le CO2 du fond vers la surface par le biais d’un tuyau vertical qui projette de l’eau à 50m au-dessus du lac. Le lac Monoun, dont l’éruption tua 37 personnes en 1984, est également en cours de dégazage depuis 2003. Quant au troisième lac « tueur » recensé, le lac Kivu du Congo, il n’est encore jamais entré en éruption, mais il est étroitement surveillé : plusieurs millions de personnes vivent sur ses rives, et il contient 300 fois plus de gaz que le lac Nyos.

Lac Vostok

Image RADARSAT du lac Vostok - Crédits photo NASA

Lac Vostok

Avec ses 16000 km² de superficie et ses 1000m de profondeur, le lac Vostok est de loin le plus imposant des lacs mentionnés dans cet article, mais c’est aussi le plus mystérieux : en effet, personne ne l’a jamais vu. Car le lac Vostok ne se trouve pas à la surface de la terre, mais très, très en dessous, à 4 km sous les glaces de l’antarctique. Et depuis sa découverte dans les années 70 grâce à des radars, ce lac subglaciaire n’en finit pas d’exciter la curiosité des scientifiques, qui espèrent y trouver des formes de vie totalement nouvelles. Pendant 14 millions d’années, l’écosystème du lac s’est effectivement développé indépendamment du reste de la planète, protégé de toute vie par 4 km de glace. C’est pourquoi ses occupants devraient être très différents de ce que nous connaissons déjà, même si, selon les chercheurs, il y a peu de chances pour qu’ils soient plus complexes que des micro-organismes. En 1998, une opération de forage fut menée par une équipe russe, mais elle s’arrêta à 200 m de l’eau. Le kérosène utilisé risquait en effet de contaminer le lac, resté parfaitement pur depuis quasiment la disparition des dinosaures. Le forage a repris le 4 janvier 2011 avec une nouvelle technique à base de silicone, et il devrait se terminer à la fin de cette même année, permettant d’extraire une carotte de glace qui devrait révéler les mystères du lac. De par ses conditions très particulières, le lac Vostok est également devenu un modèle pour la future exploration d’Europe, un satellite de Jupiter dont les eaux subglaciaires pourraient contenir des formes de vie extraterrestres.

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Le secret du Dr Tanzler

Carl Tanzler

Attention : cette histoire est particulièrement dérangeante, et peut heurter la sensibilité des plus fragiles.

Carl Tanzler von Cosel était un radiologue doublé d’un piètre inventeur qui naquit le 8 février 1877 à Dresde, en Allemagne. Ce personnage extrêmement singulier se faisait passer pour un ancien capitaine de sous-marin surdiplômé, et il prétendait avoir eu à plusieurs reprises des visions de son ancêtre défunte, la Comtesse Anna Constantia von Cosel. En 1926, à l’âge de 49 ans, il émigra vers les Etats Unis et s’installa en Floride, abandonnant au passage sa femme et ses deux enfants. Il trouva peu de temps après un poste de radiologue dans un Hôpital de Key West. En avril 1930, la vie du Dr Tanzler bascula lorsqu’il fit la connaissance d’une patiente cubaine nommée Maria Elena Milagro de Hoyos : selon Tanzler, lors d’une apparition, le fantôme de la Comtesse von Cosel lui avait prophétisé qu’une beauté exotique aux cheveux noirs serait l’amour de sa vie, et lorsqu’il rencontra Maria Elena, il eut la certitude qu’elle était celle-ci. La jeune femme de 21 ans était atteinte de tuberculose, une maladie qui avait déjà décimé une grande partie de sa famille. Pendant des mois, Tanzler fit tout ce qu’il put pour essayer de la sauver, n’hésitant pas à tester sur elles des méthodes thérapeutiques de son invention. Il lui déclara également sa flamme, et la couvrit de cadeaux, mais rien n’indique que ses sentiments aient jamais été réciproques.

Mausolée Maria Elena de Hoyos

Le mausolée érigé en mémoire de Maria Elena de Hoyos au cimetière de Key West

Finalement, malgré tous les efforts de Tanzler, Maria Elena succomba à sa maladie le 25 octobre 1931. Le docteur paya ses funérailles, et il lui fit construire un mausolée au cimetière de Key West sur lequel il vint ensuite se recueillir chaque nuit. Tanzler racontera plus tard que lorsqu’il lui chantait sa chanson favorite, Maria Elena venait le voir en esprit, et lui demandait souvent de la sortir de sa tombe. C’est ce qu’il finit par faire un soir d’avril 1933, emportant avec lui le cadavre de sa bien-aimée inhumé depuis presque deux ans. Après avoir ramené le corps sévèrement décomposé chez lui, le Dr Tanzler se lança dans une impensable entreprise de restauration : Il attacha les os ensemble avec des cordes de piano, il remplaça la peau putréfiée avec du tissu imbibé de cire et de plâtre, et il remplit l’abdomen en le bourrant de chiffons. Il fabriqua également une perruque à partir de cheveux que la Mère de Maria Elena lui avait remis après l’enterrement, et il combla les orbites creuses avec des yeux de verre. Enfin, il recouvrit l’ensemble de parfum et de produits chimiques pour masquer l’odeur et ralentir les effets de la décomposition.

elena de hoyos

Réplique du corps reconstitué de Maria Elena de Hoyos au musée "Ripley's Believe It Or Not" de Key West - Crédits photo Thank You Gravity

Pendant 7 ans, Carl Tanzler allait vivre avec le cadavre grossièrement rafistolé de Maria Elena de Hoyos couché dans son lit, passant de longues nuits à lui déclamer son amour. Selon les déclarations de deux médecins qui analysèrent le corps ultérieurement, Tanzler avait placé un tube en papier au niveau du vagin, ce qui suggère que la relation ne fut pas seulement platonique. Un jour de 1940, la sœur de Maria Elena se rendit chez Tanzler pour vérifier les rumeurs atroces qui circulaient à son propos. Lorsqu’elle vit l’horrible mannequin de cire habillé avec les vêtements de sa sœur, elle alerta aussitôt les autorités, et Tanzler fut arrêté. L’affaire connut un retentissement national, et bizarrement, l’opinion publique fit preuve d’une certaine compassion envers le docteur, qui était perçu comme une sorte de romantique excentrique. Après une audience préliminaire devant le tribunal de Key West, Tanzler fut finalement relâché, car les charges de profanation retenues à son encontre tombaient sous le coup de la prescription. Le corps de Maria Elena fut enterré dans un endroit secret, après avoir été exposé publiquement dans un salon funéraire. Lors de cette veillée très particulière, plus de 6000 personnes se bousculèrent pour voir l’abomination dont la presse avait tant parlé. En 1947, Carl Tanzler écrivit une autobiographie dans laquelle il relatait l’incroyable histoire, mais il ne supporta pas longtemps d’être séparé de sa dulcinée : à l’aide d’un masque mortuaire, il confectionna une « poupée » grandeur nature à l’effigie de Maria Elena, et il vécut auprès d’elle jusqu’à sa mort, le 3 juillet 1952.

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5 supercheries qui ont mystifié leurs époques

Géant de Cardiff

Le Géant de Cardiff exposé au Farmer's Museum de Cooperstown - Crédits photo

Le Géant de Cardiff

Le 16 octobre 1869, deux ouvriers firent une découverte qui allait rendre mondialement célèbre le petit hameau de Cardiff, dans l’état de New York. En creusant un puits sur le terrain du fermier William Newell, ils exhumèrent ce qui semblait être le corps fossilisé d’un homme de 3m de haut. Sitôt la nouvelle répandue, des curieux affluèrent de toute la région pour venir voir le colosse de pierre, étendu dans une apparente posture d’agonie. Devant un tel succès, William Newell abrita le corps sous une tente, et commença à faire payer les visites. La communauté scientifique ne cachait pas son scepticisme à l’égard du géant de Cardiff, mais les fondamentalistes chrétiens en défendaient l’authenticité, considérant la découverte comme une preuve que les géants mentionnés dans l’Ancien Testament avaient bien existé. Ce qu’ils ignoraient, c’est qu’ils étaient les dindons d’une farce orchestrée par un certain George Hull, fabricant de cigares et cousin de Newell. Un an plus tôt, Hull avait eu un débat enflammé avec un révérend méthodiste à propos des géants bibliques. En tant qu’athée convaincu, il se demandait comment l’on pouvait croire à de telles histoires, et pour voir jusqu’où irait la crédulité religieuse, il eut l’idée de fabriquer un faux géant pétrifié.

Géant de Cardiff

Le Géant de Cardiff sur les lieux de sa découverte - Crédits photo J L Hamar/Frederic Lewis/Getty Images

Il fit donc tailler une statue en secret, utilisant de l’acide pour en vieillir l’aspect et des aiguilles pour simuler les pores de la peau, avant de l’enterrer derrière la ferme de son cousin avec la complicité de ce dernier. Il ne restait plus ensuite qu’à engager deux ouvriers pour creuser un puits au bon emplacement. George Hull dépensa 2600$ dans son canular, mais lorsque le phénomène attira l’attention de tout le pays, l’investissement s’avéra très rentable : Hull et Newell furent rapidement approchés par un groupe d’hommes d’affaires à qui ils revendirent le géant pour 23000 $. Mené par un certain David Hannum, le groupe exhiba le colosse dans la ville de Syracuse, où il déplaça des foules entières. A tel point que le célèbre entrepreneur de spectacles Phinéas Barnum proposa de le racheter pour 50000 $, mais les nouveaux propriétaires déclinèrent l’offre. Ne s’avouant pas vaincu, Barnum décida alors de faire fabriquer une réplique, puis il l’exhiba à New York en déclarant que seul son géant était véritable, l’autre n’étant qu’une vulgaire copie ! David Hannum attaqua Barnum en diffamation, mais le procès tourna court lorsque Georges Hull dévoila toute l’histoire à la presse. Les deux géants furent déclarés faux, et Barnum échappa du même coup à la condamnation. Aujourd’hui, le géant de Cardiff est conservé au Farmer’s Museum de Copperstown, et plus de 140 ans après sa création, il est toujours considéré comme le canular le plus populaire de l’histoire des Etats-Unis.

Fées de Cottingley

Frances et les fées de Cottingley - Crédit photo Elsie Wright

Les Fées de Cottingley

Durant l’été 1917, Elsie Wright et Frances Griffiths, deux cousines de 16 et 10 ans qui vivent dans le village de Cottingley, en Angleterre, décident de prouver à leurs parents qu’elles voient régulièrement des fées dans les bois. Avec l’appareil photo de son père, Elsie prend un cliché de Frances avec quatre créatures ailées qui semblent danser devant elle, puis, deux mois plus tard, c’est au tour de Frances de photographier sa cousine en compagnie d’un lutin. Arthur Wright, le père d’Elsie, est convaincu que les deux jeunes filles ont truqué les images, mais ce ne pas l’avis de son épouse, Polly, pour qui les photos sont authentiques. Elle les montre en 1919 lors d’une conférence sur les fées organisée par la Société Théosophique, une association spiritualiste. Les images deviennent alors publiques, et elles parviennent jusqu’à Edward Gardner, un membre éminent de la Société qui pense que les fées sont le signe d’un nouveau cycle d’évolution. En 1920, Gardner envoie les photos ainsi que les négatifs originaux pour analyse à Harold Snelling, un expert en photographie qui ne trouve aucune trace de manipulation, et qui conclut à l’authenticité des clichés. C’est à cette époque qu’Arthur Conan Doyle, le célèbre créateur de Sherlock Holmes, va s’intéresser à l’histoire des fées de Cottingley. Il prend contact avec Edward Gardner, et ensemble les deux hommes commandent une contre-expertise à la société Kodak, qui ne trouvera pas non plus de signe de trucage.

Fées de Cottingley

La dernière photo, dont Frances soutiendra toujours l'authenticité

Au mois de juillet 1920, Gardner va à la rencontre de la famille Wright, et donne deux appareils photo à Elsie et Frances en leur proposant d’essayer à nouveau de prendre des clichés « féériques ». Quand la mère d’Elsie veut les accompagner, les filles insistent sur le fait qu’elles doivent être seules pour que les fées se manifestent, et à la fin de l’été, elles envoient 3 photos à Gardner qui les montrent en compagnie des mêmes créatures ailées qu’en 1917. Lorsqu’il apprend la nouvelle, Conan Doyle est persuadé que grâce à ces photos, le public va enfin s’ouvrir à la réalité des phénomènes parapsychologiques. Il écrit deux articles sur l’affaire ainsi qu’un livre, qui recevront un accueil critique très mitigé. Ses positions quant à l’existence d’un « petit peuple » invisible iront même jusqu’à le discréditer en tant qu’auteur, mais il défendra l’authenticité des photos jusqu’à sa mort, en 1930. Après 1921, l’effervescence médiatique autour des fées de Cottingley se tasse progressivement, et les deux cousines, usées par cette histoire, partent de longues années à l’etranger. L’affaire ressurgit dans les années 60 et 70, lorsque des journalistes tentent d’obtenir des aveux d’Elsie et Frances, mais celles-ci nient avoir truqué les images. Elsie va jusqu’à suggérer qu’elles avaient peut être réussi à impressionner la plaque photographique avec leur imagination. Ce n’est qu’en 1983, soit 66 ans après le début de l’histoire, que les cousines confessent leur secret à la presse : elles avaient simplement découpé des illustrations qu’elles avaient ensuite fixé dans le décor avec des épingles. Trop embarrassées d’avoir trompé l’auteur de Sherlock Holmes lui-même, elles avaient décidé de ne rien dévoiler. Cependant, et contrairement à sa cousine, Frances soutiendra jusqu’au bout que la cinquième photo, montrant des fées dans les herbes, était bien réelle. Les photos originales d’Elsie et Frances comptent aujourd’hui parmi les plus célèbres du 20ème siècle, et elles sont conservées au National Media Museum de Bradford, à quelques kilomètres de Cottingley.

L'Homme de Piltdown

Une réplique du crâne de l'Homme de Piltdown

L’Homme de Piltdown

Au début du 20ème siècle, un géologue amateur du nom de Charles Dawson fait des fouilles dans une petite carrière près de Piltdown, dans le sud de l’Angleterre. Il découvre des dents d’éléphant et d’hippopotame datant de l’ère glaciaire, ainsi que d’intriguants fragments de crâne humain. Arthur Smith Woodward, le président de la Société de géologie de Londres, ainsi que le paléontologue Teilhard de Chardin viennent alors lui prêter main forte, et ils découvrent ensemble une mâchoire qui présente des attributs à la fois humains et simiens. Convaincus d’avoir trouvé le « chainon manquant » qui, selon Darwin, devait marquer la transition entre l’homme et le singe, Woodward et Dawson présentent le crane reconstitué de l’Homme de Piltdown le 18 décembre 1912, devant un parterre de chercheurs stupéfiés. Ce fossile inclassable, dont on estime qu’il a 500 000 ans de plus que l’homme de Neanderthal, incarnerait le début de l’humanité. La nouvelle bouleverse les connaissances anthropologiques de l’époque, et obtient aussitôt un retentissement mondial. Pendant de nombreuses années, l’Homme de Piltdown, qui fait la fierté du Royaume-Uni, est largement accepté au sein de la communauté scientifique comme le véritable chainon manquant. Il est intégré aux ouvrages de paléontologie, et son authenticité est confortée lorsqu’on trouve d’autres restes aux caractéristiques à la fois humaines et simiennes à proximité de la carrière de Piltdown. Cependant, le doute reste présent chez de nombreux chercheurs. Dans les années 1920, le paléoanthropologue allemand Franz Weidenreich affirme après examen que les restes de l’Homme de Piltdown sont constitués d’un crâne humain et d’une mâchoire d’orang-outan. Sa voix ne rencontre qu’un écho mineur, mais le statut de l’Homme de Piltdown continue à se fragiliser en 1924, lorsqu’on découvre le premier australopithèque en Afrique.

L'Homme de Piltdown

Charles Dawson et Arthur Woodward à la recherche de fossiles sur le site de Piltdown

Agé de plusieurs millions d’années, celui-ci montre que la mâchoire humaine à évolué avant le crâne, ce qui n’est pas le cas chez l’Homme de Piltdown. Le coup de grâce est porté en 1953, lorsque 3 anatomistes de l’université d’Oxford s’aperçoivent que le crane et la mâchoire ont été oxydés pour en vieillir artificiellement l’aspect, et que les dents ont été limées pour imiter l’usure des dents humaines. La mâchoire de l’Homme de Piltdown était bien une mâchoire d’orang-outan, et de plus, les dents d’éléphant et d’hippopotame qui avaient été trouvées sur le même site et qui avaient permis d’estimer l’âge géologique du crâne provenaient de Malte et de Tunisie. Elles avaient donc été rapportées pour fausser les datations. Le Muséum d’histoire naturelle de Grande-Bretagne se résigne à admettre dans un bulletin du service de géologie que l’homme de Piltdown est un faux, et que les personnes qui ont participé à son exhumation ont été victimes d’une « tromperie inexplicable ». En 1959, une datation au carbone 14, technologie encore toute récente, permet d’affirmer que le crâne appartient à un homme du moyen âge, et que la mâchoire n’a pas plus de 500 ans. Encore aujourd’hui, on ignore qui était l’auteur de ce canular minutieusement élaboré. De nombreux coupables ont été suggérés, parmi lesquels Charles Dawson lui-même, ou bien son collègue Teilhard de Chardin qui, devant l’ampleur prise par l’imposture, n’aurait rien osé avouer. Le nom de Conan Doyle, encore lui, a également été avancé : l’auteur de Sherlock Holmes vivait près de Piltdown à l’époque des faits, il fréquentait Charles Dawson et il étudiait la préhistoire pour préparer un roman. Selon ses défenseurs, il ne s’y connaissait pas assez en paléontologie pour organiser une telle opération, mais il est tentant d’imaginer qu’a quelques années d’intervalle, le même homme ait été à la fois auteur et victime des deux plus grands canulars que l’Angleterre ait jamais connu.

Les soeurs Fox

Margaret, Kate et Leah Fox vers 1852

Les sœurs Fox

Au cours du mois de mars 1848, d’étranges bruits commencent à se faire entendre dans la ferme de la famille Fox, à Hydesville, dans l’état de New York. Des coups retentissent entre les murs de la petite maison, qui a la réputation d’être hantée. Dans la nuit du 31 mars, Kate et Margaret, les deux sœurs cadettes âgées de 12 et 15 ans, essaient d’établir un contact avec l’esprit frappeur. Elles le baptisent Mr Splitfoot (Pied fourchu), et lui demandent de répondre à des questions en donnant des coups pour « oui », « non », ou pour des lettres de l’alphabet. L’entité dit être un camelot nommé Charles B. Rosma, assassiné cinq ans plus tôt puis enterré dans la cave de la maison. Quand on fouille à l’endroit indiqué, on ne trouve que quelques fragments d’os, mais l’affaire se répand comme une trainée de poudre et les sœurs Fox deviennent des célébrités. Très vite, elles donnent des démonstrations publiques de communication avec l’au-delà qui rencontrent un énorme succès. Sous la houlette de Leah, leur sœur ainée, elles se lancent dans une tournée nationale qui déplace des personnalités éminentes de l’époque. Le Spiritisme devient un phénomène de société, et des milliers d’émules commencent à prétendre pouvoir communiquer avec les morts. En l’espace de quelques années, la passion des « tables tournantes » va enflammer les Etats-unis, puis l’Europe. Les sœurs Fox intègrent même les cercles de la haute société, où de nombreux notables leur demandent des séances privées. En 1852, Margaret épouse un célèbre explorateur, Elisha Kane, mais quand celui-ci meurt 5 ans plus tard, elle commence à sombrer progressivement dans la boisson. Kate, de son coté, part s’installer en Angleterre en 1871, ou elle épouse un riche avocat.

Les soeurs Fox

La maison

Là-bas, elle accepte de se soumettre aux examens d’un scientifique Londonien, William Crookes, qui veut comprendre comment les « coups » des esprits se manifestent en sa présence. Crookes conclura que la jeune femme ne triche pas. En 1881, Kate perd son mari à son tour, et se réfugie dans l’alcool, tout comme Margaret. En 1888, suite à de longues années de déchéance où Kate perd notamment la garde de ses enfants, les deux sœurs se brouillent avec leur ainée Leah, qui est alors un des membres éminents du mouvement Spirite. Elles décident de monter sur scène à New-York pour dévoiler la vérité sur leurs prétendus pouvoirs : depuis toujours, elles produisaient elles-mêmes les « coups » des esprits avec une technique de craquement d’orteil qu’elles avaient perfectionné au fil des années. Margaret fit une démonstration sous l’examen de médecins présents dans la salle, en expliquant que leur sœur Leah les avait forcées à s’exhiber comme des bêtes de foire. Elle déclara que le Spiritisme, mouvement dont elle était pourtant à la source avec sa sœur Kate, était une fraude de la pire espèce. Les sceptiques de la première heure se réjouirent, mais les adeptes du mouvement, qui se comptaient en millions, continuèrent leur pratique comme si rien ne s’était passé. Beaucoup étaient convaincus que ces confessions étaient forcées, et leur avis fut conforté quelques temps plus tard, lorsque Margaret se désavoua. Elle avait besoin d’argent, et n’avait pas d’autre choix que de continuer à utiliser ses « capacités » Elle mourut ruinée en 1893 à l’âge de 55 ans, un an après sa sœur Kate. En 1904, en jouant dans la cave de la « maison hantée » de Hydesville devenue légendaire, des enfants trouvèrent un squelette humain entre les murs effrités. Bien que certains journaux de l’époque aient suspecté un canular supplémentaire, et qu’aucun Charles B. Rosma n’ait jamais été porté disparu, beaucoup virent dans cette découverte la preuve que les sœurs Fox avaient bien communiqué avec un esprit.

Le Turc mécanique

Réplique moderne du Turc mécanique - Crédits photo

Le Turc Mécanique

En 1770, l’inventeur hongrois Wolfgang von Kempelen présenta une machine extraordinaire à la cour de l’Impératrice d’Autriche. Il s’agissait d’un automate capable de jouer aux échecs, et de vaincre les adversaires humains les plus coriaces. Baptisé « le Turc », l’automate se présentait sous la forme d’un mannequin doté d’un costume traditionnel qui le faisait ressembler à un sorcier oriental. Le mannequin était assis derrière un large meuble en bois, dont les portes s’ouvraient sur un mécanisme complexe d’engrenages. Lors de sa première exhibition, le Turc vainquit tous ses adversaires, sans mettre plus de 30 minutes par partie. Quand son opposant faisait un déplacement interdit, il secouait la tête, et remettait la pièce à sa place. Le Turc était aussi capable de converser avec les spectateurs grâce à une grille de lettres. En 1783, sur les suggestions de l’Empereur de Russie, Kempelen emmena le Turc dans une tournée à travers l’Europe. A Paris, le Turc perdit une partie contre François-André Danican Philidor, alors considéré comme le meilleur joueur d’échecs de son temps. De l’aveu de Philidor lui-même, cette partie fut la plus épuisante de sa carrière. La dernière partie du Turc à Paris se déroula contre Benjamin Franklin, contre qui il gagna. Le célèbre scientifique américain, alors ambassadeur des Etats-unis, conserva toute sa vie un intérêt pour l’étonnante machine. Au cours de son voyage européen qui l’emmena de Londres à Amsterdam en passant par Leipzig, le Turc fut examiné par de nombreux sceptiques qui essayèrent de comprendre son fonctionnement. On dit que Frédéric II de Prusse donna une forte somme d’argent à Kempelen pour connaitre les secrets de son automate, mais il n’y a pas de preuve que cette rencontre ait eu lieu.

Le Turc mécanique

Gravure du Turc mécanique datant de 1789

Durant les deux décennies qui suivirent, le Turc resta au palais de Schönbrunn, en Autriche, où il avait été présenté la première fois. En 1808, soit 4 ans après la mort de son père, le fils de Kempelen vendit le Turc à Johann Mälzel, un musicien bavarois. En 1809, en pleine campagne de Wagram, Napoléon Bonaparte se déplaca à Schönbrunn pour affronter le Turc, mais l’Empereur de France dut s’incliner contre l’automate. Entre 1810 et 1820, Mälzel perfectionna le mécanisme du Turc et il le fit jouer en Italie, en France et en Angleterre, où il affronta l’un des grands précurseurs de l’informatique, Charles Babbage. Etouffé par les dettes, Mälzel s’enfuit ensuite aux Etats-Unis ou il exhiba sa mystérieuse machine. Au cours d’une tournée américaine qui allait durer 10 ans, le Turc fut notamment défié par un autre automate joueur d’échecs, et il inspira un essai à Edgar Allan Poe. Après la mort de Mälzel en 1836, le Turc fut vendu aux enchères, puis finalement donné au Chinese Museum de Philadelphie. Il finira sa glorieuse carrière dans les flammes d’un violent incendie le 5 juillet 1854, soit 84 ans après sa première partie devant l’Impératrice d’Autriche. Bien que de nombreux ouvrages aient été écrits sur le Turc au cours du 18ème et du 19ème siècle, son véritable secret ne fut dévoilé qu’en 1857 par Silas Mitchell, le fils du dernier propriétaire de la machine. Il expliqua dans une série d’articles que le mécanisme complexe du meuble cachait en fait un double fond ou un joueur réel pouvait se cacher, et manipuler l’automate sans être vu. Ainsi, 15 maîtres d’échecs s’étaient succédés à l’intérieur du Turc pendant son existence. En 1984, le fabricant d’accessoires magiques John Gaughan a dépensé 120000 $ pour construire une réplique du Turc de Kempelen. Cette version est très fidèle à l’original, sauf qu’elle est à présent contrôlée par un ordinateur…

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