La cité du silence

La grande roue de Pripyat

En Ukraine, à 2 kilomètres de la centrale nucléaire de Tchernobyl, une ville fantôme se dresse au cœur de la zone contaminée. Elle fut bâtie à partir de 1970 pour accueillir les employés de la centrale, et leurs familles. Sa population prospéra jusqu’à atteindre près de 50 000 habitants, mais depuis 1986, seules les bêtes et la végétation rampante occupent ses rues désertées. On lui donna le nom de la rivière qui la traverse, un nom devenu synonyme de désolation : Pripyat.

Dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl explosa. Sur un vaste périmètre, l’air s’emplit rapidement de retombées radioactives, mais les habitants de Pripyat ne furent pas alertés immédiatement: Il fallut attendre un jour entier pour que l’Union Soviétique organise une évacuation de la ville en bus, après que les militaires eurent relevé sur place des taux très élevés de contamination. La population irradiée dut tout abandonner derrière elle, jusqu’aux plus petits objets du quotidien, et tous les bâtiments furent laissés en l’état.

La crèche abandonnée dans le centre de Pripyat

La crèche abandonnée dans le centre de Pripyat. Photo Hans Zinsli

Aujourd’hui, rien ou presque n’a changé depuis ce jour d’avril 1986. Pripyat est restée figée dans le temps. On peut trouver des journaux de l’époque encore ouverts sur les tables des maisons, des portraits de Lénine accrochés aux murs, ou encore des voitures abandonnées dans les rues. La crèche de la ville est jonchée de vieux jouets qui prennent la poussière, tout comme les équipements médicaux de l’hôpital. Au centre de Pripyat se trouve un parc d’attractions qui contient le taux de radiation le plus élevé de la ville. On peut y voir des autos tamponneuses rouillées qui n’attendent plus personne, et une grande roue dont la silhouette absurde et irréelle souligne encore l’atmosphère d’apocalypse.

Tout est contaminé à Pripyat, et la radioactivité empêchera quiconque d’y vivre pendant plusieurs siècles. Cependant, le danger n’empêche pas les pillards de venir voler tout ce qui peut se revendre, des châssis de voiture aux radiateurs, propageant ainsi des éléments irradiés au delà de la zone d’exclusion. Parfois, après s’être procurés une simple autorisation, des curieux prêts à courir le risque viennent faire une visite guidée de la cité fantôme. Mais lorsque ces rares visiteurs se retirent, Pripyat retourne hors du temps, avec pour seuls occupants les animaux sauvages, la poussière et le silence…

En fond, à 2 km des immeubles vides de Pripyat, on peut distinguer la centrale nucléaire de Tchernobyl.

En fond, à 2 km des immeubles vides de Pripyat, on peut distinguer la centrale nucléaire de Tchernobyl. Photo Alex Gorski

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29 commentaires pour “La cité du silence”

  1. Brrr, un site idéal pour des décors de cinéma. J’vous parle pas de l’ambiance dans la fêtes foraines abandonnée, y’a pas plus glauque.

    Mais les visiteurs sont-ils protégés?
    Les objets sur place conservent-ils un peu d’irradiation?

  2. Alors, les visiteurs ne sont pas protégés outre mesure, ils savent a quels risques ils s’exposent. ils doivent juste passer un contrôle de radiation à la fin de la visite. Le taux de radiation n’est plus aussi fort qu’en 1986, mais les objets sur place sont tous contaminés, oui, pour longtemps.

  3. Tiens, je l’ai visité y a pas longtemps la ville fantôme de Pripyat. Elle grouillait de russes armés jusqu’aux dents. Elle très bien rendue dans Call Of Duty 4…

  4. Et dans Stalker, aussi 🙂

  5. Pour ma part, je suis contaminé par la qualité de cette description. Ce texte m’irradie de l’atmosphère des lieux. J’ai l’impression de parcourir des yeux, au détour des virgules, ces vides espaces de bitume où le temps humain est désincarné par la renaissance de la nature.
    Pompéi du vingtième siècle, endormi comme la belle pour plus de cent ans, quel sera l’archéologue, qui embrassant de ses recherches tes urbaines couronnes, réveillera tes souvenirs?

  6. L’image de la crèche est à briser le coeur.

    Impossible de ne pas songer aux petits enfants qui jusqu’à l’explosion animaient ce lieu… et à ce qu’ils sont probablement devenus… 🙁

  7. Avec Googlemap et la vue par sat, cela offre une vue complètement incroyable. La végétation, les arbres absorbent petit à petit la ville.

    Essayez de trouver le site de Tchernobyl avec Googlemap. Impossible de zoomer, la vue est volontaire cachée!

    Article très intéressant, on a un aperçu de ce qui nous attend.

  8. La centrale de tchernobyl est ici : http://bit.ly/5I1XPF

    Et en bonus, la grande roue : http://bit.ly/4P3P7B

  9. Malheureusement, tant qu’on ne maitrisera pas le nucléaire et surtout ses déchets, ce sont des drames qui vont encore arriver…
    L’article est super !!

    Merci

    Encore ! Encore ! Encore !

  10. @ Patrick : pas de crédit sur les photos, ce sont les tiennes? Ton article est bien et concis, mais un peu de respect pour les photographes…

    @Villeroy les visiteurs « touristes » ne ce protègent pas mais ils devraient bien que le tour de la ville soir irrémédiablement le même, Tchernobyl la ville (ou des personnes travaillent encore à tour de rôle ) pour remplir les papiers de décharge (selon les cas y manger) > route de Pripyat (passage à coté de la forêt rousse, endroit le plus contaminé de la Zone, 12µSv/heure au dosimètre rayon gamma et beta, [moyenne en france 0,1µSv/heure] rien que sur la route, à 3 mètres de la route plus de 200µSv/h on sent la radioactivité sur la langue, personne d’assez fou pour aller s’enfoncer plus en avant)> passage devant le réacteur n°4 avant (ou après Pripyat) > Pripyat : check-point, centre ville, Cinéma, Théâtre, Ecole, grande roue > retour.
    Bien que le « guide » ne ce protège pas, le danger à Prypiat c’est le plutonium (émetteur de rayon alpha, donc non détectable avec un dosimètre lambda)beaucoup plus dangereux que les radio éléments beta & alpha (Césium, strontium…) mieux vaut mettre un masque au contact de la poussière, les routes ayant été nettoyée par le temps (pluie…) et des gants si l’on compte toucher des choses.
    La grande roue n’est pas l’endroit le plus contaminé de la ville, mais plutôt le nord de celle-ci, et des tâches de contamination un peu partout.

  11. Bada> Tu as raison. J’ai pris la mauvaise habitude d’utiliser les photos qui m’intéressent sans me préoccuper des crédits, comme le veut l’usage du net, et je vais réparer ça dans la mesure du possible : il est parfois difficile de retrouver l’auteur. Sinon, puisque tu a manifestement visité la ville, partage l’expérience avec nous! Tu as des photos (justement) quelque part? Un récit de voyage?

  12. haa j’aimerais aller faire du graffiti tout partout en combinaison anti radiations la bas sigh

  13. des photos j’en ai un paquet, on peut même dire que je n’ai que ça!
    De l’écrit ce n’est pas possible, enfin pas pour moi.

  14. En plus avec un tel lieu, ça doit regorger d’idée de photo à faire. Mais en fait tu serais pas photographe, bada?

  15. J’avais vu un reportage sur le sujet,c’était tragique. je ne me rappel plus du titre, mais il etait assez marquant. Si une personne a le nom de ce documentaire ca serait pas mal. Je me souviens, ils parlaient de radioactivé à 20cm dans les sols. un coup de pioche suffit. En tout cas, l’article est bien choisi. Ce fait est vraiment important et encore gorger de mystère je pense.

  16. « La bataille de tchernobyl » peut-être?

  17. je crois que c’est ça. merci. je vais visionner.

  18. A tout hasard, ce témoignage pourrait intéresser bon nombre d’internautes :

    http://www.consumedland.com/elena/index_fr.html

    Témoignage poignant sur les retombées de l’accident de Tchernobyl sur place, raconté par une femme parcourant à moto la région de Tchernobyl et racontant ses voyages là-bas, avec photos.

    Intéressant et long, c’est un témoignage réaliste et humain, agréable. Cela change des rapports aseptisés officiels.

    C’est en français bien traduit de l’anglais.

    Bonne lecture!

  19. Quelqu’un aurait-il des conseils à donner à un futur visiteur de la zone ?

  20. sa dit spécial a voir tous est paraliser

    oui je m’en souvient dans call of duty 4 il y a une mission dans cette ville

  21. Pour les amateurs de musique, voici une belle chanson sur le thème…
    http://www.youtube.com/watch?v=dvo17oBfMQ0

  22. Je connais quelqu’un qui y est allé, il a perdu ses cheveux sur le sommet du crâne peu de temps après. Ils n’ont pas repoussé, mais pas d’autres problèmes notables pour le moment.

  23. Un bon film qui fait peur qui se passe dans cette ville:

    http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=203597.html

    Excellent, des jeunes veulent visiter la ville entourée de militaires qui surveille les entrées et sorties. Ils bravent l’ interdiction et se retrouve en panne en pleine nuit dans leur voiture entre ces batiments sur la photo, mais quelque chose semble bouger dans le noir…

    Spoil: les habitants devenus des mutants n’ont pas quitté les lieux et veulent les tuer.

  24. Ca me rappel tellement call of duty 4 ! Je ne savais pas que c’était une ville bien réelle.

    En tout cas merci Pazns pour ton lien, les témoignages de cette motarde sont vraiment poignants, ça donne envie d’y aller, libre avec une moto, un compteur geiger et en avant l’aventure !

    Merci à toi Patrick ! 🙂

  25. Il faut savoir que, ironie du sort, le parc d’attractions de Tchernobyl a été inauguré et fermé le même jour. Le 27 avril 1986…

  26. J’ai souvenir d’avoir vu un documentaire sur la zone de pripyat qui faisait état d’un effet assez étonnamment positif de l’isolement de la région : la nature reprenant ses droits, les animaux sont particulièrement bien protégés du fait de l’absence d’humain et pleins d’espèces s’y ébattent, en faisant une réserve naturel qui commencerait à devenir intéressante pour les spécialistes.

  27. Salut salut !

    Je suis en première L, et je fais mon tpe sur la catastrophe de tchernobyl. Merci pour ton article, (même si je suis un peu en retard !) il est bien écrit et intéressant.

    J’ai vu qu’il avait déjà été évoqué dans les commentaires, mais je conseille moi aussi le documentaire « La Bataille de Tchernobyl ». C’est vraiment construit et plein d’informations.

  28. J’ai dû avoir une sorte d’intuition, car quand j’ai lu « La cité du silence » et que j’ai vu la photo, je savais que Pripyat serait le sujet du texte, vu que je lis beaucoup sur Tchernobyl et Pripyat…