Articles taggés: culture

10 arbres hors du commun

Le Chêne d'Allouville - Crédits photo ARTHURDV

Le Chêne d'Allouville - Crédits photo ARTHURDV

Le Chêne d’Allouville

Avec un âge estimé de 1200 ans, le Chêne-chapelle d’Allouville est le plus vieux chêne de France. Situé dans le village d’Allouville-Bellefosse en Haute-Normandie, il renferme deux chapelles superposées à l’intérieur de son tronc. Ces dernières furent aménagées au 17ème siècle par l’abbé du Détroit, alors que l’arbre avait déjà plus de 500 ans. Témoin de l’Histoire de France, le Chène millénaire aurait vu défiler les troupes de Guillaume le Conquérant, et il faillit être détruit pendant la Révolution. Amputé de moitié par la foudre en 1912, l’arbre fait depuis l’objet de soins et de consolidations constantes. Il fut classé monument historique en 1932, et il attire chaque année plusieurs milliers de visiteurs.


L'Arbre de vie - Crédits photo naval.lint

L'Arbre de vie - Crédits photo naval.lint

L’Arbre de Vie

L’Arbre de vie (shajarat al-hayah) est un mesquite de 400 ans qui se trouve à Bahreïn, dans le Golfe Persique. Cet arbre légendaire se dresse seul au milieu du désert, à environ 2 kilomètres de Jebel Dukhan, le point le plus élevé de Bahreïn. Sa source d’eau demeure un mystère, et sa survie miraculeuse au milieu de nulle part en à fait une des curiosités les plus visitées du Moyen-Orient. Selon les croyances locales, l’Arbre de vie se trouverait à l’emplacement de ce qui fut jadis le Jardin d’Eden…


Le Major Oak - Crédits photo Marcin Floryan

Le Major Oak en 2006 - Crédits photo Marcin Floryan

Le Major Oak

Situé au cœur de la forêt de Sherwood, dans le comté de Nothingham, le Major Oak est l’arbre le plus célèbre d’Angleterre. Selon la légende, ce chène millénaire de 23 tonnes aurait servi d’abri à Robin des bois et ses complices, qui se cachaient dans le creux de son tronc. Depuis l’ère Victorienne, ses branches énormes sont soutenues par un ensemble d’échafaudages afin de les préserver. Certains scientifiques pensent que le Major Oak pourrait être la fusion de plusieurs chênes, ce qui expliquerait sa circonférence imposante (plus de 10 mètres). Cet emblème national fait partie des 50 grands arbres britanniques dont la liste fut établie en 2002.


L'Arbre du Ténéré en 1961 - Crédits photo Michel Mazeau

L'Arbre du Ténéré en 1961 - Crédits photo Michel Mazeau

L’Arbre du Ténéré

Totalement seul au milieu du Desert du Ténéré, sans aucun autre arbre à moins de 400 km de distance, l’Arbre du Ténéré était un acacia considéré comme l’arbre le plus isolé au monde. Il était le dernier survivant d’un groupe d’arbres qui subsistaient lorsque le désert était moins aride. En 1938, en creusant un puits, on découvrit que ses racines descendaient jusqu’à 30 mètres de profondeur pour atteindre l’eau. Véritable symbole sacré pour les Touaregs, l’arbre du Ténéré servait de point de repère aux caravaniers, comme un phare au milieu du désert. Il fut renversé en 1973 par un camionneur, supposément ivre. Aujourd’hui, l’arbre mort est conservé au musée national du Niger, et il a été remplacé par une sculpture métallique.


L'Arbre de Tule - Credits photo Daniel Berger

L'Arbre de Tule - Credits photo Daniel Berger

L’Arbre de Tule

L’Arbre de Tule est un gigantesque cyprès de Montezuma qui se trouve dans l’état mexicain d’Oaxaca, à côté de l’église Santa maria del Tule. Avec sa circonférence de 36 m (pour une hauteur de 41m), il possède le tronc le plus épais de tous les arbres connus. Il est en fait si large qu’on pensa longtemps qu’il était constitué de plusieurs arbres, mais des tests ADN ont prouvé qu’il s’agissait bien d’un seul et même cyprès. Son âge est estimé aux alentours de 1500 ans, et les anciennes peuplades indigènes le considéraient comme sacré. La légende dit qu’il aurait été planté par un prêtre aztèque, et que de nombreuses protubérances en forme d’animaux peuvent être distinguées sur les reliefs de son tronc noueux. Il a été placé en 2001 sur la liste des candidats au patrimoine mondial de l’humanité.


Le pied monumental du Général Sherman - Crédits photo Seth Smigelski

Le pied monumental du Général Sherman - Crédits photo Seth Smigelski

Le Général Sherman

Haut comme un immeuble de 27 étages, le Général Sherman est un séquoia géant qui se trouve au parc national de Sequoia en California. Malgré sa hauteur de 83 m, ce n’est pas l’arbre le plus grand du monde, ce titre revenant à un autre séquoia de 115 m baptisé Hyperion. Mais les 1385 tonnes de son tronc et ses 1487 m3 de volume font du Général Sherman l’arbre le plus énorme de la planète, et sans doute le plus imposant des organismes vivants connus. Agé de plus de 2000 ans, il produit encore chaque année l’équivalent d’un arbre de 18 m en volume de bois. En 2006, la plus grosse branche du Général Sherman se brisa et tomba au sol : avec ses 2 mètres de diamètre et sa longueur de 30 mètres, elle était à elle seule plus grosse que la plupart des arbres existants.


Le Cyprès d'Abarqu - Crédits photo phespirit

Le Cyprès d'Abarqu - Crédits photo phespirit

Le Cyprès d’Abarqu

Situé dans la province de Yazd, en Iran, le Cyprès d’Abarqu est un arbre colossal agé de plus de 4000 ans. Classé monument national, il serait la plus vieille entité vivante d’Asie. Avec ses 25 m de haut et ses 11 m de tour de tronc, Il se dresse dans l’enceinte de la Grande Mosquée d’Abarqu, et les Iraniens le considèrent comme un arbre sacré. Selon la légende, il aurait été planté par le prophète Zoroastre lui-même, mais ce dernier serait né au moins 1000 ans après l’arbre si l’on en croit les dates de la mythologie Perse.


Un pin De Bristlecone qui pourrait être Mathusalem, l'emplacement de ce dernier étant tenu secret pour prévenir le vandalisme - Crédits photo Harold Davis

Un pin de Bristlecone qui pourrait être Mathusalem, l'emplacement de ce dernier étant tenu secret pour prévenir le vandalisme - Crédits photo Harold Davis

Mathusalem

Le plus vieil arbre du monde est un pin de Bristlecone situé dans les White Mountains de Californie, à plus de 3000 m d’altitude. Nommé Mathusalem en référence au personnage biblique qui vécut 969 ans, cet arbre à un âge estimé de 4842 ans. Il naquit donc en même temps que les premières pyramides d’égypte, et plus de 2000 avant l’Ancien Testament, dont son nom est tiré. C’est le plus vieil organisme non-clonal de la planète, ce qui signifie qu’il s’agissait déjà du même individu à sa naissance, et qu’il ne s’est pas reproduit depuis par le biais de ses branches ou de ses racines. A noter qu’un pin de Bristlecone encore plus vieux nommé Prometheus fut coupé par un étudiant en 1964 à des fins de recherche, avec l’accord du Service des Forêts. Ce n’est qu’après étude qu’ils réalisèrent que l’arbre approchait des 5000 ans…


Le Vieux Tjikko - Crédits photo Leif Kullman

Le Vieux Tjikko - Crédits photo Leif Kullman

Vieux Tjikko

C’est vers la fin de l’âge de glace, soit 4700 ans avant la naissance de l’arbre Mathusalem, que le vieux Tjikko prit racine pour la première fois. Cet épicea fut découvert en 2004 sur une montagne de la province de Dalarna (Suède) par le géologue Leif Kullman, qui le baptisa ainsi en souvenir de son chien mort. Le vieux Tjikko est le plus vieil arbre clonal du monde : sa partie visible n’est en fait agée que de quelques siècles, mais à chaque fois qu’un tronc meurt, un nouvel individu émerge des racines qui, elles, sont là depuis 9550 ans. Tjikko poussait donc déjà 2000 ans avant l’avènement de Sumer, la première civilisation urbaine. A cause du climat très rude dans lequel il se trouve, l’arbre actuel fut conservé à l’état d’arbrisseau pendant des siècles. Son récent développement complet serait consécutif au réchauffement climatique.


Colonie de peupliers dans l'Utah - Crédits photo MatthewPHX

Colonie de peupliers dans l'Utah - Crédits photo MatthewPHX

Pando

Si le Général Sherman est l’organisme individuel le plus volumineux du monde, et si le vieux Tjikko est l’organisme individuel le plus vieux, il existe un organisme collectif encore bien plus grand, et plus ancien. Il s’agit d’une colonie clonale de peupliers faux-trembles nommée Pando. Située dans l’Utah, à l’ouest des Etats-unis, cette colonie qui s’étend sur 43 hectares est constituée de 47000 arbres génétiquement identiques, et qui sont tous reliés à un seul et même système de racines. Prises séparément, les pousses qui composent la colonie ont une espérance de vie d’environ 130 ans, mais le système lui-même ne cesse de se régénérer depuis 80 000 ans, ce qui en fait l’organisme le plus ancien connu sur Terre. Avec un poids global dépassant les 6000 tonnes, Pando est également l’organisme le plus lourd. Malgré ces chiffres vertigineux, les scientifiques estiment que d’autres organismes encore plus imposants et plus anciens existent, attendant d’être découverts depuis la nuit des temps…

Plus d’infos:

L’Homme de Marree

L'Homme de Marree

En 1998, un pilote d’avion nommé Trec Smith fit une découverte extraordinaire : en volant au dessus de l’Australie Méridionale, entre les villes de Marree et de Coober Pedy, il aperçut une gigantesque silhouette humaine tracée au sol. Baptisé « Homme de Marree », ce dessin de 4 km de long sur plus de 15 km de circonférence est le plus grand géoglyphe au monde, loin devant les lignes de Nazca. Mais malgré sa démesure, ses auteurs et la raison de sa présence restent encore aujourd’hui une énigme…

Situé près de la zone interdite de Woomera, le plus grand terrain d’essais militaires de la planète, l’Homme de Marree semble représenter un aborigène en train de chasser avec un bâton à lancer. On estime que pour choisir un site adapté à sa taille immense, il a surement fallu utiliser des images satellite ainsi que du matériel topographique. Les lignes qui composent la silhouette atteignent jusqu’à 35 m de large, sur une profondeur de 20 à 30 cm. Elles s’érodent progressivement, mais l’aridité de la région permet au dessin d’être encore visible.

L'Homme de Marree en 1998 - Photo © Commonwealth of Australia

L'Homme de Marree en 1998 - Photo © Commonwealth of Australia

Les auteurs du géoglyphe sont inconnus, mais suite à la découverte de Smith, plusieurs communiqués de presse anonymes suggérèrent qu’ils étaient américains. En janvier 1999, les autorités apprirent par le biais d’un fax qu’une plaque était enterrée à 5 mètres au sud du nez de l’Homme. Cette plaque contenait un drapeau américain, une représentation des anneaux olympiques, ainsi qu’un message : « In honour of the land they once knew. His attainments in these pursuits are extraordinary; a constant source of wonderment and admiration » (En honneur de la terre qu’ils connurent autrefois. Les résultats de ses recherches sont extraordinaires ; une source constante d’émerveillement et d’admiration). La phrase est tirée d’un livre de H.H. Fynlaison intitulé « Le Centre Rouge », dans lequel l’auteur parle notamment de la chasse aux wallabies avec des batons à lancer. Si l’on se fie à l’ouvrage, « l’Homme de Marree » pourrait être un chasseur de la tribu Pitjantjatjara.

Malgré les réactions enthousiastes du public, le ministre de l’environnement Australien qualifia l’oeuvre de « vandalisme environnemental », et le site fut fermé après que les membres de la tribu Dieri se soient plaints, considérant le geoglyphe comme une profanation de leur terre sacrée. Mais alors que ses lignes disparaissent lentement dans la terre sèche de l’Outback, l’Homme de Marree voit parfois des avions venir le survoler, lui et son mystère.

Plus d’infos :

La chose dans le noir

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

La scène se déroule dans votre chambre, au beau milieu de la nuit. Vous venez d’ouvrir les yeux, et malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à bouger. Votre corps engourdi ne répond plus. Et soudain, vous sentez qu’une présence hostile vous observe au pied du lit : c’est une forme noire, humanoïde, qui s’approche maintenant de vous, et qui semble vouloir vous étouffer en exerçant une pression sur votre torse. Au prix d’un effort désespéré, vous parvenez enfin à vous libérer, mais la forme disparait au même instant. L’expérience, qui n’aura duré que quelques secondes, vous laisse dans un état de terreur et de confusion : vous venez de vivre une paralysie du sommeil.

Durant le sommeil paradoxal, la phase où se déroule la majorité des rêves, le corps est paralysé par des mécanismes cérébraux afin que nous ne reproduisions pas dans la réalité les mouvements que nous faisons en rêve. Mais parfois, alors que les muscles sont maintenus dans cet état d’atonie naturelle, il arrive que l’esprit s’éveille, et l’on se retrouve alors conscient et prisonnier. C’est ce trouble que désigne le terme « paralysie du sommeil ». Là où le phénomène devient vraiment inquiétant, c’est qu’il est presque toujours accompagné d’hallucinations dites hypnagogiques ou hypnopompiques, selon qu’elles se déroulent au moment de l’endormissement ou du réveil.

A quelques variations près, la nature de ces hallucinations est étrangement semblable pour tout le monde : le sujet terrifié perçoit une présence hostile dans la pièce, qui essaie parfois de l’étouffer en écrasant son torse. Lorsqu’elle est vue, l’entité a généralement la forme d’une ombre humanoïde. Des hallucinations auditives et tactiles peuvent également donner l’impression au sujet qu’il y a des voix ou des bruits de pas dans sa chambre, et que la présence essaie de le saisir pour l’emporter. Dans de plus rares cas, certains témoins disent avoir eu l’impression de flotter au dessus de leur lit, ou de subir des agressions sexuelles. L’expérience ne dure jamais plus de quelques minutes, mais elle n’en reste pas moins traumatisante.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaardsemble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaard semble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

On trouve trace de la paralysie du sommeil dans toutes les cultures, où elle a donné lieu à de nombreuses légendes et interprétations : en Chine, on parle du Gu? y? chuáng, ou « fantôme qui écrase le lit » ; au Japon, c’est le Kanashibari. Dans les cultures musulmanes, on parle souvent des Djinns qui essaient de posséder le corps du dormeur. Au Canada on évoque la « vieille sorcière ». Mara en Islande, Khyaak au Népal, Karabasan en Turquie ou encore Amuku Be au Sri Lanka ne sont que quelques uns des noms utilisés dans le monde pour désigner l’entité maléfique qui surgit durant la paralysie du sommeil. De nombreux chercheurs pensent également que certains mythes modernes tels que les enlèvements d’extraterrestres peuvent être expliqués par le phénomène, de même que les attaques d’incubes et de succubes au moyen-âge.

Les causes de la paralysie du sommeil restent encore mal comprises. Cependant, on pense que certains facteurs peuvent en faciliter l’apparition, comme le stress, ou les heures de sommeil irrégulières. Si les cas de paralysie chronique restent rares, les études montrent qu’entre 25 et 30% des gens expérimentent le phénomène au moins une fois dans leur vie, quel que soit leur âge ou leur sexe. Si ça vous arrive, essayez de vous détendre. Rappelez-vous que c’est temporaire, et que tout se passe dans votre tête. Enfin, en respirant calmement, attendez que disparaisse la chose dans le noir…

J’ai moi-même vécu une paralysie du sommeil, dont le souvenir reste très vif.  J’ai vu une petit forme noire et humanoïde qui essayait de m’étouffer, alors que j’étais complètement paralysé. Comme j’ignorais totalement l’existence du phénomène à l’époque, j’avais associé l’expérience à une sorte de cauchemar très réel, mais je me souviens que la confusion et la peur ont persisté un certain temps. Si vous avez connu les symptômes décrits dans l’article, j’attends vos témoignages en commentaires!

Plus d’infos :

La Bible du Diable

La Bible du Diable

Dans la Bibliothèque Nationale de Suède se trouve un livre unique et légendaire. Haut de 92 cm pour un poids de 75 kg, c’est le plus grand des manuscrits existants. Considéré comme la 8ème merveille du monde durant le moyen-âge, ses dimensions lui valurent le nom de Codex Gigas (livre géant), mais il est également connu sous une appellation plus mystérieuse : la Bible du Diable.

Créé au début du XIIIème siècle dans le couvent de Podlazice en Bohême (actuelle république Tchèque), le Codex Gigas est composé de 312 pages de parchemin qui nécessitèrent la peau d’environ 160 bêtes. Il contient différents textes écrits en latin parmi lesquels on peut trouver l’Ancien et le Nouveau Testament, des documents historiques tels que la Chronique de Kosmas, diverses formules incantatoires, ou encore un calendrier nécrologique.

Codex Gigas

Deux bibliothécaires sont nécessaires pour soulever l'ouvrage.

L’une des caractéristiques étonnantes du Codex Gigas, mis à part sa taille, c’est la régularité de la calligraphie qui recouvre chacune de ses pages. Normalement, l’écriture varie au fil d’un manuscrit, que ce soit à cause de la fatigue ou parce que différents scribes se relaient. Mais ici, le style et l’application ne changent pas. On estime que l’ouvrage serait le travail d’un seul homme qui aurait œuvré durant plus de 20 ans.

L’autre particularité du Codex, c’est une enluminure qu’on trouve à la page 290 : elle représente un Diable de plus de 50 cm de haut, griffu et cornu, qui trône seul sur le parchemin. De par l’importance qu’elle donne au démon, cette illustration est très inhabituelle pour l’époque, et peut-être unique dans un manuscrit religieux. C’est cette image qui donna au Codex Gigas son surnom de Bible du Diable, et qui alimenta la légende de sa création : on dit qu’un moine du couvent de Podlazice fut condamné à être emmuré vivant. Pour échapper à cette sentence, il jura d’écrire en une nuit le plus grand livre du monde. Mais quand minuit arriva, et qu’il comprit qu’il ne finirait pas à temps, le moine implora l’aide du démon. Pour remercier ce dernier, il ajouta la fameuse illustration.

Codex Gigas

L'enluminure du Diable à la page 290.

Au fil des siècles et des conflits, le Codex Gigas changea plusieurs fois de propriétaire. Après avoir été conservé dans différents monastères, il fut amené à Prague en 1594 pour rejoindre les collections de l’empereur Rodolphe II. Mais en 1648, suite au sac de Prague, l’armée Suédoise emporta le Codex parmi ses différents trésors de guerre. Il fut conservé à la Bibliothèque Royale de Stockholm jusqu’ au 24 septembre 2007, date à laquelle le gouvernement suédois rendit exceptionnellement le livre à la ville de Prague… pour une durée de 4 mois. Lors du transfert, qui réclama un an de préparation, le manuscrit fut assuré pour 10 millions d’euros.

Aujourd’hui, une version entièrement numérisée du Codex Gigas est librement accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale de Suède. A la page 290, on peut toujours y voir le Diable, qui arbore la même grimace menaçante depuis 800 ans…

Plus d’infos :

5 paradoxes qui retournent le cerveau

Mains se dessinant (M.C. ESCHER,1948)

Problèmes logiques, impossibilités scientifiques, énigmes philosophiques… Les anomalies intellectuelles que sont les paradoxes ont toujours défié la raison des hommes. Ces 5 exemples sont tous déroutants à leur manière, en cas de crampe neuronale faites une pause avant de passer au suivant !

Le paradoxe du pendu :

Paradoxe du penduUn juge déclare à un condamné à mort qu’il sera pendu lors d’une matinée de la semaine suivante, mais que le jour de l’exécution sera une surprise totale pour le pauvre homme. Il ne connaitra le jour de sa pendaison que le matin ou le bourreau viendra frapper à sa porte, sa seule certitude étant que les pendaisons n’ont pas lieu le week-end. De retour dans sa cellule, le prisonnier réfléchit à sa sentence : il commence par se dire que la « pendaison surprise » ne pourra avoir lieu le vendredi, car s’il survit tous les jours de la semaine jusqu’au jeudi soir, il ne restera plus que le vendredi pour l’exécution. Et dans ce cas, ça ne sera pas une surprise. Il se dit ensuite que la pendaison ne pourra pas avoir lieu le jeudi non plus, car s’il est encore vivant mercredi soir, le vendredi étant éliminé d’office, il ne restera plus que le jeudi. Et par conséquent l’exécution ne sera toujours pas une surprise. En suivant cette même logique, le prisonnier élimine également le mercredi, le mardi et le lundi. Rassuré, il en déduit que la sentence ne sera jamais exécutée. La semaine suivante, le bourreau vient frapper à la porte du condamné le mercredi matin, ce qui, malgré toutes les réflexions de ce dernier, reste effectivement une surprise totale. Le juge avait raison. Ce paradoxe, en apparence simple, a divisé les écoles de pensée. Encore aujourd’hui, il n’a pas de solution clairement établie.

Le paradoxe du faux positif :

Prise de sangUne maladie mortelle fait son apparition, qui touche une personne sur 10000. Inquiet, vous décidez de passer un test de dépistage. Votre médecin vous assure que le test est fiable à 99%. Une semaine après la prise de sang, vous recevez les résultats : ils sont positifs. Désespéré, vous pensez en toute logique que vous êtes condamné, avec une certitude de 99%. Cependant, et heureusement pour vous, les probabilités produisent parfois des résultats contre-intuitifs : en réalité, vous avez 1% de chances d’être réellement malade. Comment est-ce possible ? Imaginons qu’un million de personnes fasse le test. La maladie touche une personne sur 10000. Il y aura donc 100 personnes contaminées. Sur ces 100 personnes, 99 seront correctement diagnostiquées positives, et une personne sera dans l’erreur, puisque le test à une fiabilité de 99%. Maintenant, sur les 999 900 personnes qui ne seront pas touchées par la maladie, il y aura toujours 1% de faux diagnostics, mais ce 1% représente ici 9999 personnes. Par conséquent, en recevant un résultat positif, vous avez 100 fois plus de chances de faire partie des 9999 personnes victimes d’un faux diagnostic, que des 99 correctement diagnostiquées. Les chiffres peuvent se révéler dramatiquement trompeurs, pensez-y la prochaine fois que vous entendrez des statistiques sortir de la bouche d’un homme politique.

Le paradoxe de Monty Hall

Monty HallImaginez que vous soyez dans un jeu télévisé, où l’on vous demande de choisir entre trois portes. Derrière une des portes, il y a une voiture. Derrière les deux autres, il y a des chèvres. Les règles du jeu sont les suivantes : une fois que vous avez choisi une porte, on ne l’ouvre pas tout de suite. L’animateur du jeu, Monty Hall, qui sait ce qui se trouve derrière les portes, doit ouvrir une des deux portes restantes. S’il reste la voiture et une chèvre, Monty le sait, et il ouvre la porte qui cache une chèvre. S’il reste les deux chèvres, Monty ouvre une des deux portes, indifféremment. Après avoir ouvert sa porte, qui donne donc dans tous les cas sur une chèvre, Monty vous demande si vous restez sur votre choix de départ, ou si vous préférez changer et ouvrir la dernière porte restante. Par exemple, vous choisissez au départ la porte A. Monty ouvre la porte C, qui cachait une chèvre. Est-il dans votre intêret de rester sur votre premier choix, ou de changer pour la porte B ?

Normalement, il semble logique de penser que les deux portes ont exactement les mêmes chances de cacher la voiture, par conséquent il n’y a aucun intérêt à changer son choix initial. Mais en réalité, et même si ça semble incompréhensible, il faut toujours changer : quand il fait son premier choix, le joueur a une chance sur trois de tomber sur la voiture. Il y a donc deux chances sur trois pour que la voiture se trouve derrière une des deux autres portes. Lorsque Monty dévoile une des deux mauvaises portes, les probabilités ne changent pas : il y a toujours une chance sur trois pour que le choix initial soit le bon, et deux chances sur trois pour que la porte restante cache la voiture. Changer multiplie donc les chances de trouver la voiture par deux. Pour ceux qui ont du mal à accepter cette réalité particulièrement contre-intuitive, il est parfois plus clair d’imaginer 100 portes au lieu de 3. Dans ce cas, il y a 99 portes derrière lesquelles se trouvent des chèvres, et une porte derrière laquelle se trouve la voiture. Le joueur choisit une porte, et l’animateur en ouvre 98 qui cachent des chèvres. Le joueur a donc le choix entre conserver sa porte, qui a 1 chance sur 100 de camoufler la voiture, ou bien changer pour l’autre porte restante, qui a 99 chances sur 100 d’être la bonne. Si pour vous les chances sont toujours de 50/50, relisez ce paragraphe.

Le paradoxe de Newcomb

psychicUn medium surnommé “Le Prédicteur” est capable de prévoir les comportements humains de façon quasi infaillible. Il vous propose un jeu : devant vous se trouvent deux boites, A et B. Vous pouvez prendre le contenu des deux boites, ou juste celui de la boite B. La boite A contient 1000 €. Le contenu de la boite B est déterminé de la sorte : avant que le jeu ne commence, Le Predicteur essaye de deviner si le joueur prendra juste la boite B, ou les deux. Si le Predicteur pense que les deux boites seront prises, alors la boite B ne contiendra rien. SI le Predicteur pense que seule la boite B sera prise, alors cette dernière contiendra 1 000 000 €. Quand le jeu commence et que le joueur doit faire son choix, la prédiction a déjà été faite. Le million d’euros a déjà été mis ou non dans la boite par le Prédicteur, et ce dernier ne peut plus rien y changer. Avant le début du jeu, le joueur est conscient de toutes les règles, il sait que le contenu de la boite B dépend des prédictions du medium, et il connait la réputation d’infaillibilité de celui-ci.

Cette expérience de pensée imaginée par le professeur William Newcomb est un paradoxe parce qu’elle génère 2 stratégies en apparence aussi logiques l’une que l’autre, mais pourtant radicalement opposées : la première consiste à penser qu’il faut toujours prendre les deux boites sans se préoccuper de la prédiction. Si le medium a prédit que le joueur choisirait A et B et qu’il n’a rien mis dans la boite B, alors dans le doute il vaut mieux prendre les deux boites pour avoir au moins 1000 €. Et si le medium a prédit que le joueur choisirait seulement la boite B et qu’il a placé 1 000 000 € à l’intérieur, alors en prenant les deux boites on obtient 1 000 000 € plus 1000 €. En toute logique, prendre les deux boites est donc toujours la meilleure solution. “Pas du tout” disent les défenseurs de la seconde stratégie : il faut toujours prendre B. On sait que le medium ne se trompe quasiment jamais. Donc, si on prend les deux boites, il l’aura prévu presque à coup sur, et on ne gagnera que 1000 €. En revanche, si on prend seulement B, comme il l’aura certainement deviné, on recevra 1 000 000 €. Par conséquent, B est la meilleure solution. Dans un article de 1969, le philosophe Robert Nozick écrivit que face à ce problème, les gens semblent toujours se diviser en deux parties assez égales, chaque moitié estimant que la solution est évidente, et que les partisans de l’autre stratégie sont simplement des imbéciles (dites-moi de quel camp vous faites partie dans les commentaires).

Le paradoxe du voyageur temporel

88 mphSouvent utilisés en science-fiction, les paradoxes induits par le voyage dans le temps sont multiples. L’un des plus typiques est sans doute le paradoxe dit du “Grand père” : un voyageur temporel remonte le temps et tue son grand père biologique avant que celui-ci n’ait pu concevoir le père du voyageur. En conséquence de quoi le voyageur ne vient jamais au monde, et ne peut donc pas remonter dans le temps une fois adulte. Le paradoxe logique inhérent à cette expérience de pensée a été utilisé pour démontrer que le voyage dans le temps était impossible. Cependant, plusieurs solutions ont été proposées pour résoudre le problème, comme celle des univers parallèles : lorsqu’il tue son grand père, le voyageur génère un univers alternatif dans lequel il ne nait jamais, ce qui ne l’empêche pas d’exister dans son univers original. Un autre paradoxe temporel classique est le paradoxe dit de “prédestination”, dans lequel le voyageur est pris dans une boucle causale. Quoi qu’il fasse, le voyageur ne peut rien changer à l’histoire, car ce qu’il fait dans le passé est, par définition, déjà arrivé. Son présent est en réalité déterminé par son voyage dans le temps. Le premier “Terminator” est une des nombreuses œuvres de fiction qui exploite le paradoxe de prédestination : Dans ce film, le soldat Kyle Reese est envoyé dans le passé pour protéger la mère de son supérieur, John Connor, avec laquelle il finit par concevoir John Connor lui-même, qui une fois adulte enverra Kyle Reese dans le passé protéger sa mère. Le paradoxe de prédestination se confond parfois avec le paradoxe “ontologique”, qui concerne plus spécifiquement les objets et informations générés à partir d’une boucle temporelle : dans “Retour vers le futur” Marty McFly joue “Johnny B. Goode” lors d’un bal de promo en 1955. Chuck Berry entend la prestation par téléphone, et décide de s’inspirer du morceau. Cela provoque un paradoxe dans lequel “Johnny B. Goode” n’a en fait jamais été écrit par personne…

Plus d’infos :