5 façons dont votre esprit vous manipule

L’effet Forer
Également connu sous le nom d’effet « Barnum », célèbre homme de cirque Américain qui disait qu’à chaque minute nait un gogo, l’effet Forer désigne l’impression qu’une description vague s’applique spécifiquement à notre personnalité. Ce phénomène fut découvert en 1948 par le psychologue Bertram Forer, lorsqu’il fit passer un test de personnalité à ses étudiants. En guise de résultat, Forer rendit à chacun le même assemblage de phrases types qu’il avait recueilli dans divers horoscopes : « Vous avez besoin d’être aimé, mais pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certains points faibles, mais vous savez généralement les compenser. Vous pouvez être bavard et sociable, mais à certains moments vous êtes plutôt réservé… ». Quand Forer demanda à ses étudiants d’évaluer l’exactitude des analyses qu’ils avaient reçu sur une échelle de 1 à 5, la moyenne des notes fut de 4,26 ! La puissance de l’effet, jamais démentie, s’explique notamment par la tendance que nous avons à écarter les descriptions inexactes pour nous concentrer sur celles qui nous conviennent. Sans l’effet Forer, l’astrologie, la voyance, la numérologie et la plupart des pseudo-sciences n’auraient sans doute pas le même succès…
La dissonance cognitive
Lorsque nos croyances sur le monde entrent en contradiction avec les faits, ou quand la vision que nous avons de nous-mêmes est en décalage avec nos actes, nous éprouvons une tension mentale qu’il nous faut réduire à tout prix, quitte à réinterpréter la réalité. Ce phénomène s’appelle la dissonance cognitive. Le psychologue Leon Festinger développa ce concept en 1956, après avoir étudié le cas d’une secte dirigée par une certaine Marian Keech. Cette dernière prétendait recevoir des messages d’extraterrestres, qui lui annoncèrent la fin du monde pour le 21 décembre 1954. Seuls les adeptes de la secte seraient secourus à bord de soucoupes volantes. Quand le jour de la prophétie arriva, mais qu’aucune soucoupe ne manifesta le bout de ses hublots, Marian ne se démonta pas : elle expliqua à ses adeptes que grâce à leur ferveur, l’apocalypse avait été reportée. Fait surprenant, seules deux personnes quittèrent le mouvement suite à ce flop cosmique, les autres virent leur foi redoublée. Ils préférèrent « adapter » la réalité à travers le filtre de leur croyance plutôt que de remettre cette dernière en question. Cette façon de sélectionner les informations qui confirment notre vision du monde fait partie de notre arsenal de défense face aux dissonances…
Le conformisme
Imaginez que vous soyez convié à un test de vision. On vous assoit dans une pièce en compagnie de 6 autres volontaires, et un expérimentateur fait son entrée pour vous expliquer la marche à suivre : l’exercice consistera à dire si des lignes présentées sur une série d’affiches sont plus petites ou plus grandes qu’une ligne de référence tracée sur un tableau. Les participants devront donner leur réponse à l’oral, chacun à leur tour. Au début, l’expérience se déroule normalement ; les réponses semblent évidentes, et tous les participants sont d’accord. Mais au bout d’un moment, alors que l’expérimentateur présente une ligne manifestement plus longue que la ligne de référence, tout le groupe la désigne comme étant plus courte. C’est à votre tour d’exprimer votre opinion : allez vous suivre la majorité, ou dire ce que vous pensez ? Ce qu’a découvert le psychologue Solomon Asch lorsqu’il a mené cette expérience en 1951, c’est que sur une série de questions où le groupe à manifestement tort, 37% des questionnés se rallient systématiquement à la majorité, reniant leurs propres perceptions. Bien sûr, il n’y a qu’un seul véritable cobaye, les autres participants étant des complices de l’experimentateur. 75% des sujets suivent le groupe au moins une fois, et seuls 25% ne se laissent jamais influencer. Notre tendance au conformisme s’explique par la pression sociale : nous craignons d’être rejetés par nos semblables, et si le plus grand nombre n’est pas d’accord avec nous, on se persuade qu’il a probablement raison…
La pareidolie
La pareidolie est un effet psychologique très puissant qui nous pousse à percevoir des formes précises à partir de stimuli vagues et indéterminés. Elle témoigne d’un besoin très humain qui consiste à donner du sens au chaos. Les exemples au quotidien sont nombreux : voir un visage dans les motifs d’une tapisserie ou distinguer des animaux dans les nuages sont des cas de pareidolie que nous connaissons tous. Le phénomène est particulièrement présent dans le contexte religieux : on ne compte plus les visages du Christ identifiés sur des chips, des taches d’humidité ou encore des écorces d’arbres. Dans certains cas, les apparitions présumées déclenchent un engouement colossal, comme à Clearwater en Floride où plus d‘un million de personnes se déplacèrent pour voir la Vierge sur les vitres d’un bâtiment, ou encore à Singapour en 2007 lorsque des milliers de pèlerins crurent voir un dieu-singe sur un tronc d’arbre. Le célèbre test de Rorschach où des patients doivent dire ce qu’ils perçoivent dans une série de taches est un exemple de pareidolie utilisée a des fins psychothérapeutiques. Enfin, le « visage de mars » est un des cas de pareidolie les plus connus. Mais le phénomène ne se limite pas aux stimuli visuels, et il peut notamment expliquer les hallucinations auditives qui nous font percevoir des paroles de chansons qui n’existent pas, ou encore des « messages sataniques » dans certains morceaux passés à l’envers…
Les corrélations illusoires
C’est toujours quand on est en retard que les feux sont rouges, il se met toujours à pleuvoir quand on vient de laver sa voiture, et c’est toujours quand on est sous la douche que le téléphone sonne. Si vous vous retrouvez dans ce genre d’affirmations, popularisées par la célèbre loi de Murphy, c’est que vous êtes victimes des corrélations illusoires. Cette tendance à créer des relations entre des événements qui n’en ont pas s’explique notamment par le besoin que nous avons de donner du sens à ce qui nous arrive. En réalité, les feux ne sont pas plus rouges quand on est pressé, mais nous préférons nous focaliser sur les cas qui confirment notre théorie, en oubliant les autres. C’est le « biais de confirmation ». Les corrélations illusoires sont la source de nombreuses croyances populaires : vous avez sans doute entendu dire que le nombre de suicides augmentait les nuits de pleine lune, ou que certaines personnes sentaient leurs rhumatismes se réveiller en fonction de la météo. Dans les deux cas, les recherches ont montré qu’il n’y avait aucun lien statistique entre ces événements, mais les personnes qui y croient se concentrent sur les fois où leur théorie fonctionne. Les corrélations illusoires expliquent aussi la persistance de certains préjugés raciaux ou sexistes : il est plus simple de se cramponner à des stéréotypes préétablis plutôt que d’analyser chaque cas rationnellement…
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