La chose dans le noir

John Henry Fuseli - Le Cauchemar
La scène se déroule dans votre chambre, au beau milieu de la nuit. Vous venez d’ouvrir les yeux, et malgré tous vos efforts, vous ne parvenez pas à bouger. Votre corps engourdi ne répond plus. Et soudain, vous sentez qu’une présence hostile vous observe au pied du lit : c’est une forme noire, humanoïde, qui s’approche maintenant de vous, et qui semble vouloir vous étouffer en exerçant une pression sur votre torse. Au prix d’un effort désespéré, vous parvenez enfin à vous libérer, mais la forme disparait au même instant. L’expérience, qui n’aura duré que quelques secondes, vous laisse dans un état de terreur et de confusion : vous venez de vivre une paralysie du sommeil.
Durant le sommeil paradoxal, la phase où se déroule la majorité des rêves, le corps est paralysé par des mécanismes cérébraux afin que nous ne reproduisions pas dans la réalité les mouvements que nous faisons en rêve. Mais parfois, alors que les muscles sont maintenus dans cet état d’atonie naturelle, il arrive que l’esprit s’éveille, et l’on se retrouve alors conscient et prisonnier. C’est ce trouble que désigne le terme « paralysie du sommeil ». Là où le phénomène devient vraiment inquiétant, c’est qu’il est presque toujours accompagné d’hallucinations dites hypnagogiques ou hypnopompiques, selon qu’elles se déroulent au moment de l’endormissement ou du réveil.
A quelques variations près, la nature de ces hallucinations est étrangement semblable pour tout le monde : le sujet terrifié perçoit une présence hostile dans la pièce, qui essaie parfois de l’étouffer en écrasant son torse. Lorsqu’elle est vue, l’entité a généralement la forme d’une ombre humanoïde. Des hallucinations auditives et tactiles peuvent également donner l’impression au sujet qu’il y a des voix ou des bruits de pas dans sa chambre, et que la présence essaie de le saisir pour l’emporter. Dans de plus rares cas, certains témoins disent avoir eu l’impression de flotter au dessus de leur lit, ou de subir des agressions sexuelles. L’expérience ne dure jamais plus de quelques minutes, mais elle n’en reste pas moins traumatisante.

Tout comme le tableau homonyme de Fuseli, le Cauchemar de Nicolai Abraham Abildgaard semble avoir été inspiré par la paralysie du sommeil.
On trouve trace de la paralysie du sommeil dans toutes les cultures, où elle a donné lieu à de nombreuses légendes et interprétations : en Chine, on parle du Gu? y? chuáng, ou « fantôme qui écrase le lit » ; au Japon, c’est le Kanashibari. Dans les cultures musulmanes, on parle souvent des Djinns qui essaient de posséder le corps du dormeur. Au Canada on évoque la « vieille sorcière ». Mara en Islande, Khyaak au Népal, Karabasan en Turquie ou encore Amuku Be au Sri Lanka ne sont que quelques uns des noms utilisés dans le monde pour désigner l’entité maléfique qui surgit durant la paralysie du sommeil. De nombreux chercheurs pensent également que certains mythes modernes tels que les enlèvements d’extraterrestres peuvent être expliqués par le phénomène, de même que les attaques d’incubes et de succubes au moyen-âge.
Les causes de la paralysie du sommeil restent encore mal comprises. Cependant, on pense que certains facteurs peuvent en faciliter l’apparition, comme le stress, ou les heures de sommeil irrégulières. Si les cas de paralysie chronique restent rares, les études montrent qu’entre 25 et 30% des gens expérimentent le phénomène au moins une fois dans leur vie, quel que soit leur âge ou leur sexe. Si ça vous arrive, essayez de vous détendre. Rappelez-vous que c’est temporaire, et que tout se passe dans votre tête. Enfin, en respirant calmement, attendez que disparaisse la chose dans le noir…
J’ai moi-même vécu une paralysie du sommeil, dont le souvenir reste très vif. J’ai vu une petit forme noire et humanoïde qui essayait de m’étouffer, alors que j’étais complètement paralysé. Comme j’ignorais totalement l’existence du phénomène à l’époque, j’avais associé l’expérience à une sorte de cauchemar très réel, mais je me souviens que la confusion et la peur ont persisté un certain temps. Si vous avez connu les symptômes décrits dans l’article, j’attends vos témoignages en commentaires!
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Le syndrome de la main étrangère est un désordre neurologique aussi rare qu’il est impressionnant. Les sujets atteints sont victimes d’une main” rebelle” qu’ils ne parviennent plus à contrôler, au point que celle-ci semble avoir une volonté propre. Les malades continuent à ressentir les sensations en provenance de la main, mais ils ont l’impression de ne plus en être propriétaires. Ce trouble peut apparaitre lors d’une lésion du corps calleux (la partie du cerveau qui relie les deux hémisphères), ou bien à cause d’une tumeur cérébrale, ou encore suite à une attaque. Dans ces deux derniers cas, la main étrangère peut réaliser des actions complexes, comme déboutonner une chemise ou retirer une cigarette que l’autre main vient de mettre dans la bouche. Ce trouble est également connu sous le nom de “syndrome du Dr Folamour” en référence au héros du célèbre film, dont la main semble agir librement.
Ce syndrome qui tire son nom du roman de Lewis Carroll affecte la perception de façon spectaculaire : les personnes qui en souffrent voient les choses beaucoup plus petites qu’elle ne sont (micropsie), ou beaucoup plus grandes (macropsie). Une voiture deviendra soudainement un modèle réduit, et un chat pourra se transformer en tigre. La perception qu’ont les sujets de leur propre corps est également déformée, ainsi que celle du temps. Dans certains cas, le syndrome peut causer des hallucinations plus importantes, et toucher également les autres sens. Ce trouble est parfois associé aux migraines violentes (dont souffrait justement Lewis Carroll), ou tout simplement à la prise de drogues hallucinogènes. Bizarrement, les enfants semblent plus souvent touchés que les adultes.
Ce syndrome est un trouble rarissime qui arrive le plus souvent suite à une lésion cérébrale. Comme son nom l’indique, il fait apparaitre un accent étranger chez les personnes touchées. Un simple choc, et vous pouvez parler définitivement avec l’accent belge, ou allemand, ou anglais… Ce qui se passe concrètement, c’est que la zone du cerveau en charge des fonctions linguistiques est altérée, provoquant des modifications dans la prononciation. Parmi la soixantaine de cas recensés depuis 1941, on compte notamment celui de Linda Walker, une anglaise de 60 ans qui suite à une attaque cérébrale se mit à parler avec un accent jamaïcain, ou italien, ou encore slovaque selon les différentes intérpretations. Plus étonnant est le cas de Cindy Lou Romberg, une américaine qui prit l’accent russe au point de faire des fautes de langage dignes d’un touriste russe dans sa propre langue maternelle.
Ce syndrome est moins grave que son nom ne le laisse supposer, mais il n’en reste pas moins terrifiant pour les personnes qui en sont victimes. Il déclenche dans la tête de ces dernières un bruit intense et soudain, qui s’apparente à une violente explosion.Le phénomène est d’autant plus effrayant qu’il se produit généralement au moment de l’endormissement. L’explosion n’entraine pas de douleur, mais elle est souvent accompagnée d’un flash lumineux, et parfois de réactions physiques, comme des palpitations. On ignore encore la cause exacte de ce syndrome, mais le stress semble y jouer un rôle.
Ce syndrome psychiatrique, également connu sous le nom d’illusion des sosies, est probablement un des plus troublants qui soient. Décrit en 1923 par le psychiatre français Joseph Capgras, ce désordre donne au malade l’impression que ses proches, parents, ou amis, ont été remplacés par des sosies. La ressemblance est d’autant plus insupportable qu’elle est parfaite, et la réaction des victimes du syndrome face aux “imposteurs” peut être très violente. Capgras en fit l’experience avec une patiente qui avait voulu tuer son mari, convaincue que ce dernier était un sosie. Selon les dernières avancées en matière de neurosciences, le trouble viendrait d’une incapacité des malades à traiter l’information affective, suite à une lésion cérébrale, par exemple. Par conséquent, ne ressentant pas d’émotion face à un visage censé être aimé, ils en déduisent que le proche ne peut être qu’un imposteur.
Le syndrome de Fregoli appartient au même groupe de psychoses que le syndrome de Capgras, mais avec une dimension paranoïaque encore plus marquée : ici, le sujet à l’impression que tous les gens qu’il rencontre ne sont qu’une seule et même personne qui n’arrête pas de se déguiser. On retrouve donc l’idée de l’imposture comme dans l’illusion des sosies, à ceci près que cette fois l’imposteur est seul, et qu’il prend la place de tout le monde. Le syndrome doit son nom a Leopoldo Fregoli, un transformiste italien qui était célèbre pour son aptitude à changer de costume très rapidement.
Le syndrome de Cotard est sans doute le trouble le plus étrange, ou du moins le plus dérangeant de cette liste. Les personnes victimes de ce délire sont convaincues qu’elles sont en putréfaction, qu’elles ont perdu leurs organes, ou bien qu’elles sont déja mortes. A l’inverse, dans certains cas, elles peuvent avoir l’impression d’être immortelles et tenteront alors d’éprouver cette croyance en allant jusqu’au suicide. Le syndrome fut décrit pour la première fois en 1880 par le neurologue français Jules Cotard. Il rapporta notamment le cas d’une femme qui niait l’existence de plusieurs parties de son corps, et qui finit par penser qu’elle était damnée pour l’éternité, incapable de mourir. Dans leur ouvrage de 1996, les psychiatres Young et Leafhead décrivent le cas d’un jeune homme qui, après sa sortie d’hopital, fut emmené en afrique du sud par sa mère.Il pensait qu’il était mort de septicémie, et, chaleur aidant, qu’on l’avait emmené tout droit en enfer…


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