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8 messages codés qui restent à déchiffrer

Kryptos

Kryptos - Crédits photo © Jim Gillogly

Kryptos

Depuis 1990, une étrange sculpture se dresse dans l’enceinte du quartier général de la CIA, à Langley, Virginie. Baptisée Kryptos, cette œuvre de l’artiste américain Jim Sanborn contient des messages qui n’ont toujours pas été déchiffrés entièrement. La sculpture est composée d’un petit bassin à bulles entouré de bois petrifié, de blocs de granite, et d’une large plaque de cuivre en forme de S dans laquelle ont été découpées environ 1700 lettres de l’alphabet. L’inscription est divisée en 4 parties distinctes, chacune correspondant à un message. En 1999, un informaticien du nom de James Gillogly fut le premier à annoncer publiquement avoir déchiffré 3 des 4 sections, après quoi la CIA révéla qu’un de leurs analystes, David Stein, était arrivé au même résultat un an plus tôt. Mais malgré les efforts des meilleurs cryptographes, le quatrième message de Kryptos demeure indéchiffrable depuis plus de 20 ans. Seules 3 personnes au monde sont censées en connaitre la solution : Jim Sanborn lui-même, Ed Scheidt, cryptographe de la CIA qui aida le sculpteur à choisir les méthodes de codage, et William Webster, ancien directeur de la CIA à qui une enveloppe scellée contenant le texte original fut remise. Mais selon Sanborn, il ne s’agit pas seulement de connaitre le texte pour le comprendre. Les messages constituent eux-mêmes une énigme, faisant référence à quelque chose qui serait enterré sous le sol de la CIA…

Le chiffre d'Agapeyeff

Le chiffre d'Agapeyeff

Le Chiffre d’Agapeyeff

En 1939, le cartographe anglais Alexander d’Agapeyeff publia un ouvrage de cryptographie élémentaire intitulé « Codes and ciphers ». A la fin du livre, il intégra un message chiffré afin que les lecteurs puissent tester leurs compétences de décryptage. Mais aucun lecteur, ni aucun cryptographe ne parvint jamais à déchiffrer le mystérieux texte. Le message ne fut pas publié dans les éditions suivantes de l’ouvrage, et d’Agapeyeff lui-même admit qu’il avait oublié comment il avait encrypté son texte. Devant l’invulnérabilité du code, certains ont avancé que l’auteur s’était tout simplement trompé dans sa méthode. Si vous avez envie de tenter votre chance, voici le message :

75628 28591 62916 48164 91748 58464 74748 28483 81638 18174
74826 26475 83828 49175 74658 37575 75936 36565 81638 17585
75756 46282 92857 46382 75748 38165 81848 56485 64858 56382
72628 36281 81728 16463 75828 16483 63828 58163 63630 47481
91918 46385 84656 48565 62946 26285 91859 17491 72756 46575
71658 36264 74818 28462 82649 18193 65626 48484 91838 57491
81657 27483 83858 28364 62726 26562 83759 27263 82827 27283
82858 47582 81837 28462 82837 58164 75748 58162 92000

Le Chiffre de Beale

Le trésor de Thomas Beale : légende ou réalité?

Le Chiffre de Beale

En 1818, alors qu’il chasse le bison en compagnie d’une trentaine d’hommes, un certain Thomas Jefferson Beale découvre un gisement d’or et d’argent au nord de Santa Fe, au Nouveau Mexique. Soucieux de protéger leur trésor, Beale et ses hommes décident d’aller le cacher quelque part en Virginie, loin de l’ouest sauvage. Leur butin équivaut alors à 65 millions de dollars actuels. En 1822, avant de repartir vers le nouveau Mexique pour exploiter d’avantage de minerai, Beale remet une boite en fer à un homme de confiance, un aubergiste du nom de Robert Morriss. La boite contient des lettres d’explication ainsi que 3 lettres codées qui indiquent l’emplacement du trésor. Beale demande à Morris de conserver la boite scellée, et de l’ouvrir au bout de 10 ans si personne n’est venu la chercher avant. Une lettre contenant la clé de décryptage lui serait envoyée au terme de ce délai. Morris ne reverra en fait jamais Beale, et il ne recevra pas non plus de clé. Au bout de 23 ans, il se décide finalement à ouvrir la boite, mais il passera le reste de sa vie à essayer en vain de déchiffrer les lettres. En 1862, peu avant sa mort, Morris explique toute l’histoire à un de ses amis, et lui passe la boite. A force d’acharnement, l’ami en question finit par décrypter le texte de la deuxième lettre : celle-ci décrit le contenu du trésor, et indique qu’il est enterré quelque part dans une caverne du comté de Bedford, en précisant que l’emplacement exact est décrit dans la lettre n°1. En 1885, désespéré de parvenir à déchiffrer les textes restants, l’ami de Morris publiera anonymement le récit de Beale ainsi que ses lettres dans un livre intitulé « the Beale Papers ». L’authenticité de l’histoire a toujours fait l’objet de nombreuses controverses, et certains considèrent qu’il s’agit d’un canular savamment élaboré. Toujours est-il qu’après plus d’un siècle de tentatives acharnées, les lettres n°1 et n°3 restent indéchiffrables. Et aussi longtemps qu’elles le seront, le trésor de Thomas Beale conservera son mystère…

Le chiffre de Dorabella

Le chiffre de Dorabella

Le Chiffre de Dorabella

Edward Elgar était un compositeur anglais féru de cryptographie, et son œuvre la plus célèbre, les « Variations Enigma », est notamment connue pour le contenu caché qui serait encodé dans sa partition. En 1897, Elgar adressa une lettre à une amie de 20 ans sa cadette, Dora Penny, qu’il surnommait Dorabella. Le message qui y figurait était composé d’étranges caractères en demi-cercles répartis sur 3 lignes, ainsi que d‘un énigmatique petit point à côté d’une des lettres. Dans les mémoires qu’elle écrivit 40 ans plus tard, Dora Penny confia qu’elle ne fut jamais capable de déchiffrer le message, et que lorsqu’elle questionna Elgar à ce sujet, celui-ci lui répondit qu’elle était pourtant la « mieux placée pour deviner ». Aucune des tentatives de décodage menées depuis n’a donné de résultat satisfaisant, et plus de 70 après, le chiffre de Dorabella continue à dérouter les meilleurs cryptographes du monde. Une des solutions avancées suggère toutefois que le message ne serait pas un texte, mais une mélodie…

L'inscription de Shugborough

L'inscription de Shugborough - Credits photo © REX

L’inscription de Shugborough

Shugborough hall est une vaste demeure située dans la campagne du Staffordshire, en Angleterre. Elle est célèbre pour le mystérieux monument qu’elle abrite au fond de ses jardins, une arche de pierre baptisée le « Monument des Bergers ». Sculpté à l’initiative de la famille Anson au 18ème siècle, ce monument contient en son centre une reproduction des « Bergers d’Arcadie », un tableau de Nicolas Poussin taillé ici en bas-relief sur une plaque de marbre. L’œuvre représente une femme et trois bergers, dont deux pointent un tombeau du doigt. Etrangement, la scène est inversée par rapport au tableau original, comme si ce dernier se reflétait dans un miroir. Mais l’énigme réside dans l’inscription gravée sous le bas-relief : il s’agit d’une séquence de 10 lettres, O U O S V A V V, encadrée par les lettres D et M. En près de 3 siècles, personne n’a pu expliquer le sens de l’inscription, même si de nombreuses interprétations ont été avancées. Certains y ont vu l’acronyme d’un message amoureux, des références bibliques, ou encore la distance qui sépare Shugborough de Oak Island, une petite ile qui abriterait un trésor enfoui. Enfin, plus récemment, des livres tels que l’Enigme Sacrée ou le Da Vinci Code ont largement popularisé la légende selon laquelle l’inscription désignerait l’emplacement du Saint Graal…

Le Disque de Phaistos

Le Disque de Phaistos au musée d'Heraklion

Le Disque de Phaistos

En 1908, une équipe d’archéologues italiens découvre un curieux disque d’argile dans les ruines du palais de Phaistos, en Grèce. Le disque a un diamètre d’environ 16 centimètres, et il est couvert sur ses deux faces de symboles inconnus disposés en spirale. On dénombre au total 241 signes composés de 45 hiéroglyphes distincts, qui semblent représenter des hommes, des outils, des animaux ou encore des plantes. Ces signes sont divisés en groupes séparés par des lignes, et ils ne semblent pas avoir été gravés, mais littéralement imprimés avec des tampons. Le disque ayant été estimé comme datant du 2ème millénaire avant JC, cela en ferait le plus ancien exemple d’imprimerie jamais découvert. Malgré de nombreuses tentatives de déchiffrements par les chercheurs, le sens et l’usage du disque restent un mystère complet. Il pourrait s’agir d’un hymne religieux, d’un calendrier ou encore d’un jeu selon les interprétations. De multiples origines possibles ont été données au disque, allant de l’Egypte à l’Atlantide, pour citer la plus ésotérique. Sa particularité la plus extraordinaire est sans doute qu’aucun objet semblable n’a jamais été découvert, ce qui en fait, jusqu’à preuve du contraire, une pièce unique. Tous ces mystères ont poussé certains chercheurs à remettre en question l’authenticité du disque, mais il est généralement admis qu’il s’agit bien d’un vestige antique. Le disque de Phaistos est aujourd’hui conservé au musée archéologique d’Heraklion.

Le code du Zodiaque

Extrait d'un des cryptogrammes irrésolus du Zodiaque

Le Code du « Zodiaque »

Le Zodiaque était un tueur en série qui sévit dans le nord de la Californie à la fin des années 60, et qui ne fut jamais identifié. On lui attribue avec certitudes 5 meurtres, mais il fut soupçonné d’avoir tué plusieurs dizaines de personnes entre 1966 et 1978. Il était notamment connu pour se livrer à un jeu pervers de correspondance avec la presse locale. Le 1er aout 1969, 3 journaux californiens reçoivent des lettres du Zodiaque, qui menace de tuer 12 personnes si ses messages ne sont pas publiés en une. Les lettres contiennent chacune le tiers d’un message codé, qui est censé contenir l’identité du tueur. Le message est finalement déchiffré par Donald et Bettye Harden, deux professeurs d’université, mais à la place d’une quelconque révélation sur le nom du Zodiaque, ils découvrent une macabre confession : le tueur explique qu’il tue par plaisir, et parce qu’il pense que ses victimes seront ses esclaves dans l’au-delà. Au total, entre 1969 et 1974, le Zodiaque enverra 18 lettres à la presse, dont quatre cryptogrammes. Sur les quatre, seul le message d’aout 1969 fut décodé, les trois autres restant à ce jour indéchiffrables.

Le code "Taman Shud"

Le code "Taman Shud"

Le Code « Taman shud »

Le 1er décembre 1948, le cadavre d’un homme est retrouvé sur la plage de Somerton, en Australie. Agé d’une quarantaine d’années, l’homme porte un pull over et un imperméable malgré la chaleur élevée, et il n’a aucune pièce d’identité sur lui. Toutes les étiquettes de ses vêtements ont été découpées. Plus étrange encore, ses empreintes digitales et dentaires ne correspondent à aucun profil enregistré. L’autopsie ne révèle aucune trace de poison dans son organisme, et ne parvient finalement à aucune conclusion quant à la cause de sa mort. Face à l’opacité du mystère, Scotland Yard est appelé en renfort, et une photo de l’homme est largement diffusée à travers le monde, mais personne ne parvient à l’identifier. Le mystère s’épaissit d’avantage lorsqu’une valise appartenant vraisemblablement à la victime est retrouvée un mois plus tard, remplie de vêtements dont les étiquettes ont été enlevées. La police découvre également une poche cachée dans le pantalon de l’homme, qui contient un morceau de papier sur lequel sont imprimés les mots « Taman shud ». A l’aide de spécialistes de la bibliothèque nationale, il est établi que ce morceau de papier a été arraché d’un livre de poèmes intitulé les Roubaïates d’Omar Khayyam. Après qu’une photo du morceau de papier ainsi que des informations concernant le livre ont été diffusées publiquement, un homme finit par contacter la police pour leur dire qu’il a trouvé une très rare édition de l’ouvrage sur le siège arrière de sa voiture, la nuit du 30 novembre 1948. Soit la veille de la découverte du corps. L’affaire passe d’énigmatique à totalement déconcertante lorsque la police découvre un message codé à l’arrière du livre : 5 lignes de lettres apparemment aléatoires, dont une barrée. Le code ne fut jamais déchiffré, et l’affaire de l’homme de Sommerton reste le mystère criminel le plus étrange de toute l’histoire australienne.

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5 lacs avec une histoire hors du commun

Crater Lake

Crater Lake - Crédits photo © M.Giuli

Crater Lake

Situé au sud de l’Oregon, le Crater Lake est un lac remarquable à plus d’un titre. Avec ses 597 m de profondeur, c’est le lac le plus profond des Etats-Unis. Sa formation remonte à environ 7000 ans, lorsque le mont Mazama entra dans une terrible éruption et s’effondra sur lui-même, projetant des cendres à plus de 100 km de distance, et laissant place à un vaste cratère de 10 km sur 8. Les eaux de pluie remplirent l’immense dépression, donnant ainsi naissance au lac. Les indiens Klamath se transmirent pendant des millénaires une légende faisant de cet évènement le fruit de violents affrontements entre les dieux, et leurs descendants considèrent encore aujourd’hui le Crater Lake comme un lieu sacré. Si le lac est réputé pour sa grande beauté, il est tout particulièrement connu pour un de ses étranges occupants, baptisé « le vieil homme du lac » : en 1896, le géologue Joseph S. Diller fit la découverte d’un gros tronc d’arbre flottant inexplicablement à la verticale dans les eaux du Crater Lake. Mesurant environ 60 cm de large sur 9 m de long, dont une partie émergée de 1,20 m, le tronc était assez solide pour qu’un homme puisse se tenir dessus. Aujourd’hui, plus de 115 ans après, le « vieil homme du lac » est toujours là, son tronc blanchi dérivant à travers le lac, toujours parfaitement droit. Les bateaux touristiques le croisent souvent sur leur parcours, et les croyances locales lui prêtent le pouvoir de contrôler le temps qu’il fait au-dessus du site. Crater Lake est également connu pour ses deux îles : Wizard island (l’île du sorcier), un îlot volcanique de 127 hectares, et Phantom Ship Island, ainsi nommée parce que par temps brumeux, sa silhouette évoque celle d’un bateau fantôme.

Lake Roopkund

Cranes au bord du lac Roopkund

Roopkund, le lac des squelettes

En 1942, un garde forestier anglais découvrit des centaines de squelettes sur les rives du lac Roopkund, un petit lac gelé de l’Himalaya situé à plus de 5000 m d’altitude. Les autorités anglaises pensèrent d’abord qu’il s’agissait de soldats japonais morts en essayant de traverser la frontière indienne pour mener une attaque surprise, mais les ossements étaient bien trop anciens pour valider cette hypothèse. Personne ne semblait pouvoir dire qui étaient ces gens, ni encore moins ce qui les avait tué. Pendant des décennies, le mystère du lac Roopkund fascina historiens et scientifiques, qui proposaient diverses théories sur les causes de l’évènement. Certains pensaient qu’il pouvait s’agir d’un suicide collectif rituel, d’autres parlaient d’un glissement de terrain, ou encore d’une épidémie. Lorsque les premiers tests au carbone 14 furent menés dans les années 60, on estima que les victimes avaient vécu entre le 12ème et le 15ème siècle, ce qui amena l’hypothèse d’une armée antique qui aurait succombé aux conditions extrêmes de l’Himalaya. Mais ce n’est qu’en 2004, soit 62 ans après la redécouverte du site, qu’une nouvelle enquête permit de résoudre l’énigme : des chercheurs indiens et européens mirent à jour des bijoux et des armes, ainsi que des tissus organiques exceptionnellement préservés par le climat de la zone. Les restes de plus de 500 personnes furent dénombrés au final, et une nouvelle datation permit de déterminer qu’ils remontaient à l’an 850 après J-C environ. Les tests ADN montrèrent qu’il y avait deux groupes distincts parmi les corps, vraisemblablement des pèlerins aidés par des porteurs locaux. En ce qui concerne la cause de leur mort, une légende Himalayenne raconte que la Déesse Nanda Devi tua un jour des voyageurs qui avaient profané son sanctuaire montagneux en faisant s’abattre sur eux une pluie de grêle « dure comme du fer ». C’est à cette même conclusion qu’aboutirent les scientifiques après analyse des fractures observées sur les corps des victimes : piégées par la tempête, et sans abri où se réfugier, toutes furent décimés par des grêlons gros comme des « balles de cricket » (environ 8 cm de diamètre). On peut encore voir de nombreux cranes et ossements autour du lac Roopkund, bien que les visiteurs occasionnels en aient emporté une grande partie en macabre souvenir de leur expédition. Quiconque a suffisamment regardé de films d’horreur pourra toutefois se demander s’il est judicieux de piller des cadavres foudroyés par une vengeance divine…

Lac Peigneur

Le vortex du lac Peigneur aspirant les arbres en 1980

Lac Peigneur

Le 20 novembre 1980, un petit lac de Louisiane, le lac Peigneur, fut le théâtre de l’une des catastrophes industrielles les plus spectaculaires de l’histoire. A l’époque, la Diamond Crystal Salt Company exploitait une mine de sel qui se trouvait sous le lac, pendant que la compagnie pétrolière Texaco forait depuis la surface à la recherche de pétrole. Suite à une erreur de calcul, la foreuse perça le troisième niveau de la mine, créant une brèche au fond du lac. L’eau s’engouffra rapidement dans les cavités souterraines, ce qui provoqua un gigantesque tourbillon. Ce maelstrom aspira en son centre la plateforme pétrolière, ainsi que 11 barges, un remorqueur, et plus de 25 hectares de terrain environnant. Les eaux du lac furent drainées à travers la crevasse qui s’agrandissait de plus en plus, et le phénomène fut si puissant que le cours d’un canal relié au lac, le canal Delcambre, fut inversé et aspiré à son tour. Ceci eut pour effet de créer une cascade haute de 50 m à l’endroit où le canal se déversait dans le trou, la plus haute jamais vue en Louisiane. La catastrophe ne fit pas de victimes humaines, mais elle transforma un lac d’eau douce profond d’à peine 3 m en un lac salé atteignant 60 m de profondeur, ce qui affecta irréversiblement son écosystème. Texaco versa 32 millions de dollars de préjudices à la Diamond Crystal Salt Company, et la mine de sel fut finalement fermée en 1986.

Lac Nyos

Nyos, le "lac tueur"

Lac Nyos

Situé au nord-ouest du Cameroun, le Lac Nyos fut à l’origine de l’un des désastres naturels les plus étranges du 20ème siècle. Ce lac volcanique est l’un des 3 seuls au monde susceptibles de produire une éruption limnique, un phénomène rarissime au cours duquel le gaz accumulé pendant des années dans les profondeurs d’un lac est relâché dans l’atmosphère. Cette particularité vaut à ces lacs d’être répertoriés sous le nom de « lacs tueurs ». Dans le cas du lac Nyos, le phénomène se produisit le 21 aout 1986, lorsqu’un glissement de terrain, suppose-t-on, brassa les eaux du lac. Cet évènement libéra les centaines de milliers de tonnes de gaz carbonique qui s’étaient accumulées dans les couches profondes, et qui émanaient du cratère volcanique où se trouve le lac. Une gigantesque explosion s’ensuivit, générant une colonne d’eau de plus de 80 m, et libérant environ 1,6 millions de tonnes de CO2. Un nuage mortel se répandit à toute vitesse dans la vallée, éliminant tout ce qui respirait jusqu’à une distance de 25 km. On retrouva 1746 personnes tuées dans les villages alentour, ainsi que plusieurs milliers d’animaux, le tout dans un paysage presque intact. Les chercheurs ne comprirent pas tout de suite ce qui s’était passé, les victimes ne présentant aucune trace de blessure, ni d’agonie apparente, mais c’est le lac lui-même qui leur donna le principal indice : les eaux habituellement bleues de celui-ci étaient devenues d’un rouge profond, cruellement approprié, dû aux eaux riches en fer du fond qui étaient remontées à la surface. Depuis 2001, une opération de dégazage nommée les « Orgues de Nyos » est menée par une équipe française, pour empêcher que la catastrophe ne se reproduise. Elle consiste à pomper le CO2 du fond vers la surface par le biais d’un tuyau vertical qui projette de l’eau à 50m au-dessus du lac. Le lac Monoun, dont l’éruption tua 37 personnes en 1984, est également en cours de dégazage depuis 2003. Quant au troisième lac « tueur » recensé, le lac Kivu du Congo, il n’est encore jamais entré en éruption, mais il est étroitement surveillé : plusieurs millions de personnes vivent sur ses rives, et il contient 300 fois plus de gaz que le lac Nyos.

Lac Vostok

Image RADARSAT du lac Vostok - Crédits photo NASA

Lac Vostok

Avec ses 16000 km² de superficie et ses 1000m de profondeur, le lac Vostok est de loin le plus imposant des lacs mentionnés dans cet article, mais c’est aussi le plus mystérieux : en effet, personne ne l’a jamais vu. Car le lac Vostok ne se trouve pas à la surface de la terre, mais très, très en dessous, à 4 km sous les glaces de l’antarctique. Et depuis sa découverte dans les années 70 grâce à des radars, ce lac subglaciaire n’en finit pas d’exciter la curiosité des scientifiques, qui espèrent y trouver des formes de vie totalement nouvelles. Pendant 14 millions d’années, l’écosystème du lac s’est effectivement développé indépendamment du reste de la planète, protégé de toute vie par 4 km de glace. C’est pourquoi ses occupants devraient être très différents de ce que nous connaissons déjà, même si, selon les chercheurs, il y a peu de chances pour qu’ils soient plus complexes que des micro-organismes. En 1998, une opération de forage fut menée par une équipe russe, mais elle s’arrêta à 200 m de l’eau. Le kérosène utilisé risquait en effet de contaminer le lac, resté parfaitement pur depuis quasiment la disparition des dinosaures. Le forage a repris le 4 janvier 2011 avec une nouvelle technique à base de silicone, et il devrait se terminer à la fin de cette même année, permettant d’extraire une carotte de glace qui devrait révéler les mystères du lac. De par ses conditions très particulières, le lac Vostok est également devenu un modèle pour la future exploration d’Europe, un satellite de Jupiter dont les eaux subglaciaires pourraient contenir des formes de vie extraterrestres.

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La chose dans le noir

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

John Henry Fuseli - Le Cauchemar

La scène se déroule dans votre chambre, au beau milieu de la nuit. Vous venez d’ouvrir les yeux, et malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à bouger. Votre corps engourdi ne répond plus. Et soudain, vous sentez qu’une présence hostile vous observe au pied du lit : c’est une forme noire, humanoïde, qui s’approche maintenant de vous, et qui semble vouloir vous étouffer en exerçant une pression sur votre torse. Au prix d’un effort désespéré, vous parvenez enfin à vous libérer, mais la forme disparait au même instant. L’expérience, qui n’aura duré que quelques secondes, vous laisse dans un état de terreur et de confusion : vous venez de vivre une paralysie du sommeil.

Durant le sommeil paradoxal, la phase où se déroule la majorité des rêves, le corps est paralysé par des mécanismes cérébraux afin que nous ne reproduisions pas dans la réalité les mouvements que nous faisons en rêve. Mais parfois, alors que les muscles sont maintenus dans cet état d’atonie naturelle, il arrive que l’esprit s’éveille, et l’on se retrouve alors conscient et prisonnier. C’est ce trouble que désigne le terme « paralysie du sommeil ». Là où le phénomène devient vraiment inquiétant, c’est qu’il est presque toujours accompagné d’hallucinations dites hypnagogiques ou hypnopompiques, selon qu’elles se déroulent au moment de l’endormissement ou du réveil.

A quelques variations près, la nature de ces hallucinations est étrangement semblable pour tout le monde : le sujet terrifié perçoit une présence hostile dans la pièce, qui essaie parfois de l’étouffer en écrasant son torse. Lorsqu’elle est vue, l’entité a généralement la forme d’une ombre humanoïde. Des hallucinations auditives et tactiles peuvent également donner l’impression au sujet qu’il y a des voix ou des bruits de pas dans sa chambre, et que la présence essaie de le saisir pour l’emporter. Dans de plus rares cas, certains témoins disent avoir eu l’impression de flotter au dessus de leur lit, ou de subir des agressions sexuelles. L’expérience ne dure jamais plus de quelques minutes, mais elle n’en reste pas moins traumatisante.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaardsemble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaard semble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.

On trouve trace de la paralysie du sommeil dans toutes les cultures, où elle a donné lieu à de nombreuses légendes et interprétations : en Chine, on parle du Gui ya chuang, ou « fantôme qui écrase le lit » ; au Japon, c’est le Kanashibari. Dans les cultures musulmanes, on parle souvent des Djinns qui essaient de posséder le corps du dormeur. Au Canada on évoque la « vieille sorcière ». Mara en Islande, Khyaak au Népal, Karabasan en Turquie ou encore Amuku Be au Sri Lanka ne sont que quelques uns des noms utilisés dans le monde pour désigner l’entité maléfique qui surgit durant la paralysie du sommeil. De nombreux chercheurs pensent également que certains mythes modernes tels que les enlèvements d’extraterrestres peuvent être expliqués par le phénomène, de même que les attaques d’incubes et de succubes au moyen-âge.

Les causes de la paralysie du sommeil restent encore mal comprises. Cependant, on pense que certains facteurs peuvent en faciliter l’apparition, comme le stress, ou les heures de sommeil irrégulières. Si les cas de paralysie chronique restent rares, les études montrent qu’entre 25 et 30% des gens expérimentent le phénomène au moins une fois dans leur vie, quel que soit leur âge ou leur sexe. Si ça vous arrive, essayez de vous détendre. Rappelez-vous que c’est temporaire, et que tout se passe dans votre tête. Enfin, en respirant calmement, attendez que disparaisse la chose dans le noir…

J’ai moi-même vécu une paralysie du sommeil, dont le souvenir reste très vif.  J’ai vu une petit forme noire et humanoïde qui essayait de m’étouffer, alors que j’étais complètement paralysé. Comme j’ignorais totalement l’existence du phénomène à l’époque, j’avais associé l’expérience à une sorte de cauchemar très réel, mais je me souviens que la confusion et la peur ont persisté un certain temps. Si vous avez connu les symptômes décrits dans l’article, j’attends vos témoignages en commentaires!

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La Bible du Diable

La Bible du Diable

Dans la Bibliothèque Nationale de Suède se trouve un livre unique et légendaire. Haut de 92 cm pour un poids de 75 kg, c’est le plus grand des manuscrits existants. Considéré comme la 8ème merveille du monde durant le moyen-âge, ses dimensions lui valurent le nom de Codex Gigas (livre géant), mais il est également connu sous une appellation plus mystérieuse : la Bible du Diable.

Créé au début du XIIIème siècle dans le couvent de Podlazice en Bohême (actuelle république Tchèque), le Codex Gigas est composé de 312 pages de parchemin qui nécessitèrent la peau d’environ 160 bêtes. Il contient différents textes écrits en latin parmi lesquels on peut trouver l’Ancien et le Nouveau Testament, des documents historiques tels que la Chronique de Kosmas, diverses formules incantatoires, ou encore un calendrier nécrologique.

Codex Gigas

Deux bibliothécaires sont nécessaires pour soulever l'ouvrage.

L’une des caractéristiques étonnantes du Codex Gigas, mis à part sa taille, c’est la régularité de la calligraphie qui recouvre chacune de ses pages. Normalement, l’écriture varie au fil d’un manuscrit, que ce soit à cause de la fatigue ou parce que différents scribes se relaient. Mais ici, le style et l’application ne changent pas. On estime que l’ouvrage serait le travail d’un seul homme qui aurait œuvré durant plus de 20 ans.

L’autre particularité du Codex, c’est une enluminure qu’on trouve à la page 290 : elle représente un Diable de plus de 50 cm de haut, griffu et cornu, qui trône seul sur le parchemin. De par l’importance qu’elle donne au démon, cette illustration est très inhabituelle pour l’époque, et peut-être unique dans un manuscrit religieux. C’est cette image qui donna au Codex Gigas son surnom de Bible du Diable, et qui alimenta la légende de sa création : on dit qu’un moine du couvent de Podlazice fut condamné à être emmuré vivant. Pour échapper à cette sentence, il jura d’écrire en une nuit le plus grand livre du monde. Mais quand minuit arriva, et qu’il comprit qu’il ne finirait pas à temps, le moine implora l’aide du démon. Pour remercier ce dernier, il ajouta la fameuse illustration.

Codex Gigas

L'enluminure du Diable à la page 290.

Au fil des siècles et des conflits, le Codex Gigas changea plusieurs fois de propriétaire. Après avoir été conservé dans différents monastères, il fut amené à Prague en 1594 pour rejoindre les collections de l’empereur Rodolphe II. Mais en 1648, suite au sac de Prague, l’armée Suédoise emporta le Codex parmi ses différents trésors de guerre. Il fut conservé à la Bibliothèque Royale de Stockholm jusqu’ au 24 septembre 2007, date à laquelle le gouvernement suédois rendit exceptionnellement le livre à la ville de Prague… pour une durée de 4 mois. Lors du transfert, qui réclama un an de préparation, le manuscrit fut assuré pour 10 millions d’euros.

Aujourd’hui, une version entièrement numérisée du Codex Gigas est librement accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale de Suède. A la page 290, on peut toujours y voir le Diable, qui arbore la même grimace menaçante depuis 800 ans…

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