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5 autres façons dont votre esprit vous manipule

5 autres façons dont votre esprit vous manipule

Les faux souvenirs

Bugs BunnyEn 2003, le Dr Elizabeth Loftus confronta des étudiants qui avaient tous visité Disneyland dans leur enfance à un prospectus vantant les mérites du célèbre parc d’attractions. On pouvait y voir Bugs Bunny serrant la main d’un enfant. Quand on leur demanda d’évoquer leurs souvenirs du parc, 35% des étudiants se rappelèrent de leur rencontre avec Bugs Bunny, allant parfois jusqu’à préciser qu’il tenait une énorme carotte. Evidemment, Bugs Bunny étant un personnage de la Warner, il n’a jamais foulé le sol de Disneyland. La publicité était fausse, tout comme les souvenirs des participants. Cette expérience fait partie des nombreuses recherches qui mettent en avant le syndrome des faux souvenirs, cette tendance que nous avons à nous rappeler de choses que nous n’avons pas vécu. Si les conséquences de ce phénomène semblent anodines dans l’exemple mentionné, elles peuvent être bien plus graves lorsqu’elles s’appliquent à des témoignages de crimes, ou encore dans le cadre de la psychothérapie : certains praticiens peuvent influencer les patients à se souvenir de traumatismes imaginaires, qui permettent ensuite d’expliquer leurs troubles. Dans d’autres cas, des souvenirs réellement vécus peuvent être altérés voire transformés par l’environnement socio-culturel, ou par l’influence de personnes persuasives. Ainsi, on pense que les témoignages d’ordre surnaturel tels que les enlèvements d’extra-terrestres peuvent en partie découler du phénomène.

La cécité d’inattention

GorilleDans une expérience célèbre, les psychologues Simons et Chabris demandèrent à des étudiants de regarder un petit film dans lequel deux équipes jouaient au basket. Leur tache consistait à compter le nombre de passes que se faisaient les joueurs. A la fin du film, les participants donnèrent pour la plupart un chiffre correct, mais lorsqu’on leur demanda s’il avaient remarqué quelque chose de bizarre dans la vidéo, quasiment personne ne mentionna le comédien déguisé en gorille qui avait traversé l’écran en s’arrêtant à mi-parcours pour se frapper la poitrine des deux poings. La cécité attentionnelle définit cette tendance parfois spectaculaire que nous avons à ignorer ce qui se trouve sous nos yeux lorsque notre attention est concentrée sur autre chose. De la même manière, notre cerveau est très peu compétent lorsqu’il s’agit de repérer des changements dans une scène après une coupure, comme lorsqu’on détourne le regard quelques instants : dans une expérience de Simons et Levin, l’expérimentateur demande son chemin à des inconnus dans la rue. Pendant qu’ils parlent, deux ouvriers passent entre l’expérimentateur et son cobaye avec un grand panneau. Un deuxième expérimentateur caché derrière le panneau en profite pour prendre la place du premier, qui s’en va discrètement avec les deux complices. Une fois le panneau passé, la plupart des passants testés continuent à renseigner leur interlocuteur comme si ce dernier n’avait pas changé. On parle alors de « cécité au changement ». Ces deux phénomènes impressionnants témoignent de la façon dont le cerveau n’enregistre qu’un petit nombre de détails pour fabriquer notre perception de la réalité, en privilégiant des blocs d’informations, sans quoi nous serions submergés. C’est aussi pour ça que vuos arrievz à lrie cette prhase fcailenmet, bein que les lerttes soeint dans le désrdore : vrote cevraeu lit cahque mot cmmoe un tout.

La croyance en la justice du monde

JusticeFace aux malheurs d’autrui, nous préférons parfois penser que rien n’arrive par hasard, et que ceux qui souffrent ont mérité leur sort. L’idée d’un monde injuste dans lequel nous pourrions souffrir sans raison est intolérable, et il est plus rassurant de croire que chacun est responsable de ce qu’il lui arrive. En psychologie, cette vision d’un destin prévisible en fonction de nos actes est appelé « croyance en la justice du monde ». En 1987, une expérience fut menée dans plusieurs hôpitaux : une infirmière demandait à différents patients s’ils voulaient bien prêter leur montre à d’autres malades qu’ils ne connaissaient pas. Les patients choisis étaient classés en 3 catégories distinctes : ceux qui allaient être opérés, ceux qui avaient déjà été opérés, et ceux qui ne savaient pas encore s’ils allaient être opérés ou non. Ce furent ces derniers, plongés dans l’incertitude, qui acceptèrent le plus largement de prêter leur montre, comme si l’altruisme pouvait influencer le sort en leur faveur. Ce concept de justice immanente nous rend le monde plus supportable, et nous donne une illusion de sécurité tant que nous agissons dans les règles. On le retrouve en religion à travers des idées telles que la punition divine, ou le karma. Malheureusement, c’est aussi cette croyance qui pousse certains à blâmer les victimes pour les malheurs qu’elles subissent, qu’il s’agisse de viols ou de maladies…

Les prophéties auto-réalisatrices

8-ballImaginons que vous soupçonniez votre nouveau collègue de bureau d’être acariâtre et renfermé sur lui-même. Vous évitez alors de lui parler, lui disant à peine bonjour. En retour, votre collègue va se sentir indésirable et préférera rester à l’écart. Vous interprétez son attitude comme une confirmation de vos soupçons, sans réaliser que vous en êtes la cause. Lorsqu’une prédiction influence ainsi directement la réalisation de ce qu’elle prédit, on parle de prophétie auto-réalisatrice. On retrouve les effets pervers de ce phénomène dans de nombreux domaines, comme celui de la course aux armements : un pays redoute que son voisin prépare une attaque, et décide d’augmenter le nombre de ses missiles. En conséquence, le pays soupçonné va traduire cette attitude comme une menace, et va lui aussi accroitre son armement. Les deux protagonistes vont ainsi alimenter un cycle d’hostilité ou chacun verra ses doutes confirmés par la réaction de l’autre. Les prophéties auto-réalisatrices font partie des phénomènes qui, avec entre autres l’effet Forer, permettent d’expliquer l’efficacité apparente de l’astrologie ou de la voyance. Si vous lisez dans votre horoscope que la journée se passera mal, vous vous focaliserez probablement sur les événements négatifs, vous serez de mauvaise humeur, et la prédiction sera directement responsable de ce qu’elle annonçait. De la même façon, si une voyante vous prédit que vous rencontrerez l’âme sœur dans un délai de 3 semaines, vous aurez probablement une attitude beaucoup plus chaleureuse et engageante que d’habitude, facilitant par conséquent la réalisation de la prophétie. Le psychologue Richard Wiseman avance que le phénomène peut faire office d’effet placebo lorsqu’on se l’applique à soi-même : une personne qui est persuadée d’avoir de la chance saisira d’avantage d’opportunités et participera à plus de concours, augmentant ainsi nécessairement ses chances de réussite.

La connaissance rétrospective

TrivialCombien de fois avez-vous entendu des gens prétendre qu’ils connaissaient la bonne réponse après qu’elle ait été donnée ? « Je le savais déjà », « j’étais sur que ça se passerait comme ça », « je savais qu’il serait élu », « la crise était prévisible », autant de déclarations auxquelles nous somme confrontés quotidiennement. Vous-même, en lisant cet article, vous vous êtes peut-être dit que vous connaissiez déjà les phénomènes mentionnés. Si c’est le cas, vous pourriez être victime du biais de connaissance rétrospective. Cette illusion psychologique, liée à l’organisation de la mémoire, nous donne l’impression que nous savions depuis longtemps une information que nous venons d’apprendre. Dans une expérience qu’il mena en 1975, le psychologue Baruch Fishhoff fit lire à plusieurs groupes d’étudiants un article concernant la guerre qui opposa les Anglais aux Gurkas du Népal en 1814. Il raconta ensuite à chacun des groupes comment s’était terminée la guerre, en donnant à chaque fois une fin différente. Il demanda ensuite aux participant s’ils auraient pu deviner l’issue de cette guerre avant qu’elle ne leur soit révélée. Tous les étudiants affirmèrent qu’ils en auraient été capables, aussi bien ceux qui avaient été trompés que les autres. La connaissance rétrospective explique pourquoi les événements semblent si prévisibles à certains analystes une fois qu’ils sont arrivés, qu’il s’agisse d’économie, de politique ou de société…

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La chose dans le noir

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

La scène se déroule dans votre chambre, au beau milieu de la nuit. Vous venez d’ouvrir les yeux, et malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à bouger. Votre corps engourdi ne répond plus. Et soudain, vous sentez qu’une présence hostile vous observe au pied du lit : c’est une forme noire, humanoïde, qui s’approche maintenant de vous, et qui semble vouloir vous étouffer en exerçant une pression sur votre torse. Au prix d’un effort désespéré, vous parvenez enfin à vous libérer, mais la forme disparait au même instant. L’expérience, qui n’aura duré que quelques secondes, vous laisse dans un état de terreur et de confusion : vous venez de vivre une paralysie du sommeil.

Durant le sommeil paradoxal, la phase où se déroule la majorité des rêves, le corps est paralysé par des mécanismes cérébraux afin que nous ne reproduisions pas dans la réalité les mouvements que nous faisons en rêve. Mais parfois, alors que les muscles sont maintenus dans cet état d’atonie naturelle, il arrive que l’esprit s’éveille, et l’on se retrouve alors conscient et prisonnier. C’est ce trouble que désigne le terme « paralysie du sommeil ». Là où le phénomène devient vraiment inquiétant, c’est qu’il est presque toujours accompagné d’hallucinations dites hypnagogiques ou hypnopompiques, selon qu’elles se déroulent au moment de l’endormissement ou du réveil.

A quelques variations près, la nature de ces hallucinations est étrangement semblable pour tout le monde : le sujet terrifié perçoit une présence hostile dans la pièce, qui essaie parfois de l’étouffer en écrasant son torse. Lorsqu’elle est vue, l’entité a généralement la forme d’une ombre humanoïde. Des hallucinations auditives et tactiles peuvent également donner l’impression au sujet qu’il y a des voix ou des bruits de pas dans sa chambre, et que la présence essaie de le saisir pour l’emporter. Dans de plus rares cas, certains témoins disent avoir eu l’impression de flotter au dessus de leur lit, ou de subir des agressions sexuelles. L’expérience ne dure jamais plus de quelques minutes, mais elle n’en reste pas moins traumatisante.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaardsemble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaard semble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

On trouve trace de la paralysie du sommeil dans toutes les cultures, où elle a donné lieu à de nombreuses légendes et interprétations : en Chine, on parle du Gu? y? chuáng, ou « fantôme qui écrase le lit » ; au Japon, c’est le Kanashibari. Dans les cultures musulmanes, on parle souvent des Djinns qui essaient de posséder le corps du dormeur. Au Canada on évoque la « vieille sorcière ». Mara en Islande, Khyaak au Népal, Karabasan en Turquie ou encore Amuku Be au Sri Lanka ne sont que quelques uns des noms utilisés dans le monde pour désigner l’entité maléfique qui surgit durant la paralysie du sommeil. De nombreux chercheurs pensent également que certains mythes modernes tels que les enlèvements d’extraterrestres peuvent être expliqués par le phénomène, de même que les attaques d’incubes et de succubes au moyen-âge.

Les causes de la paralysie du sommeil restent encore mal comprises. Cependant, on pense que certains facteurs peuvent en faciliter l’apparition, comme le stress, ou les heures de sommeil irrégulières. Si les cas de paralysie chronique restent rares, les études montrent qu’entre 25 et 30% des gens expérimentent le phénomène au moins une fois dans leur vie, quel que soit leur âge ou leur sexe. Si ça vous arrive, essayez de vous détendre. Rappelez-vous que c’est temporaire, et que tout se passe dans votre tête. Enfin, en respirant calmement, attendez que disparaisse la chose dans le noir…

J’ai moi-même vécu une paralysie du sommeil, dont le souvenir reste très vif.  J’ai vu une petit forme noire et humanoïde qui essayait de m’étouffer, alors que j’étais complètement paralysé. Comme j’ignorais totalement l’existence du phénomène à l’époque, j’avais associé l’expérience à une sorte de cauchemar très réel, mais je me souviens que la confusion et la peur ont persisté un certain temps. Si vous avez connu les symptômes décrits dans l’article, j’attends vos témoignages en commentaires!

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5 façons dont votre esprit vous manipule

5 façons dont votre esprit vous manipule

L’effet Forer

L'effet ForerÉgalement connu sous le nom d’effet « Barnum », célèbre homme de cirque Américain qui disait qu’à chaque minute nait un gogo, l’effet Forer désigne l’impression qu’une description vague s’applique spécifiquement à notre personnalité. Ce phénomène fut découvert en 1948 par le psychologue Bertram Forer, lorsqu’il fit passer un test de personnalité à ses étudiants. En guise de résultat, Forer rendit à chacun le même assemblage de phrases types qu’il avait recueilli dans divers horoscopes : « Vous avez besoin d’être aimé, mais pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certains points faibles, mais vous savez généralement les compenser. Vous pouvez être bavard et sociable, mais à certains moments vous êtes plutôt réservé… ». Quand Forer demanda à ses étudiants d’évaluer l’exactitude des analyses qu’ils avaient reçu sur une échelle de 1 à 5, la moyenne des notes fut de 4,26 ! La puissance de l’effet, jamais démentie, s’explique notamment par la tendance que nous avons à écarter les descriptions inexactes pour nous concentrer sur celles qui nous conviennent. Sans l’effet Forer, l’astrologie, la voyance, la numérologie et la plupart des pseudo-sciences n’auraient sans doute pas le même succès…

La dissonance cognitive

La dissonance cognitiveLorsque nos croyances sur le monde entrent en contradiction avec les faits, ou quand la vision que nous avons de nous-mêmes est en décalage avec nos actes, nous éprouvons une tension mentale qu’il nous faut réduire à tout prix, quitte à réinterpréter la réalité. Ce phénomène s’appelle la dissonance cognitive. Le psychologue Leon Festinger développa ce concept en 1956, après avoir étudié le cas d’une secte dirigée par une certaine Marian Keech. Cette dernière prétendait recevoir des messages d’extraterrestres, qui lui annoncèrent la fin du monde pour le 21 décembre 1954. Seuls les adeptes de la secte seraient secourus à bord de soucoupes volantes. Quand le jour de la prophétie arriva, mais qu’aucune soucoupe ne manifesta le bout de ses hublots, Marian ne se démonta pas : elle expliqua à ses adeptes que grâce à leur ferveur, l’apocalypse avait été reportée. Fait surprenant, seules deux personnes quittèrent le mouvement suite à ce flop cosmique, les autres virent leur foi redoublée. Ils préférèrent « adapter » la réalité à travers le filtre de leur croyance plutôt que de remettre cette dernière en question. Cette façon de sélectionner les informations qui confirment notre vision du monde fait partie de notre arsenal de défense face aux dissonances…

Le conformisme

Le conformismeImaginez que vous soyez convié à un test de vision. On vous assoit dans une pièce en compagnie de 6 autres volontaires, et un expérimentateur fait son entrée pour vous expliquer la marche à suivre : l’exercice consistera à dire si des lignes présentées sur une série d’affiches sont plus petites ou plus grandes qu’une ligne de référence tracée sur un tableau. Les participants devront donner leur réponse à l’oral, chacun à leur tour. Au début, l’expérience se déroule normalement ; les réponses semblent évidentes, et tous les participants sont d’accord. Mais au bout d’un moment, alors que l’expérimentateur présente une ligne manifestement plus longue que la ligne de référence, tout le groupe la désigne comme étant plus courte. C’est à votre tour d’exprimer votre opinion : allez vous suivre la majorité, ou dire ce que vous pensez ? Ce qu’a découvert le psychologue Solomon Asch lorsqu’il a mené cette expérience en 1951, c’est que sur une série de questions où le groupe à manifestement tort, 37% des questionnés se rallient systématiquement à la majorité, reniant leurs propres perceptions. Bien sûr, il n’y a qu’un seul véritable cobaye, les autres participants étant des complices de l’experimentateur.  75% des sujets suivent le groupe au moins une fois, et seuls 25% ne se laissent jamais influencer. Notre tendance au conformisme s’explique par la pression sociale : nous craignons d’être rejetés par nos semblables, et si le plus grand nombre n’est pas d’accord avec nous, on se persuade qu’il a probablement raison…

La pareidolie

La pareidolieLa pareidolie est un effet psychologique très puissant qui nous pousse à percevoir des formes précises à partir de stimuli vagues et indéterminés. Elle témoigne d’un besoin très humain qui consiste à donner du sens au chaos. Les exemples au quotidien sont nombreux : voir un visage dans les motifs d’une tapisserie ou distinguer des animaux dans les nuages sont des cas de pareidolie que nous connaissons tous. Le phénomène est particulièrement présent dans le contexte religieux : on ne compte plus les visages du Christ identifiés sur des chips, des taches d’humidité ou encore des écorces d’arbres. Dans certains cas, les apparitions présumées déclenchent un engouement colossal, comme à Clearwater en Floride où plus d‘un million de personnes se déplacèrent pour voir la Vierge sur les vitres d’un bâtiment, ou encore à Singapour en 2007 lorsque des milliers de pèlerins crurent voir un dieu-singe sur un tronc d’arbre. Le célèbre test de Rorschach  où des patients doivent dire ce qu’ils perçoivent dans une série de taches est un exemple de pareidolie utilisée a des fins psychothérapeutiques. Enfin, le « visage de mars » est un des cas de pareidolie les plus connus. Mais le phénomène ne se limite pas aux stimuli visuels, et il peut notamment expliquer les hallucinations auditives qui nous font percevoir des paroles de chansons qui n’existent pas, ou encore des « messages sataniques » dans certains morceaux passés à  l’envers…

Les corrélations illusoires

Corrélations illusoiresC’est toujours quand on est en retard que les feux sont rouges,  il se met toujours à pleuvoir quand on vient de laver sa voiture, et c’est toujours quand on est sous la douche que le téléphone sonne. Si vous vous retrouvez dans ce genre d’affirmations, popularisées par la célèbre loi de Murphy, c’est que vous êtes victimes des corrélations illusoires. Cette tendance à créer des relations entre des événements qui n’en ont pas s’explique notamment par le besoin que nous avons de donner du sens à ce qui nous arrive. En réalité, les feux ne sont pas plus rouges quand on est pressé, mais nous préférons nous focaliser sur les cas qui confirment notre théorie, en oubliant les autres. C’est le « biais de confirmation ». Les corrélations illusoires sont la source de nombreuses croyances populaires : vous avez sans doute entendu dire que le nombre de suicides augmentait les nuits de pleine lune,  ou que certaines personnes sentaient leurs rhumatismes se réveiller en fonction de la météo.  Dans les deux cas, les recherches ont montré qu’il n’y avait aucun lien statistique entre ces événements, mais les personnes qui y croient se concentrent sur les fois où leur théorie fonctionne. Les corrélations illusoires expliquent aussi la persistance de certains préjugés raciaux ou sexistes : il est plus simple de se cramponner à des stéréotypes préétablis plutôt que d’analyser chaque cas rationnellement…

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Mike le poulet sans tête

Mike le poulet sans tête

Le 10 septembre 1945, un fermier nommé Lloyd Olsen alla chercher un poulet dans la cour de sa ferme de Fruita, dans le Colorado.  Il choisit un petit coq surnommé Mike, qu’il entreprit de décapiter d’un coup de hache. Lloyd visa de son mieux pour garder l’os du cou, la partie préférée de sa belle-mère, qui était invitée à diner. Lorsque la hache s’abattit, Mike déambula quelques instants, comme la plupart des volailles dans ce cas-là. Mais au lieu de succomber, il sembla reprendre normalement sa vie de coq, essayant de lisser son plumage, et picorant machinalement. Sans tête.

Devant un tel acharnement à survivre, Lloyd Olsen décida de prendre soin du miraculé. Il commença à le nourrir à l’aide d’une pipette qu’il remplissait de lait, d’eau, et de petits grains de maïs.  Lorsque Mike s’étouffait dans ses propres secrétions, les Olsen lui nettoyaient la trachée avec une seringue. Très vite, l’histoire du coq sans tête se répandit dans la région, entrainant des rumeurs de canular.  Pour démentir ces dernières, Lloyd Olsen emmena Mike à l’Université d’Utah, où les scientifiques purent confirmer l’authenticité du phénomène.

La statue de Mike à Fruita, Colorado

La statue de Mike à Fruita, Colorado

Devenu une véritable célébrité, Mike entama une tournée de spectacles itinérants dont il était la vedette, en compagnie d’autres créatures étranges. Il fut photographié par des dizaines de magazines et de journaux, dont le Time. Les gens payaient 25 cents pour venir le voir, et au sommet de sa popularité, il générait chaque mois l’équivalent de 50 000€ actuels. Il semblait aussi heureux que n’importe quel coq, essayant parfois de pousser un cri qui se soldait par un gargouillis informe.  Devant le succès d’Olsen et de sa merveille, de nombreux copieurs essayèrent d’obtenir leur propre poulet sans tête, mais aucun ne survécut plus de deux jours.

Une nuit de mars 1947, dans un motel de Phoenix,  Mike commença à s’étouffer. Mais les Olsen avaient oublié leur seringue de lavement lors d’un spectacle donné la veille, et ils ne purent rien pour sauver le malheureux coq. Au final, celui-ci vécut plus de 18 mois sans tête. Une autopsie permit de déterminer que la hache avait manqué de peu l’artère carotide, et qu’un caillot avait évité à Mike de se vider de son sang. Et bien que sa tête soit tranchée, une partie du tronc cérébral ainsi qu’une oreille étaient encore en état de marche. Cela suffit à Mike pour mener une vie de coq à peu près normale.

Aujourd’hui, 62  ans après sa mort,  Mike est toujours une légende dans la ville de Fruita. Un festival annuel lui est consacré au mois de mai, durant lequel ont lieu divers concours et attractions. Il existe également des chansons en son honneur, ainsi qu’une statue. De quoi prendre la grosse tête…

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5 paradoxes qui retournent le cerveau

Mains se dessinant (M.C. ESCHER,1948)

Problèmes logiques, impossibilités scientifiques, énigmes philosophiques… Les anomalies intellectuelles que sont les paradoxes ont toujours défié la raison des hommes. Ces 5 exemples sont tous déroutants à leur manière, en cas de crampe neuronale faites une pause avant de passer au suivant !

Le paradoxe du pendu :

Paradoxe du penduUn juge déclare à un condamné à mort qu’il sera pendu lors d’une matinée de la semaine suivante, mais que le jour de l’exécution sera une surprise totale pour le pauvre homme. Il ne connaitra le jour de sa pendaison que le matin ou le bourreau viendra frapper à sa porte, sa seule certitude étant que les pendaisons n’ont pas lieu le week-end. De retour dans sa cellule, le prisonnier réfléchit à sa sentence : il commence par se dire que la « pendaison surprise » ne pourra avoir lieu le vendredi, car s’il survit tous les jours de la semaine jusqu’au jeudi soir, il ne restera plus que le vendredi pour l’exécution. Et dans ce cas, ça ne sera pas une surprise. Il se dit ensuite que la pendaison ne pourra pas avoir lieu le jeudi non plus, car s’il est encore vivant mercredi soir, le vendredi étant éliminé d’office, il ne restera plus que le jeudi. Et par conséquent l’exécution ne sera toujours pas une surprise. En suivant cette même logique, le prisonnier élimine également le mercredi, le mardi et le lundi. Rassuré, il en déduit que la sentence ne sera jamais exécutée. La semaine suivante, le bourreau vient frapper à la porte du condamné le mercredi matin, ce qui, malgré toutes les réflexions de ce dernier, reste effectivement une surprise totale. Le juge avait raison. Ce paradoxe, en apparence simple, a divisé les écoles de pensée. Encore aujourd’hui, il n’a pas de solution clairement établie.

Le paradoxe du faux positif :

Prise de sangUne maladie mortelle fait son apparition, qui touche une personne sur 10000. Inquiet, vous décidez de passer un test de dépistage. Votre médecin vous assure que le test est fiable à 99%. Une semaine après la prise de sang, vous recevez les résultats : ils sont positifs. Désespéré, vous pensez en toute logique que vous êtes condamné, avec une certitude de 99%. Cependant, et heureusement pour vous, les probabilités produisent parfois des résultats contre-intuitifs : en réalité, vous avez 1% de chances d’être réellement malade. Comment est-ce possible ? Imaginons qu’un million de personnes fasse le test. La maladie touche une personne sur 10000. Il y aura donc 100 personnes contaminées. Sur ces 100 personnes, 99 seront correctement diagnostiquées positives, et une personne sera dans l’erreur, puisque le test à une fiabilité de 99%. Maintenant, sur les 999 900 personnes qui ne seront pas touchées par la maladie, il y aura toujours 1% de faux diagnostics, mais ce 1% représente ici 9999 personnes. Par conséquent, en recevant un résultat positif, vous avez 100 fois plus de chances de faire partie des 9999 personnes victimes d’un faux diagnostic, que des 99 correctement diagnostiquées. Les chiffres peuvent se révéler dramatiquement trompeurs, pensez-y la prochaine fois que vous entendrez des statistiques sortir de la bouche d’un homme politique.

Le paradoxe de Monty Hall

Monty HallImaginez que vous soyez dans un jeu télévisé, où l’on vous demande de choisir entre trois portes. Derrière une des portes, il y a une voiture. Derrière les deux autres, il y a des chèvres. Les règles du jeu sont les suivantes : une fois que vous avez choisi une porte, on ne l’ouvre pas tout de suite. L’animateur du jeu, Monty Hall, qui sait ce qui se trouve derrière les portes, doit ouvrir une des deux portes restantes. S’il reste la voiture et une chèvre, Monty le sait, et il ouvre la porte qui cache une chèvre. S’il reste les deux chèvres, Monty ouvre une des deux portes, indifféremment. Après avoir ouvert sa porte, qui donne donc dans tous les cas sur une chèvre, Monty vous demande si vous restez sur votre choix de départ, ou si vous préférez changer et ouvrir la dernière porte restante. Par exemple, vous choisissez au départ la porte A. Monty ouvre la porte C, qui cachait une chèvre. Est-il dans votre intêret de rester sur votre premier choix, ou de changer pour la porte B ?

Normalement, il semble logique de penser que les deux portes ont exactement les mêmes chances de cacher la voiture, par conséquent il n’y a aucun intérêt à changer son choix initial. Mais en réalité, et même si ça semble incompréhensible, il faut toujours changer : quand il fait son premier choix, le joueur a une chance sur trois de tomber sur la voiture. Il y a donc deux chances sur trois pour que la voiture se trouve derrière une des deux autres portes. Lorsque Monty dévoile une des deux mauvaises portes, les probabilités ne changent pas : il y a toujours une chance sur trois pour que le choix initial soit le bon, et deux chances sur trois pour que la porte restante cache la voiture. Changer multiplie donc les chances de trouver la voiture par deux. Pour ceux qui ont du mal à accepter cette réalité particulièrement contre-intuitive, il est parfois plus clair d’imaginer 100 portes au lieu de 3. Dans ce cas, il y a 99 portes derrière lesquelles se trouvent des chèvres, et une porte derrière laquelle se trouve la voiture. Le joueur choisit une porte, et l’animateur en ouvre 98 qui cachent des chèvres. Le joueur a donc le choix entre conserver sa porte, qui a 1 chance sur 100 de camoufler la voiture, ou bien changer pour l’autre porte restante, qui a 99 chances sur 100 d’être la bonne. Si pour vous les chances sont toujours de 50/50, relisez ce paragraphe.

Le paradoxe de Newcomb

psychicUn medium surnommé “Le Prédicteur” est capable de prévoir les comportements humains de façon quasi infaillible. Il vous propose un jeu : devant vous se trouvent deux boites, A et B. Vous pouvez prendre le contenu des deux boites, ou juste celui de la boite B. La boite A contient 1000 €. Le contenu de la boite B est déterminé de la sorte : avant que le jeu ne commence, Le Predicteur essaye de deviner si le joueur prendra juste la boite B, ou les deux. Si le Predicteur pense que les deux boites seront prises, alors la boite B ne contiendra rien. SI le Predicteur pense que seule la boite B sera prise, alors cette dernière contiendra 1 000 000 €. Quand le jeu commence et que le joueur doit faire son choix, la prédiction a déjà été faite. Le million d’euros a déjà été mis ou non dans la boite par le Prédicteur, et ce dernier ne peut plus rien y changer. Avant le début du jeu, le joueur est conscient de toutes les règles, il sait que le contenu de la boite B dépend des prédictions du medium, et il connait la réputation d’infaillibilité de celui-ci.

Cette expérience de pensée imaginée par le professeur William Newcomb est un paradoxe parce qu’elle génère 2 stratégies en apparence aussi logiques l’une que l’autre, mais pourtant radicalement opposées : la première consiste à penser qu’il faut toujours prendre les deux boites sans se préoccuper de la prédiction. Si le medium a prédit que le joueur choisirait A et B et qu’il n’a rien mis dans la boite B, alors dans le doute il vaut mieux prendre les deux boites pour avoir au moins 1000 €. Et si le medium a prédit que le joueur choisirait seulement la boite B et qu’il a placé 1 000 000 € à l’intérieur, alors en prenant les deux boites on obtient 1 000 000 € plus 1000 €. En toute logique, prendre les deux boites est donc toujours la meilleure solution. “Pas du tout” disent les défenseurs de la seconde stratégie : il faut toujours prendre B. On sait que le medium ne se trompe quasiment jamais. Donc, si on prend les deux boites, il l’aura prévu presque à coup sur, et on ne gagnera que 1000 €. En revanche, si on prend seulement B, comme il l’aura certainement deviné, on recevra 1 000 000 €. Par conséquent, B est la meilleure solution. Dans un article de 1969, le philosophe Robert Nozick écrivit que face à ce problème, les gens semblent toujours se diviser en deux parties assez égales, chaque moitié estimant que la solution est évidente, et que les partisans de l’autre stratégie sont simplement des imbéciles (dites-moi de quel camp vous faites partie dans les commentaires).

Le paradoxe du voyageur temporel

88 mphSouvent utilisés en science-fiction, les paradoxes induits par le voyage dans le temps sont multiples. L’un des plus typiques est sans doute le paradoxe dit du “Grand père” : un voyageur temporel remonte le temps et tue son grand père biologique avant que celui-ci n’ait pu concevoir le père du voyageur. En conséquence de quoi le voyageur ne vient jamais au monde, et ne peut donc pas remonter dans le temps une fois adulte. Le paradoxe logique inhérent à cette expérience de pensée a été utilisé pour démontrer que le voyage dans le temps était impossible. Cependant, plusieurs solutions ont été proposées pour résoudre le problème, comme celle des univers parallèles : lorsqu’il tue son grand père, le voyageur génère un univers alternatif dans lequel il ne nait jamais, ce qui ne l’empêche pas d’exister dans son univers original. Un autre paradoxe temporel classique est le paradoxe dit de “prédestination”, dans lequel le voyageur est pris dans une boucle causale. Quoi qu’il fasse, le voyageur ne peut rien changer à l’histoire, car ce qu’il fait dans le passé est, par définition, déjà arrivé. Son présent est en réalité déterminé par son voyage dans le temps. Le premier “Terminator” est une des nombreuses œuvres de fiction qui exploite le paradoxe de prédestination : Dans ce film, le soldat Kyle Reese est envoyé dans le passé pour protéger la mère de son supérieur, John Connor, avec laquelle il finit par concevoir John Connor lui-même, qui une fois adulte enverra Kyle Reese dans le passé protéger sa mère. Le paradoxe de prédestination se confond parfois avec le paradoxe “ontologique”, qui concerne plus spécifiquement les objets et informations générés à partir d’une boucle temporelle : dans “Retour vers le futur” Marty McFly joue “Johnny B. Goode” lors d’un bal de promo en 1955. Chuck Berry entend la prestation par téléphone, et décide de s’inspirer du morceau. Cela provoque un paradoxe dans lequel “Johnny B. Goode” n’a en fait jamais été écrit par personne…

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