Archives pour août 2009

L’arme absolue

Champignon atomique

Au mois de juillet 1961, dans un contexte géopolitique très tendu, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev initia un projet destiné à montrer de façon spectaculaire la toute puissance de la Russie. Son objectif était de concevoir l’arme nucléaire la plus destructrice de l’histoire. Cette dernière reçut pour nom de code « Ivan », mais elle est plus connue aujourd’hui sous le surnom que lui donnèrent les Américains : Tsar Bomba, ou « Reine des Bombes ».

D’une longueur de 8m pour une masse de 27 tonnes, la Tsar Bomba était une bombe thermonucléaire d’une puissance d’environ 50 mégatonnes, soit 10 fois plus que la combinaison de tous les explosifs utilisés durant la seconde guerre mondiale. A titre de comparaison, « Little Boy », la bombe qui éradiqua Hiroshima, disposait d’une puissance 4000 fois moindre (environ 15 kilotonnes). A l’origine, la Tsar Bomba était conçue pour atteindre 100 mégatonnes, mais les retombées radioactives auraient été trop importantes, et l’avion qui transportait la bombe n’aurait pas pu s’éloigner suffisamment avant l’explosion. D’après la phrase de Khrouchtchev, cette réduction de puissance fut effectuée pour « ne pas briser tous les miroirs de Moscou ».

Une réplique de la Tsar Bomba au musée des armes nucléaires de Sarov

Une réplique de la Tsar Bomba au musée des armes nucléaires de Sarov

Le 30 octobre 1961, la Tsar Bomba fut larguée au dessus de la Nouvelle Zemble, un archipel de l’océan Arctique situé au nord ouest de la Sibérie. L’explosion fut visible jusqu’en Suède, à plus de 1000 km de là. Elle détruisit absolument tout sur un rayon de 30 km, et sa chaleur pouvait provoquer des brulures au 3ème degré à 100km du point d’impact. Le champignon atomique atteignit un diamètre d’environ 40km pour une hauteur de 64 km, soit 9 fois le Mont Everest. L’onde de choc produit par la bombe fit 3 fois le tour de la Terre, et on estime qu’à l’apogée de sa puissance, l’explosion généra 1,4% de l’énergie produite par le Soleil.

La Tsar Bomba ne fut pas seulement la plus terrible de toutes les bombes atomiques. Ce fut également le dispositif le plus puissant jamais créé dans toute l’histoire de l’humanité. Si la bombe était tombée sur Paris, elle aurait anéanti la majeure partie de l’Ile-de-France. On calcula également que si la puissance originale de 100 mégatonnes avait été utilisée, les retombées radioactives mondiales en auraient été augmentées de 25%. Une réplique de la « Reine des Bombes » est aujourd’hui visible au musée des armes nucléaires de Sarov, en Russie.

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La fille qui ne vieillit pas

A gauche, Brooke, 16 ans, ses parents, et sa soeur Caitlin, 19 ans.

De par sa taille et ses capacités mentales, Brooke Greenberg semble présenter des attributs normaux pour un bébé. A ceci près qu’elle est née en 1993, et qu’elle à eu 16 ans au mois de janvier dernier. Les chercheurs sont fascinés par cette adolescente du Maryland, dont le cas est sans équivalent dans l’histoire de la médecine.

D’après les examens effectués sur Brooke, son processus de vieillissement n’est expliqué par aucune anomalie génétique connue. Son corps ne vieillit pas comme un organisme unifié, mais comme un ensemble de parties désynchronisées : ainsi, à 16 ans, son âge osseux correspond à celui d’une enfant de 10 ans, et elle à toujours ses dents de lait. Elle mesure aujourd’hui 76 cm pour environ 7 kg, ce qui n’a guère évolué depuis les premières années de sa vie. Brooke à trois sœurs âgées de 22, 19 et 13 ans, mais au fil du temps, elle est la seule à ne jamais changer sur les photos.

Durant les 6 premières années de son existence, Brooke à subi une série d’incidents médicaux, dont elle s’est souvent remise sans explications : elle a eu 7 ulcères perforés à l’estomac. Elle a été victime d’une attaque cérébrale, dont toute trace avait disparu au bout de quelques semaines. Et à l’âge de 4 ans, elle fut plongée dans un semi-coma durant 14 jours à cause d’une tumeur au cerveau. Suite au diagnostic des médecins, ses parents s’étaient préparés à la perdre, mais quand la petite fille se réveilla, sa tumeur n’était plus la. Pour les médecins, la source de ses maux successifs reste un mystère, tout comme ses guérisons miraculeuses.

Brooke à l'age de 12 ans, avec sa soeur Carly, alors agée de 9 ans.

Brooke à l'age de 12 ans, avec sa soeur Carly, alors agée de 9 ans.

Lorsque les troubles de croissance de Brooke devinrent manifestes, on conseilla à ses parents de la traiter aux hormones de croissance, mais cela n’eut aucun effet. Les ongles et les cheveux sont les seules choses qui poussent chez l’adolescente. Son œsophage est si petit qu’elle est nourrie par un tube inséré dans son estomac, pour éviter que la nourriture avalée ne remonte dans ses poumons.

Pour comprendre les mécanismes de son vieillissement, le Dr Richard Walker de l’Université de Floride du Sud a étudié l’ADN de Brooke à la recherche d’une mutation génétique encore jamais observée. Il pense que si le gène responsable de cette condition unique est isolé, nous pourrions connaitre les clés du vieillissement humain, et par conséquent de notre mortalité. Brooke ne sait pas parler. Son âge mental est celui d’une enfant de neufs mois. Mais elle détient peut-être le secret d’un rêve aussi vieux que l’humanité : celui de la jeunesse éternelle…

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5 projets qui défient le temps

L'Horloge du "Long Maintenant"

L’Horloge du « Long Maintenant » (Clock of the Long Now)

Ce projet a pour but la construction d’une horloge monumentale qui marquera le temps pour les 10 000 ans à venir. Imaginée par l’informaticien Danny Hillis, l’Horloge est le projet phare de la Long Now Foundation, un organisme privé qui encourage la pensée à long terme, soulignant notre responsabilité vis à vis des générations futures. Afin de fonctionner sur une si longue durée (deux fois celle des pyramides d’Egypte), l’Horloge sera construite selon une technologie simple, facilement réparable, avec des matériaux durables et de faible valeur pour ne pas attirer les pillards. Toujours dans cette logique de persistance, l’Horloge sera placée à l’intérieur du Mont Washington, dans le Nevada. Grace à un algorithme développé par Hillis et le compositeur Brian Eno, le carillon de l’Horloge produira un son différent chaque jour pendant 10 000 ans. Un prototype réduit de l’Horloge conçu en 1999 est actuellement exposé au Science Museum de Londres.

L'orgue concçue pour le projet dans l'église St Bachardi

« Aussi Lentement Que Possible » (As Slow As Possible)

Tel est le titre d’un morceau de musique écrit par le compositeur John Cage, célèbre pour ses expérimentations. Lorsqu’il écrivit la partition, en 1985, Cage ne précisa pas à quel tempo le morceau devait être joué exactement, et les interprétations duraient alors entre 20 et 70 minutes. Mais en 1997, 5 ans après la mort du compositeur, une conférence impliquant musiciens et philosophes déboucha sur le projet suivant : grâce à la grande durée de vie qu’offre un orgue d’église, on allait respecter l’instruction « aussi lentement que possible » en faisant durer le morceau…639 ans. Ainsi, la plus longue performance musicale de l’histoire commença le 5 septembre 2001, dans l’église St Buchardi d’Halberstadt, en Allemagne. Conçu pour l’occasion, un orgue aux pédales lestées joue la partition si lentement que chaque changement de note est un évènement : le 5 juillet 2008, 1000 personnes étaient présentes dans l’église pour entendre la sixième note du morceau. Pour toute donation d’au moins 1000€ faite au projet, il est possible de faire graver une plaque commémorative qui restera accrochée dans l’église. Chaque plaque correspond à une année de la performance, dont la conclusion est prévue pour 2639.

La crypte de la civilisation telle que personne ne la verra avant 6000 ans.

La Crypte de la Civilisation

Dans le sous-sol de l’Université Oglethorpe, en Georgie, il existe une pièce étanche de 6m sur 3m remplie d’objets hétéroclites. Sa porte en acier inoxydable fut scellée en 1940, et si tout se passe comme prévu, elle ne sera pas ouverte avant 6000 ans. Parce que sa fonction est de conserver une trace de notre passage pour les générations à venir, cette pièce est connue sous le nom de Crypte de la Civilisation. C’est en 1936 que le projet de la Crypte germa dans l’esprit du Dr Thornwell Jacobs, alors président de l’Université Oglethorpe. Frappé par le manque d’informations disponibles sur les anciennes civilisations, Jacobs voulut s’assurer que les historiens du futur n’auraient pas ce problème avec la notre, et il imagina ce qui allait devenir la première « capsule temporelle ». Pendant 3 ans, assisté par une équipe d’étudiants, Jacobs assembla une multitude d’éléments : objets de la vie quotidienne, photographies, enregistrements variés, œuvres classiques et encyclopédies conservées sur microfilms, le tout accompagné d’accessoires adéquats pour lire les différents documents. Le 25 mai 1940, une fois remplie d’objets représentatifs de la civilisation du début du 20ème siècle, la crypte fut scellée solennellement. Sur la lourde porte d’acier, une plaque supplie les visiteurs du futur de ne pas en violer le contenu avant l’an 8113.

Le bloc de pierre qui marque l'emplacement des capsules, à Flushing Meadows

Les Capsules Temporelles de Westinghouse

Si la Crypte de la Civilisation est considérée aujourd’hui comme la première vraie « capsule temporelle », le terme en lui-même fut inventé pour un autre projet. En 1939, à l’occasion de l’exposition universelle de New York, la Westinghouse Electric & Manufacturing Company construisit un cylindre de 2,29 m de long destiné à conserver des symboles de notre époque pour les 5000 ans à venir. Le dispositif fut baptisé Time Capsule par George Pendray, alors responsable des relations publiques de l’entreprise. Conçue dans un alliage créé pour le projet, cette capsule en forme de missile fut enterrée à 15 m de profondeur dans le parc Flushing Meadows. Elle contient des petits objets représentatifs de la vie de l’époque, des enregistrements, des graines, des messages d’hommes illustres tels qu’ Albert Einstein, et des milliers de documents conservés sur un microfilm, avec le matériel nécessaire pour les consulter. Tous ces éléments sont stockés dans une coque de verre, elle-même remplie d’azote. En 1964, une seconde capsule fut enterrée à 3 mètres de la première avec quelques mises à jour culturelles et scientifiques : on y trouve notamment un disque des Beatles et des informations sur l’énergie atomique. L’emplacement des capsules est indiqué par un cylindre de granit de 7 tonnes qui veillera sur elles jusqu’en 6939.

Une réplique grandeur nature du satellite Keo

Keo

En 1994, le scientifique et artiste français Jean-Marc Philippe eut l’idée d’un satellite qui emporterait les messages de l’humanité  dans l’espace,  avant de revenir 50 000 ans plus tard pour les remettre à nos lointains descendants. Baptisé Keo, ce satellite a été élu projet du XXIème siècle par l’UNESCO. Les messages qu’il portera seront gravés sur des disques de verre suffisamment spacieux pour que 6 milliards d’humains puissent y stocker environ 4 pages de texte. En plus de ces messages, Keo embarquera notamment une goutte de sang humain conservé dans un diamant, des échantillons des 4 éléments, et une encyclopédie remplie de tout le savoir de notre époque. Le corps de Keo lui-même sera une sphère creuse de 80 cm de diamètre recouverte d’une couche thermique et de diverses couches de métaux lourds qui lui permettront de résister aux rayonnements cosmiques. Lors de son retour dans l’atmosphère terrestre, il est prévu que le satellite produise une aurore boréale artificielle pour annoncer son arrivée.  Jean-Marc Philippe est décédé le 12 novembre 2008, mais son équipe entend bien achever le projet : après avoir été reporté plusieurs fois depuis 2001, le lancement de Keo est maintenant prévu pour l’horizon 2010-2011. La nouvelle date limite pour écrire un message est quant à elle fixée au 31 décembre 2009. Si le rêve de Jean-Marc Philippe se réalise, ce message restera sans doute la dernière trace qu’il restera de vous dans 500 siècles…

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Les cellules d’Henrietta Lacks

Cellules

Au mois de février 1951, l’histoire de la médecine fut bouleversée par une jeune mère de famille issue de la communauté noire de Baltimore, aux Etats-unis. A cette époque, le Dr George Otto Gey dirige le service de recherche sur la culture des tissus humains à l’hôpital John Hopkins de Baltimore. Il poursuit alors un seul but : vaincre le cancer. Pour ce faire, sa femme et lui venaient de passer plus de 20 ans à essayer de maintenir en culture des cellules cancéreuses afin de pouvoir les étudier. En vain. Jusqu’au jour où leur chemin croisa celui d’Henrietta Lacks…

Ce jour-là, quelques instants avant que la médecine n’entre dans un nouvel âge, Henrietta lacks est étendue dans une salle de l’hôpital Hopkins reservée aux noirs. Mère de famille agée de 31 ans, elle vient pour se faire soigner une tumeur maligne au col de l’uterus détectée huit jours plus tôt. Le gynécologue qui la traite au radium prélève un échantillon de sa tumeur et le fait passer au Dr Gey, qui fait alors une découverte sans précédent :  en plus d’être immortelles, les cellules cancéreuses d’Henrietta Lacks prolifèrent sans limite.

Jusqu’ici, on avait jamais pu cultiver de celulles humaines à l’exterieur d’un corps. A cause du faible nombre de divisions, la lignée cellulaire finissait par s’éteindre. Mais la présence d’une enzyme particulière dans les cellules d’Henrietta faisait que celles-ci se divisaient indéfiniment, si bien qu’on pouvait non seulement les étudier, mais également les distribuer dans d’autres laboratoires. Elles furent baptisées cellules HeLa (pour Henrietta Lacks).

Henrietta Lacks à la fin des années 40

Si les cellules cancéreuses d’Henrietta prospéraient à toute vitesse dans les tubes à essai, elles faisaient de même dans son organisme, et la malheureuse mourut quelques mois plus tard, le 5 octobre 1951. Ce qu’elle ignorait, c’est que ses cellules continueraient à vivre. Elle qui n’avait jamais traversé plus longue distance que celle séparant la Virginie de Baltimore, elle ne put jamais savoir que ses cellules se multiplieraient dans les laboratoires du monde entier. Comment cette petite fille d’esclaves aurait-t-elle pu imaginer que des parcelles d’elle-même seraient envoyées jusque dans l’espace pour étudier les effets de la gravité sur les cellules humaines? Et qu’elles permettraient de guérir la polio?

Aujourd’hui encore, les cellules HeLa constituent la lignée standard dans le cadre d’innombrables études liées à la cancerologie, la biologie, ou encore l’effet des radiations. Elles ont permis de remporter des prix Nobel. Elles ont sauvé des vies. Et elles sont tellement nombreuses à présent que leur biomasse dépasse celle du corps tout entier d’Henrietta lorsque celle-ci était vivante.

Mais si de nombreux scientifiques honorent maintenant la mémoire d’Henrietta Lacks pour son inestimable contribution à l’avancée de la médecine, il faut préciser qu’elle fut enterrée sans sépulture décente, et qu’elle ne fut même pas mise au courant du prélèvement pratiqué sur elle à l’hôpital. Sa famille elle-même ne l’apprit que 20 ans plus tard. Les cellules d’Henrietta Lacks sont immortelles, puisse son souvenir l’être aussi.

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