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Le cheval qui pensait

Hans le malin

A la fin du 19ème siècle, un professeur de mathématiques Allemand nommé Wilhelm Von Osten voulut prouver que l’intelligence animale était bien supérieure à ce qu’imaginaient les hommes. Pour tester son hypothèse, il entreprit d’enseigner les maths à un groupe d’étudiants composé d’un chat, d’un ours, et d’un cheval. Si les deux premiers restèrent hermétiques aux équations, le troisième fit preuve de compétences étonnantes : quand Von Osten écrivait un chiffre au tableau noir, le cheval était capable de le reproduire en tapant le nombre de coups correspondant avec son sabot. Et avec un peu d’entrainement, il parvint même à résoudre des problèmes élémentaires tels que des fractions, ou des racines carrées. Le cheval s’appelait Hans, et il allait devenir l’un des phénomènes les plus célèbres de l’histoire de la science…

A partir de 1891, Von Osten commença à exhiber Hans à travers toute l’Allemagne pour faire la démonstration de ses facultés. Rebaptisé « Hans le malin », le cheval réunissait des foules toujours plus importantes lors de représentations gratuites. En plus de ses dons de calculateur, il était capable de lire et d’épeler des mots en tapant par exemple un coup pour A, deux coups pour B, et ainsi de suite. Ce talent lui permettait de répondre à des questions simples, de donner le jour de la semaine, ou encore d’épeler le nom de personnes qu’il connaissait. Même s’il lui arrivait de se tromper, Hans donnait des réponses exactes la grande majorité du temps, et on estimait alors que ses capacités étaient comparables à celles d’un adolescent de 14 ans.

Le phénomène devint si populaire que même le New York Times en fit sa une. A ce stade, un comité de 13 scientifiques nommé « Commission Hans » fut constitué afin d’exposer une éventuelle supercherie. Le groupe, qui réunissait divers spécialistes, commença une longue série d’expérimentations. Contre toute attente, Ils découvrirent que l’animal répondait correctement même quand son maître n’était pas la, et ils finirent pas conclure que les facultés de Hans étaient authentiques. Le cas fut alors confié à un jeune psychologue du nom d’Oskar Pfungst, qui décida d’aborder le mystère sous un angle différent…

Hans le malin lors d'une exhibition publique

Hans le malin lors d'une démonstration publique

Pour abriter ses expériences, Pfungst érigea une grande tente, ce qui supprima les stimuli visuels extérieurs. Il prépara une grande liste de questions, et il fit l’inventaire de tous les éléments susceptibles d’influencer le cheval. Comme prévu, Hans répondit correctement aux questions posées par Von Osten, ainsi qu’a celles posées par d’autres interrogateurs. Mais Pfungst fit alors deux découverte capitales : lorsque les interrogateurs s’éloignaient du cheval pour poser leurs questions, ce dernier faisait d’avantage d’erreurs. Et quand ils ignoraient la réponse à la question qu’ils posaient, Hans se trompait quasiment à chaque fois. De la même façon, quand Hans ne pouvait pas voir clairement ses questionneurs, son taux d’erreur augmentait considérablement.

Pfungst comprit alors que la clé ne venait pas du cheval, mais des humains: inconsciemment, ceux-ci modifiaient leur posture et l’expression de leur visage à mesure que les coups de Hans s’approchaient de la bonne réponse. Quand le résultat souhaité était atteint, la tension des expérimentateurs disparaissait, et Hans le percevait à travers des signaux subtils que les hommes donnaient sans le vouloir. Cela expliquait pourquoi l’animal se trompait lorsque les questionneurs ignoraient la réponse à leurs questions : ils ne délivraient plus les indices nécessaires.

Hans n’y connaissait donc rien en maths, mais il faisait preuve d’une sensibilité aigüe au langage corporel inconscient. Dans les années qui suivirent, on découvrit que de nombreux animaux étaient capables de « lire » leurs maîtres de la même manière. Aujourd’hui, l’effet « Hans le malin » définit les indices involontaires que l’on peut donner aux autres à travers notre langage corporel : avec un peu d’entrainement, certains peuvent détecter ces signaux avec presque autant d’acuité qu’un animal, comme les mentalistes, qui exploitent ces messages inconscients pour donner l’illusion de pouvoirs psychiques. Concernant Wilhelm Von Osten, il n’accepta jamais les explications à propos des capacités de son cheval, et il continua à l’exhiber. Il n’avait pas tout à fait tort: rien que pour avoir berné les hommes aussi longtemps, Hans le malin méritait son surnom.

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5 parasites qui feraient frémir un Alien

Cymothoa exigua

Cymothoa exigua, le dévoreur de langue

Ce crustacé parasite est également connu sous le nom évocateur de « pou mangeur de langue ». Long d’environ 3 cm, il se fixe sur la langue du vivaneau rose, un poisson du pacifique, en passant par ses branchies. Une fois en place, le cymothoa utilise ses griffes pour extraire le sang qui irrigue la langue de son hôte. A mesure que le petit vampire prend du volume, sa consommation de sang augmente, et la langue du poisson finit par s’atrophier. Elle est alors complètement remplacée par le corps du parasite. A ce stade, le cymothoa abandonne le sang pour se nourrir du mucus du vivaneau, sans s’occuper des aliments que ce dernier ingère. Si l’on met de coté le traumatisme qui consiste à voir un de ses organes remplacé par une créature vivante, phénomène unique dans la nature, le poisson peut alors mener une vie normale en utilisant le corps de son parasite comme une langue de substitution.

Leucochloridium paradoxum

Leucochloridium paradoxum, les yeux de la mort

Derrière ce nom barbare se cache un ver parasite au cycle de vie déroutant. Les Leucochloridium ne peuvent se reproduire que dans le système digestif des oiseaux, où ils atteignent leur forme adulte. Ils pondent alors des œufs, qui sont expulsés dans la nature avec les fientes de leur hôte. Une fois que les larves éclosent, tous leurs problèmes existentiels résident dans cette seule question : « comment revenir à l’intérieur d’un oiseau ? ». Pour y parvenir, elles suivent un plan particulièrement tordu. Tout d’abord, elles attendent qu’un escargot veuille bien consommer la déjection dans laquelle elles se trouvent. Une fois à l’intérieur du gastéropode, les larves remontent le système digestif de ce dernier pour aller se loger dans ses yeux. C’est alors qu’un phénomène impressionnant se produit : en grandissant, les larves transforment l’œil de l’escargot en excroissance multicolore et pulsatile qui évoque la forme d’une chenille. Les oiseaux se jettent alors sur ce qu’ils croient être une proie, absorbant au passage une nouvelle escouade de vers prêts à se reproduire. Le cycle peut ensuite recommencer…

Sacculina carcini

Sacculina carcini, la voleuse de corps

Dire de la sacculine qu’elle est un petit crustacé parasite du crabe serait un euphémisme. En réalité, la sacculine est le pire cauchemar qu’un crabe puisse imaginer. Au départ, la larve de sacculine femelle dérive au hasard des courants, jusqu’à ce qu’elle rencontre un crabe très malchanceux. Elle cherche alors une faille dans la carapace de l’animal, comme une articulation, et elle s’injecte littéralement dans son organisme. La sacculine grandit alors, déployant ses ramifications dans le corps de son hôte, jusqu’à émerger sous forme de protubérance à proximité des organes génitaux du crabe. A partir de ce moment fatidique, la sacculine possède complètement son hôte : elle va modifier son équilibre hormonal, l’empêchant de muer, de reconstituer ses pinces endommagées, et même de se reproduire. Le crabe devient alors un esclave zombifié, réduit à l’état de coquille ambulante, qui ne vivra plus que pour nourrir son parasite. Et quand la sacculine se fera féconder, elle forcera même le crabe à s’occuper des œufs comme si c’était les siens…

Ampulex compressa

Ampulex compressa, dans son nid personne ne vous entend crier

Les superbes reflets bleu-vert métallisés de la guêpe émeraude, ou ampulex compressa, ne doivent pas vous abuser : il s’agit d’une des prédatrices parasites les plus abominables qui soient. En période de reproduction, la guêpe émeraude recherche un cafard. Une fois qu’elle l’a trouvé, elle commence par lui planter son dard venimeux dans un ganglion thoracique, ce qui a pour effet de paralyser temporairement les pattes avant du malheureux. Elle le pique ensuite dans la zone du cerveau qui contrôle le reflexe d’évasion, empêchant ainsi le cafard de s’enfuir. Comme elle est trop petite pour le porter jusqu’à son nid, elle va guider le cafard zombifié en tirant sur une de ses antennes comme s’il s’agissait d’une laisse. Et c’est ici, quand ils sont arrivés au nid de la guêpe, que le véritable enfer va commencer pour le cafard : la guêpe va d’abord pondre un œuf dans l’abdomen de sa victime. Au bout de trois jours, une larve va éclore, qui va se nourrir des organes internes du cafard pendant une semaine. Durant toute cette période, le cafard est conservé en vie, jusqu’à ce que la larve ait pu former un cocon à l’intérieur de son corps mutilé. Enfin, au bout d’environ 4 semaines, c’est une guêpe adulte qui émergera du cafard, dans un style évocateur des pires moments d’Alien…

Cordyceps unilateralis

Cordyceps unilateralis, le hacker de cerveau

Ce dernier parasite n’est pas un animal, mais un champignon. Pourtant, c’est peut-être le plus impressionnant de la liste. Les spores du cordyceps unilateralis se déposent spécifiquement sur la surface externe de la fourmi, où elles germent. Elles pénètrent ensuite le corps de l’insecte en passant par ses orifices respiratoires. Le champignon va alors grandir à l’intérieur de la fourmi, déployant des filaments qui vont absorber les tissus mous de l’hôte, tout en évitant soigneusement ses organes vitaux. Quand le champignon est prêt à se reproduire, ses filaments poussent jusque dans le cerveau de l’insecte, avant de produire une substance qui va altérer la façon dont la fourmi perçoit les phéromones. Ce piratage chimique va pousser la fourmi à grimper au sommet d’une plante, ou elle utilisera ses mandibules pour se cramponner fermement à la tige. C’est à ce moment que le champignon dévore le cerveau de la fourmi, tuant instantanément son hôte. Ensuite, le cordyceps va se mettre à pousser depuis la tête de la fourmi en passant par les jointures de son exosquelette. Une fois mur, il laissera échapper des petites capsules remplies de spores, qui à leur tour iront infecter d’autres fourmis, complétant l’impitoyable cycle.

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Mike le poulet sans tête

Mike le poulet sans tête

Le 10 septembre 1945, un fermier nommé Lloyd Olsen alla chercher un poulet dans la cour de sa ferme de Fruita, dans le Colorado.  Il choisit un petit coq surnommé Mike, qu’il entreprit de décapiter d’un coup de hache. Lloyd visa de son mieux pour garder l’os du cou, la partie préférée de sa belle-mère, qui était invitée à diner. Lorsque la hache s’abattit, Mike déambula quelques instants, comme la plupart des volailles dans ce cas-là. Mais au lieu de succomber, il sembla reprendre normalement sa vie de coq, essayant de lisser son plumage, et picorant machinalement. Sans tête.

Devant un tel acharnement à survivre, Lloyd Olsen décida de prendre soin du miraculé. Il commença à le nourrir à l’aide d’une pipette qu’il remplissait de lait, d’eau, et de petits grains de maïs.  Lorsque Mike s’étouffait dans ses propres secrétions, les Olsen lui nettoyaient la trachée avec une seringue. Très vite, l’histoire du coq sans tête se répandit dans la région, entrainant des rumeurs de canular.  Pour démentir ces dernières, Lloyd Olsen emmena Mike à l’Université d’Utah, où les scientifiques purent confirmer l’authenticité du phénomène.

La statue de Mike à Fruita, Colorado

La statue de Mike à Fruita, Colorado

Devenu une véritable célébrité, Mike entama une tournée de spectacles itinérants dont il était la vedette, en compagnie d’autres créatures étranges. Il fut photographié par des dizaines de magazines et de journaux, dont le Time. Les gens payaient 25 cents pour venir le voir, et au sommet de sa popularité, il générait chaque mois l’équivalent de 50 000€ actuels. Il semblait aussi heureux que n’importe quel coq, essayant parfois de pousser un cri qui se soldait par un gargouillis informe.  Devant le succès d’Olsen et de sa merveille, de nombreux copieurs essayèrent d’obtenir leur propre poulet sans tête, mais aucun ne survécut plus de deux jours.

Une nuit de mars 1947, dans un motel de Phoenix,  Mike commença à s’étouffer. Mais les Olsen avaient oublié leur seringue de lavement lors d’un spectacle donné la veille, et ils ne purent rien pour sauver le malheureux coq. Au final, celui-ci vécut plus de 18 mois sans tête. Une autopsie permit de déterminer que la hache avait manqué de peu l’artère carotide, et qu’un caillot avait évité à Mike de se vider de son sang. Et bien que sa tête soit tranchée, une partie du tronc cérébral ainsi qu’une oreille étaient encore en état de marche. Cela suffit à Mike pour mener une vie de coq à peu près normale.

Aujourd’hui, 62  ans après sa mort,  Mike est toujours une légende dans la ville de Fruita. Un festival annuel lui est consacré au mois de mai, durant lequel ont lieu divers concours et attractions. Il existe également des chansons en son honneur, ainsi qu’une statue. De quoi prendre la grosse tête…

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5 (nouvelles) créatures dont vous ignoriez l’existence

L’article du 3 juin dernier donnait un modeste aperçu des trésors de bizarrerie que recèle la nature en matière de règne animal. Voici 5 nouveaux exemples de son extravagante imagination :

La Grenouille de verre

La grenouille de verre

Les grenouilles existent dans une très grande variété de couleurs. Et comme pour les gameboy des années 90, il en fallait bien une transparente : la grenouille de verre (hyalinobatrachium pellucidum) possède un abdomen à la peau translucide qui laisse apparaitre ses organes internes. Issue de la famille des Centrolenidae, la grenouille de verre subsiste encore dans quelques pays d’Amérique du sud, mais elle est en grand danger d’extinction…

Le Bathynome

Le bathynome. Il vient vers vous.

Le Bathynome est un isopode géant, ce qui signifie qu’il fait partie de la même famille que les cloportes que vous pouvez trouver dans votre jardin et qui se mettent en boule quand vous les touchez. Sauf qu’il peut mesurer jusqu’à 50 cm de long, pour quasiment 2kg. Ce crustacé charognard se nourrit principalement des cadavres de poissons qu’il trouve sur les fonds marins. Le bathynome permet en outre d’imaginer ce à quoi ressemblerait le monde si le design des insectes était confié aux scénaristes de séries Z.

Le Dugong

Le dugong

Ultime representant de la famille des dugongidae, le dugong est un mammifère marin extrêmement menacé. Si sa corpulence (3 à 4m de long pour environ 900kg) effraie la plupart des prédateurs, elle ne dissuade pas les braconniers qui chassent ce paisible herbivore pour sa viande et sa peau. Avec les lamantins, les dugong sont les derniers representants de l’ordre des siréniens, qui comme leur nom l’indique seraient à l’origine du mythe des sirènes. Et avec tout le respect que l’on doit au dugong, lorsqu’on voit sa photo, on se dit que les marins de l’antiquité devaient se sentir très, très seuls.

Le Gecko à queue feuillue

Le gecko à queue feuillue, manifestement à fond

Le gecko à queue feuillue est sans doute le plus étrange représentant de la grande famille des geckos, qui compterait plus de 700 espèces dans le monde. Surnommé le démon par les habitants de Madagascar, où il vit, ce lézard de plus de 30 cm est recouvert d’une peau gris-brun dont l’aspect évoque une écorce mousseuse. Outre sa grande queue plate et ses doigts très developpés, le gecko à queue feuillue possède des yeus striés rouge et or qui le font ressembler a une sorte de Kermit la grenouille sous LSD. Espèce menacée une fois encore, cet animal est représentatif des trésors de biodiversité que renferme Madagascar.

Les Nudibranches

Nudibranches. Wow.

Les fonds marins regorgent de créatures merveilleuses et surprenantes, mais les nudibranches comptent sans doute parmi les plus incroyables de toutes. Ces gastéropodes constituent une famille composée de plusieurs milliers d’espèces aux formes et aux couleurs toutes plus hallucinantes les unes que les autres. Comme leurs cousins les escargots, les nudibranches sont hermaphrodites, mais ils sont totalement dépourvus de coquille. Ils ne sont cependant pas dénués de protection face aux agresseurs, qu’ils repoussent grâce à leurs sécrétions toxiques. J’ai eu beaucoup de mal à choisir une seule image pour les représenter, tant leurs formes sont extravagantes et diverses. En voici donc plusieurs:

Vous auriez cru qu'une créature pareille pouvait exister?

Un nudibranche totalement funky. Ou gay.

Re-wow, donc.

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5 scientifiques (tordus) qui ont essayé de vaincre la mort

Les experiences d'Aldini

Giovanni Aldini, le “réanimateur”

Giovanni Aldini était le neveu de Luigi Galvani, un médecin italien qui découvrit en 1780 qu’en électrocutant une grenouille morte, il pouvait faire bouger ses membres. Certains scientifiques de l’époque pensèrent alors que Galvani avait trouvé le secret de la vie. Comme il voulait aller plus loin que son oncle, Giovanni Aldini décida, lui, de “ranimer” des cadavres humains. Il s’en fit une spécialité, et parcourut l’Europe dans une tournée de science-spectacle où il terrifait l’assistance en électrocutant des morts.

Sa plus célèbre démonstration eut lieu à Londres, en 1803, devant des membres du Collège Royal de Chirurgie. Aldini disposait du corps de Georges Forster, un homme de 26 ans executé pour avoir tué femme et enfant. Lorsque le visage de ce dernier fut traversé par le courant, ses yeux et sa bouche s’ouvrirent dans un rictus macabre qui glaça le sang de l’assemblée. Mais le clou du spectacle eut lieu lorsqu’Aldini brancha un cable à l’oreille de son “cobaye”, et un autre directement dans le rectum du malheureux. Le corps de Forster se lança dans une gigue insoutenable, distribuant coups de poings et coups de pieds désarticulés.

Suite à la retentissante démonstration, le London Times rapporta qu’une partie de l’auditoire avait vraiment cru que le condamné était revenu à la vie…

Sergei Bryukhonenko, le décapiteur du Kremlin

Une tête de chien maintenue en vie par BryukhonenkoDans la Russie de Staline, le Dr Bryukhonenko était un des directeurs de l’Institut de Recherche en Chirurgie Experimentale. A la fin des années 20, à l’aide d’anti-coagulants et d’un système de circulation extra-corporelle de son invention, il parvint à garder en vie des têtes de chien pendant plus de 3h. Oui, des têtes de chien. Sans corps.

Bryukhonenko, essayant d'avoir l'air sympaBryukhonenko exposa une de ses têtes de chien en 1928, devant un parterre de scientifiques internationaux, lors du 3ème Congrès de Physiologie d’Union Soviétique. Lors de la démonstration, la tête coupée répondit à de nombreux stimuli. Elle tressaillit sous l’effet de bruits violents, ses pupilles se contractèrent à la lumière, elle lécha du jus de citron versé sur ses lèvres… et elle avala même un morceau de fromage qui ressortit intact de l’autre coté de son œsophage .

Les têtes de chien de Bryukhonenko devinrent célèbres dans toute l’Europe. Certains s’imaginèrent même qu’elles étaient la clé de l’immortalité : le dramaturge Georges Bernad Shaw proposa ainsi qu’on utilise cette technique pour maintenir en vie d’illustres personnages à l’article de la mort…

Robert E. Cornish, le savant fou

La planche à bascule de CornishJeune prodige, Robert Cornish se vit proposer un poste à l’Institut de Biologie Experimentale de l’université de Californie alors qu’il n’avait que 22 ans. Bizarrement, lorsqu’il en eût 27, en 1932, sa vie prit un tournant décisif : il décida qu’il parviendrait à ressusciter les morts.

Au coeur de sa stratégie, il y avait une planche à bascule. Cornish pensait qu’en attachant un corps à la planche et en faisant basculer celle-ci de façon continue, on pourrait obtenir une circulation sanguine artificielle, ce qui permettrait de faire revenir à la vie des “patients” dont les organes vitaux ne souffraient pas de dommages majeurs. En 1933, il fit plusieurs tentatives sur des victimes de noyade, d’éléctrocution, ou encore d’attaques cardiaques, mais tous restèrent obstinément morts.

Cornish et ses chiens-zombiesCornish décida alors de perfectionner sa methode sur des animaux. En 1934, il se lança dans une série d’experiences de résurrection canine en public. Il opéra au total sur 4 fox-terriers, qu’il asphyxiait avant d’essayer de les ranimer à l’aide d’injections d’adrénaline, de bouche-à-truffe, et de sessions de “basculage”. Chose incroyable, il obtint des résultats : deux des chiens revinrent à la vie et survécurent pendant plusieurs mois, bien que frappés par de sévères dommages cérébraux. Ces “chiens-zombies” étaient réputés pour faire fuir les autres chiens qu’ils rencontraient.

La presse s’empara de l’affaire, et Cornish, strabisme divergeant aidant, devint l’incarnation parfaite du savant fou. Ses travaux inspirèrent même quelques films d’horreur à Hollywood, dont “The Man With Nine Lives” avec Boris Karloff.

Vladimir Demikhov, le faiseur de chimères

Un des chiens de Demikhov conservé au Musée médical de LettonieEn 1954, l’Union Soviétique choqua (encore) le monde en dévoilant la preuve de sa supériorité scientifique : un chien à deux têtes. La créature était le fruit du travail de Vladimir Demikhov, un des plus grands chirurgiens du pays qui avait été envoyé faire ses experiences dans un centre de recherche secret. Demikhov avait créé son cerbère en greffant la tête et les pattes avant d’un chiot sur le cou d’un berger allemand. Il fabriqua en tout 20 hybrides de ce genre, mais à cause d’infections post-opératoires, la plupart ne vécurent pas longtemps : le record fut de 29 jours.

Un chiot greffé lappe du laitLa presse mondiale fit ses choux gras des monstres de Demikhov, allant jusqu’à les qualifier de “Spoutnik chirurgicaux”. Aline Mosby, une journaliste de l’agence United Press qui se déplaça pour voir un des hybrides, rapporta que malgré leur système circulatoire commun, les deux têtes vivaient des vies séparées. Elles dormaient et se réveillaient à des heures différentes. La tête greffée lappait même du lait de son coté, alors que les nutriments nécessaires lui étaient fournis par son “hôte”, et que de toute façon le liquide ressortait par l’œsophage .

Face aux critiques qui considéraient ses chiens à deux têtes comme un coup publicitaire dénué d’utilité scientifique, Demikhov répondait qu’ils faisaient partie d’une série d’experiences en technique chirurgicale. Son but ultime, disait-t-il, était de réussir des greffes d’organes vitaux chez l’homme. Ainsi, lorsque le Dr Christiaan Barnard réalisa la première transplantation cardiaque en 1967, on ne fut pas étonné d’apprendre qu’il considérait Demikhov comme un maître.

Robert J. White, le vrai Frankenstein

Robert White, essayant d'avoir l'air coolLa réponse americaine à Demikhov fut un certain Robert White. En 1961, ce jeune chirurgien de 34 ans débordait d’ambition. Avec l’aide du gouvernement des Etats-Unis, il fonda un centre de recherche sur le cerveau à Cleveland, dans l’Ohio. Ses commanditaires le prièrent de faire tout ce qu’il fallait pour “battre” Demikhov. C’etait la guerre froide, et il en allait de la fierté nationale.

White reconnaissait que le “tour” de Demikhov était impressionant, mais brancher le buste d’un chiot sur le cou d’un chien adulte, ce n’était pas à proprement parler une greffe de tête. Il voulait aller plus loin. Et c’est ainsi qu’il envisagea de poser la tête d’un animal sur le corps d’un autre, tout simplement. Le genre de choses qu’on voyait d’habitude à Hollywood, ou dans les livres de science-fiction.

Ainsi, durant plusieurs années d’experimentations (où il parvint notamment à maintenir vivant un cerveau de singe à l’exterieur du crane de ce dernier), White se prépara pour son “Grand Œuvre”. Et le 14 mars 1970, il était fin prêt. Lors d’une opération particulièrement délicate, il détacha la tête d’un singe pour la greffer sur le corps d’un autre. 

White et un de ses malheureux patientsQuand le singe décapité s’éveilla dans un nouveau corps, il ne montra pas spécialement sa joie d’avoir contribué à l’avancée de la science. Ses yeux suivaient nerveusement ce qui se passait dans la pièce, et lorsque White plaça un doigt dans sa bouche, il le mordit. La moëlle épinière ayant tout de même été sectionnée, cette pauvre créature était paralysée en dessous du cou, et heureusement pour elle, elle ne survécut pas plus d’une journée.

White avait atteint son incroyable objectif, mais il ne fut pas acclamé en héros par la patrie reconnaissante. Au lieu de ça, le public fut affligé par les horreurs que cet homme avait commises au nom de la recherche. Assumant jusqu’au bout son rôle de Frankenstein des temps modernes, White affirma publiquement qu’il fallait passer au niveau supérieur, en greffant une tête humaine. Il fit même des conférences accompagné d’un tétraplégique, volontaire. Toujours vivant, Robert White est aujourd’hui à la retraite. Pour le bonheur de tous les singes du monde…

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